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  • 15 oct. 2020

    Circé de Madeline Miller - La femme qui se cachait derrière le mythe

     

    Auteur : Madeline Miller
    Editeur : Pocket
    Genre : Contes et réécritures de contes, Fantasy
    Pages : 549 pages (format poche)

    Résumé : Helios, dieu du soleil, a une fille : Circé. Elle ne possède ni les pouvoirs exceptionnels de son père, ni le charme envoûtant de sa mère mais elle se découvre pourtant un don : la sorcellerie, les poisons et la capacité à transformer ses ennemis en créatures monstrueuses. Peu à peu, même les dieux la redoutent. Son père lui ordonne de s'exiler sur une île déserte sur laquelle elle développe des rites occultes et croisent tous les personnages importants de la mythologie : le minotaure, Icare, Medée et Ulysse.... Mais cette existence de femme indépendante et dangereuse inquiète les dieux et effraie les hommes. Pour sauver ce qu'elle a de plus cher à ses yeux, Circé doit choisir entre ces deux mondes : les dieux dont elle descend, les mortels qu'elle a appris à aimer.

    Chronique : Pour qui se tient un tout petit peu informé des sorties littéraires fantastiques et des livres chouchous de la blogo, Circé, c'est difficile d'être passé à côté ces derniers mois. Le titre a beaucoup fait parler de lui sur les réseaux (en tout cas ceux auxquels je suis abonnée, hein) et encore davantage que son prédécesseur Le chant d'Achille. Aujourd'hui, c'est jour de fête : j'ajoute avec enthousiasme ce dernier titre à ma wish-list, et Circé à mon top dix des livres lus cette année - après les quelques flops des semaines passées, ça fait du bien ! C'était pourtant pas gagné avec toute cette notoriété. Vu le battage blogo-médiatique qu'il y a eu autour de cette réécriture de conte mythe, j'avais des attentes vachement élevées, et surprise ! j'ai pas été déçue. Circé, c'est en définitive un roman à l'image de sa protagoniste : il envoie du lourd et se dissimule dans un écrin de velours. Moi ça me va, d'abord parce que vu ma dernière lecture, les gros sabots, j'en avais ma claque ; et ensuite parce qu'un peu de sensibilité, ça fait jamais de mal à personne - ça a juste changé deux-trois marins en cochons, mais ça c'est un détail.

    Lorsque le Titan Hélios et la nymphe Persé s'unissent pour la première fois, Circé est engendrée. A l'inverse de son entourage qui exsude la divinité de toutes parts, sa banalité est source de moqueries. Elle n'irradie pas comme son père, n'a ni la grâce ni l'esprit calculateur de sa mère et adopte rapidement au sein de sa fratrie grandissante le rôle de souffre-douleur. Moquée des siens, elle développe une fascination secrète pour les mortels et tombe sous le charme de l'un d'eux. Son amour la pousse à découvrir un pouvoir insoupçonné qui couve en elle depuis des décennies, et pour lequel le grand Zeus l'exile. Seule sur son île Circé apprend génération après génération à apprivoiser son don et à partager la vie des mortels qui s'échouent sur la plage, et s'arrache peu à peu la place qui lui revient dans les mythes des Hommes. Celle de la sorcière d'Eéa, crainte des mortels et même des dieux.

