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    26 sept. 2022

    Les furtifs de Alain Damasio - Big data is crushing you

     

    Auteur  : Alain Damasio
    Editeur : Folio SF
    Genre : Dystopie, science-fiction
    Pages : 929 pages (format poche)

    Résumé : Ils sont là, parmi nous, jamais où tu regardes, à circuler dans les angles morts de nos quotidiens. On les appelle les furtifs. Une légende ? Un fantasme ? Plutôt l’inverse : des êtres de chair et de sons, aux facultés inouïes de métamorphoses, qui nous ouvrent la possibilité précieuse, à nous autres humains, de renouer avec le vivant. En nous et hors de nous, sous toutes ses formes et de toutes nos forces. Dans nos villes privatisées et sentientes, où rien ne se perd, ils restent les seuls à ne pas laisser de traces. Nous, les citoyens-clients, la bague au doigt, couvés par nos Intelligences Amies, nous tissons la soie de nos cocons numériques en travaillant à désigner un produit de très grande consommation : être soi. Dans ce capitalisme insidieux, à la misanthropie molle – féroce pour ceux qui s’en défient -, l’aliénation n’a même plus à être imposée, elle est devenue un « self-serf service ». Et tu penses y échapper ?
    Autour de la quête épique d’un être qui cherche sa fille disparue, Alain Damasio articule dans une langue incandescente émancipation politique, thriller fluide et philosophie. Après La Zone du Dehors et La Horde du Contrevent, il déploie ici un nouveau livre-univers sur nos enjeux contemporains : le contrôle, le mouvement et le lien.

    Mon avis : 3, 2, 1, voici mon avis concis sur le dernier Damasio : je n'ai pas aimé (paf, voilà voilà). Paradoxalement, malgré de nombreux passages imbuvables, j'ai eu du plaisir à le parcourir et je l'ai même fini. Moi, contradictoire ? Vous l'aurez deviné, la chronique s'annonce délicate, alors je préfère préciser que je suis là pour donner mon petit avis personnel (pour ce qu'il vaut) sur la forme du roman et pas sur son fond. Le niveau de philosophie là-dedans est trop grand pour que je discute les idées (que je partage d'ailleurs dans l'ensemble, à mon propre niveau de madame-tout-le-monde). Je suis là pour expliquer pourquoi il m'a fait pester, pourquoi j'ai failli l'abandonner dix fois, pourquoi je ne l'ai finalement pas fait et pourquoi ce genre d'écrit peut provoquer chez un lectorat l'exact opposé de son but initial : rendre hermétique le public à la cause de Damasio plutôt que de lui donner envie de la rejoindre. Et comme je reproche en premier lieu à l'auteur l'art d'écrire beaucoup pour ne pas dire grand chose, je vais essayer faire au plus court. 

    Ce serait quand même con que l'hôpital se foute de la charité.

    Laissez-moi faire les présentations. Alain Damasio est un touche-à-tout inclassable, mais globalement on peut lui coller les étiquettes de penseur, philosophe et écrivain francophone. Il écrit peu, mais les rares roman qui sortent font souvent du bruit. J'ai lu de lui La Zone du Dehors, une dystopie futuriste engagée que j'ai absolument adorée, et La Horde du Contrevent qui assume une science-fiction musicale et atypique. Les Furtifs se situe au croisement de ses deux prédécesseurs : c'est une dystopie chantante profondément engagée (si si, ça veut dire quelque chose, on y reviendra) qui dépeint un futur techno-crasseux pour le citoyen devenu l'ultime marchandise à négocier au plus offrant. Les villes sont privatisées et le citoyen hyper-connecté pressé, stimulé pour générer du data que le Système digère ensuite pour lui resservir bien chaud, pour son plus grand ravissement. En bref Alain Damasio dépeint une servitude confortable et consentie basée sur l'ultra-surveillance et où l'invisibilité dérange. Or il existe des créatures de légende, les furtifs, aux incroyables facultés de dissimulation. Le fantasme de l'invisible pour les résistants à Big Data, le cauchemar de l'invisible pour ses sympathisants. Lorca, le protagoniste principal, traque les furtifs qu'il soupçonne d'avoir enlevé sa fille Tishka.

    On comprend tout de suite que le livre a deux niveaux de lecture : d'un côté le père qui cherche sa fille disparue en milieu furtif, et de l'autre la Grande Leçon anti-Système. Et quelle ironie, en fait, que les moments les plus touchants et les plus réussis du roman soient des moments simples d'une vie de famille en reconstruction.

    Le premier niveau de lecture est ce qui m'a fait tenir bon dans la tempête désastreuse de la Grande Leçon morale du roman. Lorca est un personnage solaire qui dégage bonté et sympathie dès le début. Sa quête pour retrouver sa fille m'a touchée dans mon cœur de maman et Alain Damasio a trouvé les mots justes pour faire de la paternité le fer de lance du romanLa maternité est présente en second plan en la personne de Sahar, qui à l'inverse de son ex-compagnon a fait le deuil de sa fillette. Elle est distante, cartésienne et professorale (c'est par ailleurs son métier) et je ne l'ai pas particulièrement appréciée. Derrière ce couple anti-Système dont on suit la reconstruction laborieuse à mesure qu'il progresse sur la piste de Tishka, s'agglutine une troupe hétéroclite de marginaux. La plupart est sympathique (dont deux au moins aussi attachants que Lorca), mais d'autres hélas sont de vrais calvaires de lecture.

    Les romans de Damasio demandent de l'attention - on n'en lit pas "juste" cinq pages en cuisant un gigot. Tout comme dans La Horde du Contrevent, Damasio attribue un symbole à chaque protagoniste majeur. Un récap est mis à disposition en début de livre, bien qu'on les retienne assez rapidement puisqu'il y en a six à tout péter. Ces marqueurs fluidifient les changements de narration et dynamisent le récit. On vit parfois une même scène simultanément à travers plusieurs regards, le roman est une sorte de collectivité à laquelle chacun participe à un degré différent (premier degré Lorca, évidemment). Dans tous ce fatras de protagonistes chacun s'exprime à sa façon très reconnaissable, mais l'idée a été poussée trop loin : si certains s'expriment de façon reader-friendly, d'autres le font par phrases argotées, néologismes et anglicismes djeuns-wesh démodés ou termes techniques incompréhensibles. Si déjà les personnages concernés ne vendaient pas du rêve (on est souvent à la limite de la caricature voire du recyclage de persos des romans précédents), leur illisibilité n'a pas arrangé leur cas. Ces passages indigestes là, qui ont sans doute demandé beaucoup de temps à la rédaction, je les ai sautés par dizaines sans que ça ne me handicape pour la suite

    Alors pourquoi cette manie de jouer avec les mots et de s'écouter parler au détriment d'une lecture sereine, si finalement ça n'apporte rien ?

    Je pense que la réponse vient de l'amour de l'auteur pour sa langue et ses idées. Ses romans sont des exutoires où il s'écoute disserter et Les Furtifs ne fait pas exception. C'est flagrant dans le design écrit de ses personnages, dans leur narration propre, dans la forme du texte volontairement alambiquée et aussi dans les leçons anti-Système lourdes d'une dizaine de pages qui s'enchaînent à la pelle. J'ai le sentiment que plutôt que de penser au lecteur au bout de son clavier, Damasio a surtout pensé à se caresser lui et ses idées dans le sens du poil. J'incarne sans doute tout ce qu'il débecte en raisonnant ainsi, mais quand on dort Système, qu'on vit Système et qu'on travaille Système malgré soi, on n'a pas forcément l'énergie en fin de journée pour se lancer dans un plaidoyer qui va nous en rabâcher les oreilles encore une fois. J'ai fini par développer une réaction épidermique à l'approche de ses sermons, dont pourtant je partage les idées. Le résultat, c'est un livre dont la lourdeur du message n'est contrebalancée que de justesse par la fibre paternelle de Lorca et le mystère des furtifs.

    Il y a toutefois des passages bien dosés, au texte rythmé et chantant. L'importance du rythme, des vibrations et des schémas musicaux chez les furtifs (qui sont de vrais trésors d'inventivité) donne du sens à ces passages dont on pourrait croire qu'il s'agit de slam. Dans un roman futuriste à la technologie malveillante, la bulle musicale furtive fait beaucoup de bien. Ces passages aérés où on creuse leur mystère et leur biologie sont passionnants, même si à l'instar de la trame morale il y a beaucoup trop de répétitions. C'est qu'il en faut, de l'air, pour oxygéner ce récit ! D'abord à cause des leçons de morale, et ensuite à cause de son côté hyper manichéen. Tout ce qui fait partie du Système est à chier, tout ce qui est marginal est encensé. Evidemment Damasio ne va pas prêcher pour une autre église que la sienne, mais de là à diaboliser à ce point la partie adverse, c'est un peu fort. Toute technologie devient ainsi mauvaise, tout est à jeter et rien n'est à sauver.

    Mais moi ce que je ne sauverais pas, en l'occurence, c'est la vision rétro-gadget de la SF de Damasio. Son roman a l'air de sortir des années 90, la technologie fait cheap et on voit que son univers ne lui a servi qu'à nourrir son propos : il manque de travail et de profondeur. Je ne me le représente pas en dehors de ses villes. Il me semble avoir lu quelque part qu'Alain Damasio n'est pas un lecteur de SF, et si c'est vrai cela se voit : il n'a pas l'air d'être au courant qu'un message passe souvent mieux et rassemble plus d'adeptes en finesse qu'en force, quand il est phagocyté dans une intrigue qui n'a pas à souffrir de grands discours moralisateurs ~ c'est ce que fait la SF, man ! C'est vraiment dommage parce que ce genre de raisonnement (ce genre d'écrit) donne l'impression encore une fois que la SF(FF) vaut moins que les autres littératures. A cet égard Damasio aura au moins eu le mérite de faire lire un roman résolument classé SF à une élite philosophe qui en temps normal ne s'y serait jamais sali les mains. Mais il est dommage que ce soit au public lambda d'en faire les frais et de se faire exclure, surtout si le but initial était de toucher ce public précisément.

    Mais avec le recul, je me demande si le but initial des Furtifs, pour Alain Damasio, ce n'était pas de soulager sa pensée en la mettant par écrit, tout simplement.

    16 sept. 2022

    Le vieil homme et la guerre, tome 4 : Zoé de John Scalzi - Elle en a gros !


    Auteur  : John Scalzi
    Editeur : Bragelonne
    Genre : Science-fiction
    Pages : 384 pages (format poche)

    Résumé : Je m'appelle Zoé et j'ai quinze ans. Je suis la fille adoptive de John et Jane Perry, ex-officiers des Forces de défense coloniale. Je suis aussi la fille de Charles Boutin, l'homme qui a donné la conscience à tout un peuple d'extraterrestres. Je suis enfin, de ce fait, l'icône de ce peuple et je vis sous la protection de Pirouette et Cacahuète, deux de ses représentants. Je suis encore, soit dit en passant, la copine d'Enzo, un garçon tout à fait mignon et qui me permet de me faire les dents. Mon récit commence quand John et Jane acceptent d'encadrer la colonisation d'un nouveau monde. Vous avez lu cette aventure dans La dernière colonie. Mais sûrement pas comme je vais vous la raconter.

    Mon avis : Attention cher lectorat, ceci est un avertissement chronique décousue ! J'ai commencé à l'écrire voici deux mois environ avant de la ranger au placard avec une dizaines d'autres squelettes (le placard des choses que je remets à plus tard déborde, merci de me le faire remarquer). Le temps étant actuellement plus clément avec moi, je m'y remets enfin, mais il n'empêche que le mal est fait : il n'y a plus grand chose de frais dans ma tête. Croisons les doigts que mes reliquats suffisent à vous donner envie de poursuivre les aventures de John Perry en la compagnie de Zoé. Excusez donc les approximations et l’enthousiasme retombé comme un soufflé, c’est une lecture qui date de trois mois au bas mot.

     

    Spoil spoil spoil, vous n’avez rien à faire là si vous n’avez pas lu les trois excellents tomes précédents! Ceux qui ont fait leurs devoirs peuvent rester.

     

    Ce tome est probablement celui que j’ai eu le moins envie de commencer. Zoé n’était jusque là qu’un personnage lambda pour moi : pas le meilleur mais pas le moins bon de la saga ; disons un second rôle tout juste sympa mais sans plus. A bientôt vingt-neuf ans, le mieux que je puisse faire aujourd'hui c'est m'identifier à des trentenaires, alors l'héroïne adolescente ne me vendait pas du rêve. Et je ne vais pas vous cacher que l’idée de relire la même histoire que le tome 3, mais de son point de vue à elle, ça ne me bottait pas des masses non plus - l’exercice du “tome revisité” a trop été vu et revu sans que j'y adhère beaucoup. Je n'ai sauté le pas que parce que Zoé était un passage obligé, d’abord à reculons et puis à mesure que le livre évoluait, avec surprise et conviction. Zoé ne sera jamais mon tome préféré, mais c'était un aparté très intéressant.