    Crainte de tous, promis c'est à peine exagéré : si on s'en réfère aux écrits mythologiques qui ont tracé leur chemin jusqu'ici, Circé c'était pas une tendre - même si vu la tronche des récits d'alors, personne l'était vraiment, on est d'accord. Toujours est-il qu'on a l'habitude de la voir dans le mauvais rôle, et le roman est super intéressant parce que Madeline Miller fonce à l'opposé. A travers plusieurs mythes bien connus du grand public (Charybde et Scylla, le Minotaure et la quête de la toison d'or par Jason, entre autres), elle met en lumière une Circé sensible qui s'en prend plein la gueule, qui tend la main et à qui on arrache le bras, qui regrette et qui doute. Les générations défilent, Circé apprend à maîtriser la magie des plantes qui lui a valu un exil forcé, et le personnage se déploie. Il y a la déesse, la sorcière et la femme, et j'ai suivi les trois avec beaucoup de plaisir. Elle achève finalement sa course là où on s'y attendait évidemment passé la moitié du roman, mais sans que ça rende la chose moins belle - non, pas au lit avec Ulysse (ça c'est un détail de parcours, comme la plupart des hommes qui se succèdent dans cette histoire taillée pour des personnages féminins), mais en une compagnie plus sympathique à propos de laquelle je ne vais rien vous révéler de plus - pas de spoil ici ! La touche finale est romantique façon tout-est-bien-qui-finit-bien, c'est effectivement sympa parce que ça fait chaud au cœur, mais j'ai trouvé que ça jurait avec l'idée globale du roman selon laquelle tu peux pas compter sur meilleur alliée que toi-même... surtout quand t'es une femme à l'Antiquité.

    Alors du coup, Circé, oeuvre féministe ? Oui et non. Si vous suivez le blog, vous savez que les analyses, même rien qu'un peu poussées, c'est pas ma came. Je lis un texte, je creuse pas forcément toujours loin sous les évidences qui sautent aux yeux et rester à la surface, moi ça ma va très bien. Circé, c'est justement un roman qui a fait couler beaucoup d'encre à force d'avoir été creusé et retourné. Certains ont vu une oeuvre féministe très engagée à la gloire d'une femme qui n'attend pas qu'un prince charmant vienne la libérer de son exil. Okay. Sur le sujet je me contenterai, moi, de simplement regretter qu'on veuille souvent donner du sens à tout prix à un texte, en y voyant parfois juste ce qu'on souhaite y voir. Gratter et décomposer le roman, ça m'aurait gâché le plaisir de la simple réinterprétation du mythe et de son héroïne jusqu'alors toujours dépeinte sous des jours peu flatteurs - et qui, faut-il le souligner, trouve chaussure à son pied en fin de roman avec un passage par la case maternité ... mais j'en dirai pas plus. Circé, féministe parce qu'il est question d'une nana qui vit sa vie pépère sur une île (même si l'exil, c'est pas cool et que ça finit par lui peser) ? Moi ça me paraît trop léger pour me prononcer, et de toute façon comme je vous l'ai dit, cette tendance à tout décortiquer, c'est pas mon truc. J'accroche donc pas forcément à l'analyse globale qu'on voit passer. Rien qu'en restant à une lecture de surface, le bouquin fait son job et il le fait très, très bien dans le plus pur style grec.

    Attention attention, notez toutefois qu'à l'époque (quelques millénaires avant J.-C., quand même), s'assumer en tant que femme seule demande des épaules vachement solides, c'est un fait. On ressent à fond les mœurs de cette période de l'Histoire auxquels même les rejetons des dieux et déesses n'échappent pas : un femme, ça ne se respecte que s'il y a un protecteur dans son giron - sinon c'est condescendance et "buffet gratuit". J'ai d'ailleurs adoré la restitution de la chose à l'écrit par Circé, avec ce qu'il faut de recul et de questionnements bien placés. On ne s'insurge jamais vraiment avec les personnages féminins du récit (Médée, Pénélope et Pasiphaé pour ne citer qu'elles), mais il y a bien quelques petits moments où on a un peu la rage quand même. Pour ce qui est de Circé, ce n'est qu'au gré d'épreuves pas très sympas qu'on la voit devenir la sorcière du mythe qu'on connait tous... mais en vachement plus nuancée et c'est justement ça qui rend le bouquin si passionnant. Dans la mythologie Circé c'est une presque divinité, mais Madeline Miller y ajoute une dimension très humaine. Plus qu'une réécriture très convaincante du mythe de la sorcière d'Eéa, Circé c'est un roman d'une grande sensibilité sur les conditions divines et humaines. Et que l'emploi du mot « sensibilité » ne vous y trompe pas : son héroïne avec un penchant pour la confection d'étoffes, les tisanes maison et la métamorphose humaine, vaut mieux pas la chercher. 