     

    D'abord Zoé est un tome qui apporte son lot d'éclaircissements et de consistance à l’affaire Roanoke, qu’on avait jusqu’alors vécu qu’à travers John et Jane, anciens soldats des forces de défense coloniale et administrateurs de la colonie. Il y était beaucoup question de politique et de diplomatie, et on n'avait finalement à peine effleuré la dimension humaine de la colonisation. Scalzi se rattrape avec ce tome mettant en avant la formidable résilience des colons, leur volonté farouche et surtout celle de ses colons ados. Malgré toute la place que la tranche douze - dix-huit occupe dans le roman, on ne vire pas dans le pur cliché adolescent. Le risque de brosser des portraits adolescents, c'était de devenir un roman à leur destination unique. Tous les publics sont finalement les bienvenus : les jeunes et les moins jeunes, l'important étant comme d'habitude d'avoir le sens de l'humour !


    En matière de blague et de répartie mordantes, difficile de rivaliser avec Zoé. Son personnage est solaire, vif et bienveillant. Parfois même tellement qu'il en vient à manquer de naturel, aussi Zoé est-elle restée pour moi une gamine fictive. Ça ne l'a pas empêchée d'être particulièrement touchante à plusieurs moments à l'issue d'introspections d'une justesse impeccable. Déesse, "fille (adoptive) de" ça fait beaucoup pour quinze bougies, et elle en a gros. Comme pour les autres titres de la saga, la science-fiction n'est donc finalement pas le seul objet du livre, même si ça reste un gros morceau


    Comme je le disais plus haut Zoé apporte de nouveaux éléments à l'aventure Roanoke et à la politique des forces de défense coloniale. On en apprend davantage sur la quête solitaire qui a permis à Zoé de sauver Roanoke avec le renfort du peuple obin - pour qui on fond littéralement tous d'affection (en tout cas moi je les aime vraiment bien). A contrario les Consus apparaissent une fois de plus dans toute leur supériorité détestable. J'ai été ravie de les retrouver (j'aime l'ambivalence, oui oui), un peu comme je suis ravie de retrouver un bon méchant. J'espère les revoir prochainement, me semble-t-il qu'on n'a pas fini de sonder leurs secrets. Détiennent-ils notre salut à tous ? Telle est la question !


    En bref ce quatrième tome fut une bonne lecture. Il me tarde malgré tout de retrouver une intrigue plus globale, recentrée sur le déploiement difficile de l'Humanité dans l'espace, avec la dose habituelle de mauvaise foi des FDC.


    17 oct. 2021

    Symphonie atomique d'Etienne Cunge - Dystopie écologiste, thriller anticipatif

    Auteur : Etienne Cunge
    Editeur : Critic
    Genre : Dystopie, post-apo, science-fiction, thriller
    Pages : 428 (grand format)

    Résumé : «N’oubliez pas notre baseline : soyez écoresponsable, suicidez-vous.»

    Le monde d’après s’effondre. Malgré l’odeur de fin des temps, des restes de civilisations subsistent, au bord du chaos, et chacun lutte pour donner du sens à sa vie. Les quatre modèles des puissances atomiques, aux abois, dominent cette désolation et se confrontent, prêts à en découdre : ultra-capitalisme américain, écologisme européen, nationalisme russe et totalitarisme social chinois. Dans ce climat délétère, l’équilibre ne tient plus qu’à un fil, sur le point de rompre. Parmi le concert des forces nucléaires spatiales, l’Europe en Transition fait figure de naine. Pour autant, alors qu’émerge une crise dans la crise, le sort de l’Humanité va peut-être dépendre des décisions de deux de ses membres, que rien ne prédisposait à cela : Juan et Agathe. Dans cette nouvelle ère, à l’Europe reconfigurée et où l’espace constitue le terrain névralgique des conflits, leurs actes vont faire écho à l’étrange soulèvement en cours dans les steppes d’Asie centrale – sous le commandement du jeune Ashkat –, et les confronter à l’énigme qu’incarne Ulan Moltov, l’âme de la rébellion, le cœur du jeu de poker à grande échelle qui débute..

    Chronique : Aujourd'hui est un grand jour dans l'histoire du blog : pratiquement 4 ans après sa création, voici le premier service presse de Choupaille ! Tambours, trompettes et tapis rouge, accueillons chaleureusement le titre que vous avez la possibilité de vous arracher en librairie depuis le 1er octobre (et que j'ai eu l'immense plaisir de recevoir de la part des Editions Critic, un grand merci à eux !), j'ai nommé Symphonie atomique d'Etienne Cunge. Un titre poétique pour une dystopie écologiste explosive – comptez quelques centaines d'ogives nucléaires au bas mot. Poétique, oui oui.

     

    En 54 après l'Effondrement (soit un futur pas si lointain, l'auteur nous colle déjà la pression), la Terre est ravagée par cinq fléaux quasi bibliques, conséquence directe du dérèglement climatique. Le cycle carbone est rompu, les pandémies et super tsunamis sont légion et les ressources primaires particulièrement disputées. Sur cette Terre désolée règnent quatre grandes puissances : l'Amérique ultra-consumériste, la mère patrie russe, l'Empire chinois aux pratiques sociales douteuses (après la politique de l'enfant unique, je vous laisse deviner la pépite qu'ils ont pondu) et l'Europe en Transition. L'état d'urgence climatique et les plaies associées ont fait éclater les petites nations au profit de ces quatre géants lourdement armés, mais seulement dans l'espace : on ne tolère plus ni Fat Man ni Little Boy sur le plancher des vaches. Une multitude de têtes nucléaires est ainsi répartie en quatre stations orbitales (une pour chaque puissance, si vous êtes bons en math), de sorte qu'il règne au XXIIe siècle un climat hyper pesant : celui d'un équilibre de la terreur – comprenez que tout le monde est prêt à faire péter le feu sur votre tête au moindre accrochage, mais que personne ne souhaite frapper le premier (question d'image). Bref les puissants sont tendus dans une bonne grosse ambiance de merde, et si quelques accords commerciaux de bon voisinage subsistent (il faut bien boire, Michelle), il n'empêche que c'est méfiance à gogo. Et au beau milieu de tout ça, il y a Radio Collapse qui vous colle sa baseline dans les oreilles : "Soyez éco-responsable, suicidez-vous".

     

    Tu le sens, le récit engagé et le bon gros bordel qui arrive ?


    On ne va pas se mentir, elle est vachement accrocheuse cette baseline de Radio Collapse. Je parie même que rien qu'à la lire, vous en avez l'eau a la bouche, non ? Hé bien vous devriez. Car Symphonie atomique est certes de ces romans climato-engagés, mais pas de ceux qui vous donnent envie d'en arracher les pages pour vous tailler les veines avec. Le récit est bien dosé et se définit moitié éco-engagé donc, mais aussi moitié thriller-SF. Lorsqu'une frappe nucléaire inconnue démonte trois stations orbitales sur quatre, je vous assure que le compte à rebours est lancé pour l'Humanité : les nations s'accusent les unes les autres et Juan et Agathe, nos deux héros principaux, ont un jour voire deux grand max pour déjouer les plans du vilain Rob Callway (qu'on hésitera à cataloguer en misanthrope ou philanthrope). Juan devient rapidement et par la force des choses le commandant d'Esperenza, la station orbitale européenne, et y opère comme il peut pour limiter la casse (1) et ne pas se faire des ennemis des équipages voisins (2). Agathe est quant à elle une cinquantenaire  des services spéciaux européens (yes, enfin un quinqugénaire sur les devants de la scène SFFF !) dont la tâche sur Terre sera de démêler les fils de cette grosse pelotte. Ella a plus d'un tour dans son sac, quoique que je regrette qu'on ait pas eu un plus large aperçu de ses capacités de super-espionne. Ni l'un ni l'autre ne se connaissent et pourtant si le salut existe, c'est par eux qu'il transite. Rob Callway, de son côté, est à la tête de Ziusudra (je vous laisse faire vos recherches sur ce nom, moi c'est fait), un programme développé par les riches pour les riches leur assurant un avenir dans le monde d'après - car l'Effondrement total de l'Humanité se profile et que ce serait quand même dommage de crever, surtout quand on a de la thune. Or l'Effondrement est compromis par l'équilibre fragile régnant entre les quatre surpuissances mondiales. Un équilibre tellement fragile, en fait, que notre petit Rob ne résiste pas à l'idée d'y mettre son grain de sel dans le but de faire prospérer Ziusudra, sa ville du futur, sur les cendres des nations atomisées. J'ai trouvé ce personnage bordeline extra. Pour poursuivre et clore la liste des personnages qu'on aime ne pas aimer, il y a le Seigneur de guerre Ashkat et les dirigeants américain, russe, chinois et européen qui prêtent leur voix à quelques chapitres. Symphonie atomique est thriller spatial aux gros enjeux ; on y croise des bons, des brutes et des truands et sa classe politique (dont on adore suivre les palabres interminables et faux-semblants) appartient sans conteste à ces derniers. Les portraits brossés sont très variés et réussis, mais manquent parfois un peu de piquant.


    Et derrière tous ces protagonistes se cache le plus important de tous : l'Humanité débordante de combativité et de résilience, en lutte pour sa survie.


    Le roman se fait donc chorale et laisse voix au(x) chapitre(s) à une belle brochette de copains. Les points de vues s'entremêlent en une toile bien pensée : le thriller est aussi bien construit que l'univers dans lequel Etienne Cunge le plante. J'ai apprécié la tension et le suspens du contre la montre apocalyptique (vite, trouver le responsable de la frappe nucléaire fantôme avant que les Quatre en viennent aux mains !), mais ce qui m'a franchement plu dans Symphonie atomique c'est avant tout son contexte climato-politico-social ultra difficile (ça fait beaucoup de points à aborder, et pourtant ça passe crème). Pas de digressions inesthétiques et lourdasses pour planter le décor de cette dystopie engagée ; Etienne Cunge distille les facettes de ce monde crado en chaque début de chapitre en nous offrant des extraits triés sur le volet de Radio Collapse. L'émission douteuse brosse un portrait de la Terre alarmant et qu'on espère ne jamais voir se concrétiser, mais pour autant, le livre est équilibré: il est anticipatif, alarmiste juste ce qu'il faut mais pas déprimant. Il y a de l'espoir et l'Europe en Transition l'incarne vaillamment malgré une démocratie totalitariste bien pensante.


    Symphonie atomique est la tête d'affiche du moment des éditions Critic et je comprends pourquoi. Amoureux de la SF, je vous le recommande. Amateurs de thrillers menés tambours battant, vous pouvez y aller également ; on touche ici pas mal de publics ! Et pour ceux qui aiment les œuvres engagées mais pas trop lourdes, le feu est vert pour vous aussi. Bref, aucune excuse de ne pas mettre la main sur ce roman !


    Note : 16/20


    11 mars 2021

    Le vieil homme et la guerre, tome 3 : La dernière colonie de John Scalzi - SF feel-good

     

    Auteur : John Scalzi
    Editeur : Bragelonne
    Genre : Science-fiction
    Pages : 384 pages (format poche)

    Résumé : Je m'appelle John Perry. J'ai quatre-vingt-huit ans, dont soixante-quinze passés sur Terre, six dans les Forces de défense coloniale et bientôt huit comme colon sur la planète où je vis avec ma femme Jane, ex-lieutenant des Brigades fantômes, et ma fille adoptive Zoé. Ce monde, nous le quittons demain pour nous en aller fonder la nouvelle colonie de Roanoke. Etrange colonie, Roanoke, condamnée à l'isolement, un pion dans le jeu que mène l'arrogante Union coloniale contre les quatre cent douze espèces extraterrestres du Conclave. L'enjeu ? La survie d'une communauté de pionniers, mais aussi l'avenir de l'espèce humaine dans la Galaxie. La Dernière Colonie conclut la trilogie du Vieil Homme et la guerre.

    Chronique : Ce troisième tome du Vieil homme et la guerre, je l'ai lu à cheval sur 2020 et 2021. Un très, très grand cheval, en fait, puisqu'il m'a fallu jusque fin février pour en venir à bout. Il n'est ni épais, ni complexe, ni rebutant : la raison de cette lecture sans fin ce sont les premières semaines rocambolesques avec bébé. Plonger dans la SF bien fraîche de Scalzi, même pour cinq, dix, ou quinze minutes (les jours plus chanceux, j'ai même pu lire vingt minutes, le luxe du luxe !), c'était vraiment tip top. D'autant plus tip top que ce tome-ci est vachement plus posé et tranquille que les précédents, ce qui m'a permis de pas trop rager (ou si peu) au moment de le lâcher. Bref c'était la bonne lecture au bon moment, et je dirais même une sacrée bonne lecture toujours en la compagnie hyper chouette du comique John Perry. Allez, on fait le point !

    John, Jane et la petite Zoé se sont retirés sur la planète Huckleberry où ils coulent des jours heureux après des années au service des forces de défense coloniales. Leur tranquillité est mise à mal lorsqu'un ancien contact des FDC leur propose le commandement de la prochaine colonie de l'Union coloniale, Roanoke, vers laquelle essaimeront bientôt une dizaine de colonies déjà établies. Malgré un pouvoir décisionnaire quasi absolu, John et Jane doivent composer avec les représentants de chaque peuple et ménager les ambitions de certains de ses membres alors que l'installation sur Roanoke ne se déroule pas comme prévu. Quels sombres manigances se cachent derrière ce projet qui colle de moins en moins avec ce qu'on a vendu  sur papier aux colons ?