    J'ajoute pour clôturer la chronique que la mythologie fascine beaucoup le public et que Madeline Miller surfe sur la vague avec brio. Circé est un roman que j'ai adoré lire, vraiment, et qui m'a donné quelques petites piqûres de rappel concernant les mythes dont on m'a abreuvée quand j'étais gamine. Pour moi il rejoint la lignée de La Voie des Oracles et du Cycle de Mithra, deux autres lectures que je vous conseille si la Fantasy et l'Antiquité vous branchent autant l'une que l'autre.

    Ma note : 18/20

    7 oct. 2020

    Largo Callahan, tome 1 : six petites gouttes de sang de Michel Robert - Le western spaghetti qui tombe sur l'estomac

     

    Auteur : Michel Robert
    Editeur : Fleuve Noir
    Genre : Fantastique, Western
    Pages : 395 pages (grand format)

    Saga abandonnée

    Résumé : Largo Callahan vit sur le fil, écartelé entre le monde des Apaches et celui des Blancs. Le métis ne connaît qu'une loi, la sienne. Ses passions : les armes, les femmes, et la vengeance, car il a juré d'expédier en enfer les assassins de son père. Avec sa bande de hors-la-loi, il écume l'Ouest, toujours prêt à un mauvais coup, du moment que ça rapporte. Jusqu'au jour où une comtesse italienne, aussi belle que mystérieuse, lui propose une mission dangereuse et bien payée. Largo, ayant cruellement besoin de dollars, accepte. Mais cette aventure va l'entraîner bien plus loin qu'il n'aurait pu l'imaginer. Sur un territoire où le danger n'a rien d'humain.

    Chronique : Bon ben voilà, encore une mauvaise pioche (pas de bol) et cette fois avec un titre de Michel Robert qui n'a pourtant rien à voir sur papier avec ma précédente lecture - c'en est presque à croire qu'en quatre mois de disette livresque je suis devenue une vieille aigrie de la SFFF, en fait. Sauf qu'encore une fois je trouve que ça se justifie pas mal subjectivement parlant, et n'y voyez rien de personnel envers notre ami Michel Robert : La Malerune est avec une poignée d'autres titres francophones l'étrier qui m'a fait grimper vers la Fantasy quand j'étais ado. Seulement les goûts, les couleurs et les attentes, ça change pas mal avec le temps et vu l'eau qui a coulé sous les ponts depuis ma dernière rencontre avec l'auteur, forcément fallait s'attendre à ce que ça dérape un jour - et ce jour il est arrivé en même temps que le premier volet des aventures de Largo Callahan dans ma boîte aux lettres.

    En Amérique, dans l'ouest sauvage des cow-boys, des attaques de train et des brigands encagoulés sévit une bande de malfrats au leader charismatique : Largo Callahan. L'homme est un tireur-né, un pisteur émérite métissé, une brute avec ce qu'il faut de cervelle pour éviter de se faire trouer la peau à tout bout de champs, et il crie vengeance. Vengeance pour son père assassiné sous ses yeux des années auparavant par une troupe de soldats véreux. Mais entre la loyauté du groupe qui lui glisse peu à peu entre les doigts, les guérillas et vendettas personnelles à mener à terme et des liens familiaux à renouer chez les Apaches, Largo est bien en peine de faire des choix. Il faudra pourtant prendre action, mais surtout prendre les armes, pour espérer survivre d'un bout à l'autre du Far West américain où c'est d'abord la poudre qui parle.