    Si dans le monde de l'immobilier il y a le piège des maisons témoins, dans l'univers de John Perry il y a Roanoke - la fausse bonne affaire du siècle. Mais avant de débarquer pour Roanoke, notre fringant vieillard à la répartie d'enfer s'est taillé une petite vie sur la modeste colonie d'Huckleberry. Il ne demandait d'ailleurs qu'à poursuivre à arbitrer les contentieux hauts en couleurs des locaux (une sombre et sympathique affaire de chèvre ouvre d'ailleurs le roman, c'est bien poilant), mais ça c'était sans compter sur un certain sergent des FDC qui vient lui proposer de décoller pour Roanoke, récemment cédée à l'Union coloniale par le peuple obin. La proposition est alléchante, Perry accepte ... mais à mesure que le projet se concrétise, ça sent de plus en plus mauvais. Ben oui, dans ce troisième tome l'Union coloniale garde le cap : c'est une vilaine cachottière doublée d'une petite garce. D'une intrigue très modeste (comment survivre en terre hostile sans se faire bouffer) on passe lentement mais sûrement à un truc vachement plus ambitieux et raccord avec le reste de la saga. Il va ici être question de maintenir la colonie à flots malgré une alliance extraterrestre déterminée à la faire sauter façon étoile de la mort, mais surtout de donner une belle leçon de vie à l'Union coloniale.

    A cet égard Scalzi déploie vraiment toute l'intelligence de son protagoniste-star. A chaque problème sa solution, et c'est Perry qui trouve la bonne à chaque fois. Avant c'était un soldat surmodifié oeuvrant dans l'action, aujourd'hui c'est un fin stratège à la dimension humaine extra. Un régal à lire ! Jane a elle aussi fait du chemin : on la sent bosser dur pour devenir moins cérébrale et cartésienne, et la présence de la petite Zoé aide beaucoup. Toutefois moi ce que j'ai préféré, ce sont les improbables acolytes Obins de la petite : Pirouette et Cacahuète, toujours prêts à rendre service ... ou pas - ben oui, les Obins, c'est un peu comme le personnel dans l'administration : rules are rules ! De quoi s'arracher quelques fois une ou deux touffes de cheveux, mais avec le sourire.

    La conclusion du roman est un immense régal, on pouvait pas faire de plus jolie vendetta. De la première à la dernière page le ton est rieur : Le vieil homme et la guerre c'est de la SF, oui, mais de la SF feel-good ! Lancez- vous !

    Note : 17/20

    26 oct. 2020

    Grand Siècle, tome 3 (fin) : la conquête de la Sphère de Johan Héliot - Maudits Carons !

     

    Auteur : Johan Héliot
    Editeur : Mnémos
    Genre : Science-fiction, uchronie
    Pages : 272 pages (grand format)

    Résumé : Entre la Terre et l’espace, la révolution et le voyage vers Mars, nous retrouvons le destin de la famille Caron dans une aventure uchronique où la machine et la technologie viennent accélérer le destin de la France pour la conduire vers des horizons meurtriers et grandioses.

    Chronique : Parmi ma monstrueuse liste de sagas à clôturer (et dont j'ai souvent pas mal de tomes à la maison, c'est dire si j'ai honte de pas me pencher dessus), j'ai finalement donné sa chance au petit dernier de Grand Siècle dont j'avais lu les deux premiers tomes à la chaîne il y a un an  - autant dire que je prends mon temps, ouais. J'ai dû laisser de l'eau couler sous les ponts pour éviter d'aller vers cette lecture à reculons, parce que pour vous résumer mon impression des tomes un et deux, je trouvais l'idée du récit géante mais sa réalisation pas franchement enthousiasmante. Le moins qu'on puisse dire c'est que Johan Héliot est un mec vachement constant, parce que mon ressenti a été exactement le même sur ce dernier volume. On va donc pas s'attarder bien longtemps, juste ce qu'il faut pour faire le point mais sans s'étaler trop ... moi j'avoue, j'en ai un peu ma claque des Carons donc je vais abréger. 

    Sur l'orbite terrestre où on l'a envoyé, l'équipage du Soleil parachève les modifications nécessaires au colossal engin spatial pour voguer dans l'immensité de la Sphère. Martin Caron fait partie de l'élite procédant aux derniers ajustements, mais la pression de l'isolement se fait sentir et lui vaut d'être consigné  dans l'enfer des soutes. Sur Terre, Louis XIV poursuit sa politique de conquête avec l'aide de son frère. C'en est trop pour le Saint-Empire Germanique voisin qui, avec l'appui papal, entreprend de s'opposer à la puissance de feu effluvique française. Jeanne et Pierre emboîtent le pas à l'armée contestataire dans l'espoir de témoigner de la chute de Louis et de mettre fin à leur exil. Car à Paris, Marie et Estienne demeurent. L'ancienne courtisane du roi vit aujourd'hui dans la misère avec sa fille Jeannette qu'elle peine à nourrir, et Estienne croupit dans les geôles de la Bastille, dévasté par la mort de Petit Pierre lors de l'attentat de l'Arsenal. L'Histoire emporte une fois de plus les Carons dans sa trame, mais quelle issue pour cette famille ... et pour l'Europe à jamais transfigurée par les avancées françaises prodigieuses ?

    L'Europe, la France : parlons-en ! ... et d'autant plus en priorité qu'ici j'ai généralement coutume de causer du positif d'abord. Ce troisième tome, c'est l'occasion pour Johan Héliot de faire un grand bond dans le temps : pas loin de dix ans se sont écoulés depuis les évènements de L'envol du Soleil, et si la France d'alors avait déjà été sacrément secouée par les découvertes effluviques de feu Blaise Pascal, c'est rien en comparaison du quotidien des Français en ce début de tome. Bien qu'on leur donne d'autres noms, les postes de radio et de télévision sont monnaie courante et servent à la populace une propagande savamment étudiée : la Sphère recèle des montagnes de richesses dont il faut être les premiers à s'emparer (surtout sur Mars, paraît-il), et la Couronne remercie chacun d'endurer les privations nécessaires à la réalisation de ce grand projet national. Car les Français ont faim et se font littéralement écraser par l'impôt principalement employé à deux fins : d'une l'affrètement du Soleil, et de deux l'entretien des armées royales en pleine conquête (visant elle-même, on insiste là dessus, à récolter de la thune sur les dos des peuples conquis pour poursuivre sa politique spatiale). Difficile dans ce contexte pour ceux qui crèvent la misère de lever les yeux vers les étoiles pour trouver quelque réconfort - parce que c'est justement par là que l'argent du royaume s'envole. Bref en dépit des avancées qui ont de la gueule et qui relookent entièrement le seizième siècle (les voitures, la radio, la télé et les armes de destruction de masse), le peuple est toujours le grand perdant ...

    ... et la couronne la grande gagnante. Sauf que derrière la couronne de ce brave Louis XIV, on trouve une entité extra-terrestre qui ne fait plus qu'un avec le souverain. Elle s'est échouée sur Terre suite à une attaque ennemie surprise (qui, quoi, comment : il y aura des réponses dans ce tome, promis) et manipule l'homme le plus puissant du monde pour regagner son vaisseau. Ses plans aboutissent enfin puisque le Soleil est bientôt fin prêt à partir pour Mars, alors qu'à des kilomètres par en bas, l'Europe prend un virage aussi serré que la France. Les nations qui ont refusé de se soumettre à Louis sont décimées et agglomérées en un Royaume toujours plus vaste qui fait des jaloux. Le Pape poursuit donc ses manigances : il envoie le Saint-Empire à la rescousse et l'Europe devient un gigantesque champ de bataille alors que l'heure de la première guerre mondiale n'a même pas encore sonné. Sans m'étaler plus que nécessaire, vous aurez compris que dans Grand Siècle, la France et l'Europe ont droit à un super lifting uchronique et ça en jette ! ... quoique je me questionne sur la façon dont une armée à la puissance de feu incomparable et aux tanks blindés peut perdre la face devant une horde équipée de mousquets et de canons à poudre. Qu'à cela ne tienne le monde est très réussi (et surtout, quelle originalité !) et je ne vous cache pas que c'est pour ça que je me suis obstinée à connaître le fin mot de l'histoire - quoique la fin soit relativement ouverte, ce qui ne me gêne pas particulièrement.

    Le positif, c'est fait. On peut donc s'attaquer à ce qui a (encore) gâché pour moi le plaisir de renouer avec cet univers : la fratrie Caron. Trois frères et deux sœurs remontés sur Paris au tome un, et disséminés dans ce tome à gauche à droite. Ils sont à quelques exceptions près le prisme à travers lequel on vit toute l'histoire ... et quel ennui ! Contrairement aux deux premiers volumes, ici on peut passer sans trop rechigner sur le fait que chacun occupe une position super influente (ce qui selon moi manquait vachement de crédibilité) : la plupart ont ici été démis de leurs fonctions où ont dû quitter la ville pour leur salut. Mon problème avec eux dans ce tome, c'est l'insistance de Johan Héliot pour nous faire prendre les pauvrets en pitié quand l'entièreté du peuple s'en prend plein la face, et pas seulement eux. On insiste à de très nombreuses reprises sur la pseudo malédiction qui leur pourrit la vie, alors qu'une ou deux décisions judicieuses de leur part auraient réglé pas mal de problèmes. En quelques mots on peut résumer ça comme ça : trop de lamentations autour de personnages pour lesquels j'ai jamais réussi à développer la moindre affinité.

    Pour aller plus loin, je pense que la raison de ce gros manque d'empathie vient de la narration du récit ... et pas de mon insensibilité naturelle (même si j'avoue que ça a dû jouer un peu, okay). La narration est hyper froide et instaure une très grande distance avec les personnages. C'est pas nouveau comparé aux tomes qui précèdent, mais je rêvais d'un changement alors je suis pas trop contente que rien n'ait évolué à ce niveau-là. La façon dont Grand Siècle est écrit (avec notamment un forfait virgules impressionnant) m'a plutôt donné l'impression de lire une succession de faits. « Marie fait ci, Estienne fait ça ; Jeanne dit ceci, Pierre dit cela » c'est bien, mais jamais on ne m'a fait sauter la distance pour atterrir dans les bottes des protagonistes et vivre Grand Siècle avec un minium d'émotion. Les trop nombreuses ellipses sans aucun repère temporel pour s'y retrouver rendent la chose encore plus difficile : il m'a semblé qu'on me trimballait sans trop d'égards d'un évènement clé à un autre, alors que j'aurais justement apprécié que l'auteur prenne son temps pour me laisser faire copains-copains avec les Carons. En gros selon moi, on peut dire que la saga manque globalement de vie. Les trois volumes souffrent de ce problème, et je vous avoue que les autres romans uchroniques de Johan Héliot m'attirent bien moins maintenant que je sais que c'est ainsi que le bougre écrit.

    Je suis toutefois satisfaite d'être allée au bout, et malgré tout ce que j'ai pu en dire (le bon comme le mauvais) j'ai bien l'intention de garder cette saga dans un coin de ma (future) bibliothèque - actuellement tout est toujours sous cartons, la misère quoi. Je vous laisse le soin de débattre avec vous-même et de décider si Grand Siècle vaut la peine d'alléger votre porte-monnaie.

    Note : 13/20

    29 sept. 2020

    Un éclat de givre de Estelle Faye - Délicatesse, fesses et post-apo

     

    Auteur : Estelle Faye
    Editeur : Folio SF
    Genre : Erotisme, poésie, post-apo, science-fiction
    Pages : 384 (format poche)

    Résumé Un siècle après la Fin du Monde. Paris est devenue une ville-monstre, surpeuplée, foisonnante, étouffante, étrange et fantasmagorique. Une ville-labyrinthe où de nouvelles Cours des Miracles côtoient les immeubles de l'Ancien Monde. Une ville-sortilège où des sirènes nagent dans la piscine Molitor et où les jardins dénaturés dévorent parfois le promeneur imprudent. Là vit Chet, vingt-trois ans. Chet chante du jazz dans les caves, enquille les histoires d'amour foireuses, et les jobs plus ou moins légaux, pour boucler des fins de mois difficiles. Aussi, quand un beau gosse aux yeux fauves lui propose une mission bien payée, il accepte sans trop de difficultés. Sans se douter que cette quête va l'entraîner plus loin qu'il n'est jamais allé et lier son sort à celui de la ville, bien plus qu'il ne l'aurait cru.

    Chronique : Je n'ai pas aimé Un éclat de givre - paf, d'emblée la couleur est annoncée ! Et vous savez ce qui me plaît le plus quand je me brise les dents sur un roman ? Pas de casser vilainement du sucre sur le dos de l'auteur après coup, non - pas le genre de la maison et par ici on estime trop Estelle Faye pour ça, de toute façon - ; non, ce que j'aime, c'est l'idée d'écrire un avis à contre-courant qui servira peut-être à d'autres (ou pas, vous êtes libres de m'ignorer complet) ... ou  bien qui se noiera dans la masse des avis conquis (plus probable, mais au moins j'aurais essayé !). Un éclat de givre a son petit public de convaincus, Estelle Faye ses lecteurs dévoués (dont je fais toujours partie, oui oui) et le post-apo le vent en poupe, mais il n'empêche : entre cette autrice que j'aime lire, ce genre qui m'emballe à fond et les bons avis glanés çà et là, cette lecture m'a profondément, viscéralement et très regrettablement ennuyée. Alors sans m'étaler plus que nécessaire parce que je n'apprécie pas forcément d'avoir à remettre les pieds dans ce Paris de bohème largement revisité, on va faire le tour de ce qui m'a déplu - vite et bien, à l'inverse de Chet quand il tire son coup.