    Ah, le grand ouest américain ! Le vent qui fouette la poussière, les chevaux qui galopent après les diligences et les portes de saloon qui claquent : bienvenue quelque part entre le Far West et le Mexique, bienvenue dans le monde de Largo Callahan où on fait semble-t-il d'abord rugir les .44 avant, et où on s'attarde sur les regrettables quiproquos après. Ça sent (presque) bon la sueur et la testostérone, et ce tableau d'Apaches dont on troue la peau avec joie entre deux whisky, Michel Robert l'a construit avec l'enthousiasme d'un grand amoureux de Westerns spaghettis. Le roman est écrit comme pour le cinéma et est très esthétique ; c'est hyper visuel, ça parle à tout le monde et puisque l'auteur adore décrire les tenues, les armes et les chevaux plus que toute autre chose - voire même à outrance (parce qu'après quatre cent pages, ça fatigue un peu quand même de savoir qui porte une chemise en lin bleue et une en coton rouge) - on se représente le moindre grain de poussière et la moindre échauffourée avec pas mal de réalisme. Enfin bon réalisme, c'est vite dit, parce que Largo Callahan il est quand même sacrément futé, mais surtout sacrément trop balèze parfois pour être entièrement crédible... mais comme tout ça s'inscrit dans un contexte de western décomplexé en mode héroïsme viril à gogo, ça passe.

    Question virilité, justement, j'ai trouvé le livre assez indigeste et c'est un gros regret. Culture pop' et contexte historique obligent, quand t'ouvres un Western, tu t'attends pas à avoir un essai sur les droits des femmes ou le guide des relations cordiales entre les deux sexes. Il y a bien ici quelques personnages féminins sympas (dont une chamane indienne et une armurière un peu badass), mais c'est assez vite fait. Globalement Six petites gouttes de sang, c'est des bandes de mecs qui sillonnent la région en se tirant dessus et en s'insultant inventivement, sans que ça claque vraiment dans les dialogues - le ton fait trop forcé. Trop de man et de motherfucker, beaucoup trop de pin-da lik-o-yee-lo (quoi que ça veuille bien dire, on ne l'explique jamais et c'est hyper pénible à lire) et plus globalement, de termes anglais qui m'ont personnellement pourri la narration (pourquoi écrire cold-blooded killers quand on peut juste parler de tueurs à sang froid ? Mais soit). A côté de ça, même si on aborde le roman sous l'angle d'un roman noir (ce qu'il n'est pas), c’est trop blindé d'expressions malvenues pour moi, déjà lues ailleurs mais qui ici tombent  pourtant ultra mal : la femme qui s'empale sur la très généreuse verge rigide du héros, lui qui s'y enfonce jusqu'à la garde ... sérieusement ? Il y a certains récits sombres comme j'aime où ce genre de choses passent parce tout autour est construit en conséquence et que l'atmosphère s'y prête, mais Six petites gouttes de sang en fait pas partie. Le texte est trop souvent maladroit et ça casse l'ambiance.

    D'une opération frauduleuse à l'autre, d'une piste à remonter vers la suivante tel le fin limier moitié Apache-moitié Yankee qu'il est, la vie de Largo est donc faite de poudre et de coups bien juteux. Enfin ça, c'était avant la vague de poisse qui lui tombe dessus. Pour corriger le tir (c'est le cas de le dire), Largo doit laisser sa vendetta personnelle derrière lui après qu'on nous ait pourtant vendu le personnage comme un gars mû exclusivement par son désir de vengeance. Au premier chapitre, tu crois avoir compris : ça va assassiner sec et se faire justice soi-même façon duel au soleil, et on va tirer l'affaire sur plusieurs tomes. Mais non. Pour renflouer les caisses de la bande Largo se lance dans une opération ambitieuse qu'on suit pendant une petite centaine de pages, et plus jamais on causera de vengeance - ce qui me pousse à me demander pourquoi on s'est tant emmerdé à introduire le bazar et à le vendre autant en quatrième de couverture, mais pour la seconde fois dans cette chronique : soit. Après ça notre héros s'en va seul renouer avec ses origines apaches pour une autre centaine de pages, défie un rival d'enfance, déjoue des embuscades musclées, refoule pépère le syndicat de la pègre ... et tombe finalement sur une comtesse en détresse qui lui colle un peu avant la page trois cents une nouvelle mission juteuse dans les pattes - oui, la fameuse quête dont on nous cause en résumé, elle arrive seulement maintenant. Ce genre de démarche éditoriale, ça m'énerve parce que d'un, ça montre que l'éditeur arrive pas vraiment à cerner le bouquin qu'il a monté ; et que de deux ce qu'il en ressort côté lecteur, c'est l'impression qu'il ne se passe finalement rien d'important dans le roman, que tout le monde le savait d'emblée et qu'on est les derniers à le découvrir.

    A partir de là l'aventure prend une tournure fantastique assez intrigante à la Indiana Jones : amulettes, sorcellerie, tombeaux piégés ... mais c'est arrivé bien trop tard pour moi, à une cinquantaine de pages de la fin (!) : j'avais décroché depuis belle lurette. Et bon, quand on en est au quinzième combat par balles du roman, on finit blasé. Si le but c'était donc de donner le goût du western littéraire au public, pour moi c'est raté et c'est un gros regret : je suis demandeuse de lectures dans le genre et le livre me faisait vraiment envie. Un tome suffit toutefois à faire le tour de cette histoire sympa à survoler mais franchement sans plus, et moi j'en resterai là.

    Note : 11/20

    29 sept. 2020

    Un éclat de givre de Estelle Faye - Délicatesse, fesses et post-apo

     

    Auteur : Estelle Faye
    Editeur : Folio SF
    Genre : Erotisme, poésie, post-apo, science-fiction
    Pages : 384 (format poche)

    Résumé Un siècle après la Fin du Monde. Paris est devenue une ville-monstre, surpeuplée, foisonnante, étouffante, étrange et fantasmagorique. Une ville-labyrinthe où de nouvelles Cours des Miracles côtoient les immeubles de l'Ancien Monde. Une ville-sortilège où des sirènes nagent dans la piscine Molitor et où les jardins dénaturés dévorent parfois le promeneur imprudent. Là vit Chet, vingt-trois ans. Chet chante du jazz dans les caves, enquille les histoires d'amour foireuses, et les jobs plus ou moins légaux, pour boucler des fins de mois difficiles. Aussi, quand un beau gosse aux yeux fauves lui propose une mission bien payée, il accepte sans trop de difficultés. Sans se douter que cette quête va l'entraîner plus loin qu'il n'est jamais allé et lier son sort à celui de la ville, bien plus qu'il ne l'aurait cru.

    Chronique : Je n'ai pas aimé Un éclat de givre - paf, d'emblée la couleur est annoncée ! Et vous savez ce qui me plaît le plus quand je me brise les dents sur un roman ? Pas de casser vilainement du sucre sur le dos de l'auteur après coup, non - pas le genre de la maison et par ici on estime trop Estelle Faye pour ça, de toute façon - ; non, ce que j'aime, c'est l'idée d'écrire un avis à contre-courant qui servira peut-être à d'autres (ou pas, vous êtes libres de m'ignorer complet) ... ou  bien qui se noiera dans la masse des avis conquis (plus probable, mais au moins j'aurais essayé !). Un éclat de givre a son petit public de convaincus, Estelle Faye ses lecteurs dévoués (dont je fais toujours partie, oui oui) et le post-apo le vent en poupe, mais il n'empêche : entre cette autrice que j'aime lire, ce genre qui m'emballe à fond et les bons avis glanés çà et là, cette lecture m'a profondément, viscéralement et très regrettablement ennuyée. Alors sans m'étaler plus que nécessaire parce que je n'apprécie pas forcément d'avoir à remettre les pieds dans ce Paris de bohème largement revisité, on va faire le tour de ce qui m'a déplu - vite et bien, à l'inverse de Chet quand il tire son coup.