    La Fin du Monde est derrière les Parisiens depuis un gros siècle, depuis que les habitants de l'Ancien Monde ont fracturé la Terre pour en extraire ses ultimes ressources énergétiques. Heureusement pour l'Homme et les Français (pas tous, évidemment), Paris a tenu bon dans la débâcle qui a suivi. La ville se dresse aujourd'hui au cœur des Terres Vides comme l'un des derniers bastions de l'espèce, une cité fantastique et tordue, transformée par ce qui Dieu seul sait à résulté de l'Apocalyspe. Dans les sous-sols parisiens épargnés par la canicule infernale de l'été, Chet chante du Jazz le soir, rejoint sa mansarde pour y pioncer le jour et rêve de ses amis et amours perdus. Le jour où un bellâtre lui glisse une mystérieuse note dans un bar où il vient de se produire, Chet se retrouve malgré lui propulsé dans une affaire qui le dépasse, avec à la clé le salut de la ville entière. 

    Disclaimer préalable : j'adore Estelle faye et je pense avoir lu suffisamment de ses écrits pour continuer dans cette voie malgré mon expérience salée avec Un éclat de givre - un titre qui au passage claque et intrigue de loin. Des romans qui me reviennent en tête (la trilogie de La voie des oraclesLes seigneurs de Bohen, Les révoltés de Bohen, Porcelaine et Les nuages de Magellan), je me souviens d'une Estelle à la plume toute en légèreté, avec parfois quelques envolées lyriques, mais toujours toutes maîtrisées et surtout vachement bien dosées. Dans Un éclat de givre, plutôt que de poursuivre avec ce joli équilibre que j'aime d'amour (parce que je suis douce et que j'ai besoin de douceur, parfois), on a avant tout mis en avant un très, très beau texte, puis seulement (en second plan et très loin derrière) une sombre affaire de drogue post-apocalyptique pour le servir. Le bouquin, à mes yeux, c'est avant tout une tonne de froufrous littéraires (comme j'aime appeler ça) et loin sous des couches et des couches de voiles et de tutus, il y a le frêle petit squelette qui doit soutenir tout ça : le post-apo, la ville qui se meurt, l'urgence à se bouger les fesses et à déjouer le complot citadin. C'est clairement un parti pris, un souhait de l'autrice de proposer un roman pareil et je respecte ça - d'autant que si je parle très objectivement, c'est hyper bien écrit ... et c'est sans compter la force de ce Paris "survivant" d'une apocalypse de cauchemar.

    Mais pour ceux qui comme moi sont généralement du genre terre-à-terre, action avant tout et trémolos loin derrière, Un éclat de givre est d'un grand ennui. On vit le sauvetage de Paris (de sa banlieue monstrueuse aux temples télékinétiques, catacombes comprises) par les yeux de Chet, sauf que Chet, il est du genre artiste jazzy-maudit à se complaire dans son malheur et son mal-être ... et si ça en touche profondément certains, moi ça m'a prodigieusement lassée passé le tiers du roman. Les protagonistes torturés et mélancoliques, ça va cent pages, après ça lasse. Aurélie Wellenstein est une autre autrice francophone que j'aime beaucoup mais qui elle est plutôt du genre à aller droit au but (souvent un peu trop franco, justement) et avec le recul je me dis que l'histoire que me raconte Estelle Faye, j'aurais finalement bien aimé l'entendre racontée par Aurélie Wellenstein. C'aurait été davantage remuant. Il y avait pourtant un chouette scénario (quoique la corde de la nouvelle drogue qui débarque en ville ait déjà été un peu, un tout petit peu surjouée), comme quoi ici j'ai surtout rencontré un problème de forme que de fond, et en un sens ça me rassure parce qu'Estelle et moi, on reste copines. Pour faire court, j'ai pas accroché au contraste texte-fond du roman, pas du tout du tout.

    Et parce que je suis quelqu'un de complexe, je tiens à souligner que j'ai adoré les froufrous littéraires de Vincent Tassy dans Apostasie. Oui, le cœur a ses raisons que la raison ignore !

    Enfin comme dans pas mal de ses romans, Un éclat de givre c’est l'occasion pour Estelle Faye de mettre en lumière un héros à voile et à vapeur torturé par ses amours perdus (mais un peu trop torturé pour moi, vous avez compris). La solitude de Chet fait franchement mal au cœur, surtout qu'on comprend vite que le souci c'est pas son côté introverti, mais son incapacité à nouer de vrais liens avec quiconque. Il y a des coups d'un soir, des collègues de longue date ... mais des amis ? Non. Pouce vert et même chapeau bas parce que la psychologie de Chet est top moumoute, mais je reste dubitative sur la nécessité de nous rappeler constamment le galbe parfait des fesses de Galaad - son crush ténébreux dont il nous rabâche les oreilles dès la première page - comme pour enfoncer clou sur clou et bien nous faire rentrer dans le crâne que Chet, il se sent seul mais se l'avoue pas. Trop c'est trop, et j'en ai eu suffisamment  que pour me demander, parfois, si j'étais toujours en post-apo ou bien dans une romance érotique avec de la gueule. A vrai dire je me pose toujours la question et du coup j'ai pas résisté : j'ai épinglé le premier (et dernier, j'espère) libellé "érotisme" du blog à ce billet ! Une chose est sûre : cet échec m'empêchera pas de suivre les parutions d'Estelle Faye !

    Ma note : 12/20

    1 mai 2020

    Seul sur Mars de Andy Weir - Mars a un incroyable talent !

    Auteur : Andy Weir
    Editeur : Bragelonne (anciennement Milady)
    Genre : Science-fiction
    Pages : 383 (format poche)


    Résumé : Mark Watney est l'un des premiers humains à poser le pied sur Mars. Il pourrait bien être le premier à y mourir. Lorsqu'une tempête de sable mortelle force ses coéquipiers à évacuer la planète, Mark se retrouve seul et sans ressources, irrémédiablement coupé de toute communication avec la Terre. Pourtant Mark n'est pas prêt à baisser les bras. Ingénieux, habile de ses mains et terriblement têtu, il affronte un par un des problèmes en apparence insurmontables. Isolé et aux abois, parviendra-t-il à défier le sort ? Le compte à rebours a déjà commencé.

    22 avr. 2020

    Futu.re de Dmitry Glukhovsky - Dystopie controversée, régal assumé

    Auteur : Dmitry Glukhovsky
    Editeur : J'ai lu
    Genre : Science-fiction, dystopie
    Pages : 960 (format poche)

    Lu dans le cadre du « Hold my SFFF Challenge »


    Résumé : Dans un avenir pas si lointain, l'humanité a su manipuler son génome pour stopper le processus de vieillissement et jouir ainsi d'une forme d'immortalité. L'Europe, devenue une gigapole hérissée de gratte-ciel où s'entasse l'ensemble de la population, fait figure d'utopie car la vie y est sacrée et la politique de contrôle démographique raisonnée. La loi du Choix prône que tout couple qui souhaite avoir un enfant doit déclarer la grossesse à l'Etat et désigner le parent qui devra accepter l'injection d'un accélérateur métabolique, lequel provoquera son décès à plus ou moins brève échéance. Une mort pour la vie, c'est le prix de l'Etat providence européen. Matricule 717 est un membre de la Phalange qui débusque les contrevenants. Il vit dans un cube miteux de deux mètres d'arête et se contente du boulot de bras droit d'un commandant de groupe d'intervention. Un jour, pourtant, le destin semble lui sourire quand un sénateur lui propose un travail en sous-main : éliminer un activiste du parti de la Vie, farouche opposant à la loi du Choix et au parti de l'Immortalité, qui menace de briser un statu quo séculaire.

    19 avr. 2020

    22/11/63 de Stephen King - Désaxer le passé, bonne ou mauvaise idée ?

    Auteur : Stephen King
    Editeur : J'ai lu
    Genre : Science fiction, uchronie
    Pages : 1035 (format poche)

    Résumé : Jake Epping est un enseignant d'anglais à Lisbon Falls, dans le Maine, qui se fait un revenu complémentaire en enseignant aux adultes dans le programme GED. Il reçoit un essai de l'un des étudiants : une histoire macabre, déchirante, au sujet d'une nuit il y a 50 ans quand le père d'Harry Dunning est arrivé à la maison, a tué sa mère, sa soeur et son frère avec un marteau. Harry s'en est sortit avec une jambe mal en point, comme le prouve sa démarche actuelle. Un peu plus tard, Al, l'ami de Jake, lui raconte un secret : sa boutique est un portail vers 1958. Il enrole Jake dans une folle mission afin d'empêcher le meurtre de John Kennedy. Ainsi sa nouvelle vie en tant que Jakes George Amberson, son nouveau monde d'Elvis et JFK, un monde de grosses voitures américaines, d'un solitaire en difficulté nommé Lee Harvey Oswald et d'une bibliothécaire prénommée Sadie Dunhill, qui devient l'amour de Jake et qui transgresse les règles normales du temps.

    2 févr. 2020

    Le vieil homme et la guerre, tome 2 : les brigades fantômes de John Scalzi - Etre ou ne pas être, telle est la question !

    Auteur : John Scalzi
    Editeur : Bragelonne
    Genre : Science-fition
    Pages : 382 (format poche)

    Résumé : Les brigades fantômes sont des troupes d'élite issues de l'ADN de personnes décédées et entraînées jusqu'à devenir les soldats les plus mortels qui soient - jeunes, forts et totalement dépourvus de pitié. Lorsque le scientifique Charles Boutin trahit l'humanité en s'alliant à trois autres espèces, les brigades implantent une conscience clonée de celui-ci dans un corps artificiel afin de découvrir ses projets. La tentative échoue et le nouveau soldat, rebaptisé Jared Dirac, est enrôlé dans leurs rangs. Mais petit à petit, la conscience de Butin émerge et menace d'écraser la personnalité de Jared. Pour arrêter le traître, faudra-t-il sacrifier un soldat ?

    26 janv. 2020

    Vox de Christina Dalcher - Quand le silence n'est pas d'or

    Auteur : Christina Dalcher
    Editeur : NiL
    Genre : Dystopie, Science-fition
    Pages : 426 (grand format)

    Lu dans le cadre du « Hold my SFFF Challenge »


    Résumé : Jean McClellan est docteure en neurosciences. Elle a passé sa vie dans un laboratoire de recherches, loin des mouvements protestataires qui ont enflammé son pays. Mais, désormais, même si elle le voulait, impossible de s’exprimer : comme toutes les femmes, elle est condamnée à un silence forcé, limitée à un quota de cent mots par jour. En effet, le nouveau gouvernement en place, constitué d’un groupe fondamentaliste, a décidé d’abattre la figure de la femme moderne. Pourtant, quand le frère du Président fait une attaque, Jean est appelée à la rescousse. La récompense ? La possibilité de s’affranchir – et sa fille avec elle – de son quota de mots. Mais ce qu’elle va découvrir alors qu’elle recouvre la parole pourrait bien la laisser définitivement sans voix…

    14 déc. 2019

    Le vieil homme et la guerre, tome 1 de John Scalzi - Perry fait de la résistance !

    Auteur : John Scalzi
    Éditeur : Bragelonne
    Genre : Science-fiction
    Pages :  380 pages (format poche)


    Résumé : « J’ai fait deux choses le jour de mon soixante-quinzième anniversaire. Je suis allé sur la tombe de ma femme et je me suis engagé. » À soixante-quinze ans, l’âge minimum requis, John Perry n’est pas le seul à intégrer les Forces de défense coloniale, le seul ticket pour les étoiles, mais sans retour. Plus rien ne le retient sur Terre. Combien d’années de vie peut-il encore espérer ? En revanche, s’engager, c’est défendre la Terre, protéger l’expansion de l’humanité dans les étoiles, retrouver une seconde jeunesse et, à l’issue du service, obtenir le statut de colon sur une planète nouvelle. Sur Terre, nul ne sait ce qu’il advient de ces recrues à part qu’on leur promet une guerre sans merci contre la myriade d’espèces intelligentes qui se partagent un espace vital interstellaire beaucoup trop étroit. John Perry devient donc soldat. Avec son nouveau statut commencent les révélations, inimaginables.

    27 oct. 2019

    Grand siècle, tomes 1 et 2 de Johan Héliot - Réinventer les Lumières, vers l'infini et au-delà !

    Auteur : Johan Heliot
    Éditeur : Mnémos
    Genre : Historique, science-fiction, uchronie
    Pages : 300 et 285 pages (grands formats)

    Lus dans le cadre du « Pumpkin Autumn Challenge »

    Résumé du premier tome : L’ambitieux lieutenant de frégate Baptiste Rochet présente au jeune Louis XIV une étrange météorite sphérique, rapportée de son dernier périple en mer. Médusé, le mathématicien et penseur Blaise Pascal y trouve alors une terrifiante source d’inspiration. Ses découvertes bouleverseront à tout jamais le destin du Roi-Soleil et de son royaume, ainsi que les vies d’une fratrie tentant d’échapper à la misère et impliquée bien malgré elle dans les drames à venir. Nobles comploteurs, inventions géniales de Pascal, imprimeurs libellistes, malfrats sans pitié de la cour des Miracles et mousquetaires désenchantés peuplent le théâtre d’un monde sur le point de basculer dans un Grand Siècle futuriste, entre ombre et lumière, entre la terre et les étoiles.