    La Fin du Monde est derrière les Parisiens depuis un gros siècle, depuis que les habitants de l'Ancien Monde ont fracturé la Terre pour en extraire ses ultimes ressources énergétiques. Heureusement pour l'Homme et les Français (pas tous, évidemment), Paris a tenu bon dans la débâcle qui a suivi. La ville se dresse aujourd'hui au cœur des Terres Vides comme l'un des derniers bastions de l'espèce, une cité fantastique et tordue, transformée par ce qui Dieu seul sait à résulté de l'Apocalyspe. Dans les sous-sols parisiens épargnés par la canicule infernale de l'été, Chet chante du Jazz le soir, rejoint sa mansarde pour y pioncer le jour et rêve de ses amis et amours perdus. Le jour où un bellâtre lui glisse une mystérieuse note dans un bar où il vient de se produire, Chet se retrouve malgré lui propulsé dans une affaire qui le dépasse, avec à la clé le salut de la ville entière. 

    Disclaimer préalable : j'adore Estelle faye et je pense avoir lu suffisamment de ses écrits pour continuer dans cette voie malgré mon expérience salée avec Un éclat de givre - un titre qui au passage claque et intrigue de loin. Des romans qui me reviennent en tête (la trilogie de La voie des oraclesLes seigneurs de Bohen, Les révoltés de Bohen, Porcelaine et Les nuages de Magellan), je me souviens d'une Estelle à la plume toute en légèreté, avec parfois quelques envolées lyriques, mais toujours toutes maîtrisées et surtout vachement bien dosées. Dans Un éclat de givre, plutôt que de poursuivre avec ce joli équilibre que j'aime d'amour (parce que je suis douce et que j'ai besoin de douceur, parfois), on a avant tout mis en avant un très, très beau texte, puis seulement (en second plan et très loin derrière) une sombre affaire de drogue post-apocalyptique pour le servir. Le bouquin, à mes yeux, c'est avant tout une tonne de froufrous littéraires (comme j'aime appeler ça) et loin sous des couches et des couches de voiles et de tutus, il y a le frêle petit squelette qui doit soutenir tout ça : le post-apo, la ville qui se meurt, l'urgence à se bouger les fesses et à déjouer le complot citadin. C'est clairement un parti pris, un souhait de l'autrice de proposer un roman pareil et je respecte ça - d'autant que si je parle très objectivement, c'est hyper bien écrit ... et c'est sans compter la force de ce Paris "survivant" d'une apocalypse de cauchemar.

    Mais pour ceux qui comme moi sont généralement du genre terre-à-terre, action avant tout et trémolos loin derrière, Un éclat de givre est d'un grand ennui. On vit le sauvetage de Paris (de sa banlieue monstrueuse aux temples télékinétiques, catacombes comprises) par les yeux de Chet, sauf que Chet, il est du genre artiste jazzy-maudit à se complaire dans son malheur et son mal-être ... et si ça en touche profondément certains, moi ça m'a prodigieusement lassée passé le tiers du roman. Les protagonistes torturés et mélancoliques, ça va cent pages, après ça lasse. Aurélie Wellenstein est une autre autrice francophone que j'aime beaucoup mais qui elle est plutôt du genre à aller droit au but (souvent un peu trop franco, justement) et avec le recul je me dis que l'histoire que me raconte Estelle Faye, j'aurais finalement bien aimé l'entendre racontée par Aurélie Wellenstein. C'aurait été davantage remuant. Il y avait pourtant un chouette scénario (quoique la corde de la nouvelle drogue qui débarque en ville ait déjà été un peu, un tout petit peu surjouée), comme quoi ici j'ai surtout rencontré un problème de forme que de fond, et en un sens ça me rassure parce qu'Estelle et moi, on reste copines. Pour faire court, j'ai pas accroché au contraste texte-fond du roman, pas du tout du tout.

    Et parce que je suis quelqu'un de complexe, je tiens à souligner que j'ai adoré les froufrous littéraires de Vincent Tassy dans Apostasie. Oui, le cœur a ses raisons que la raison ignore !

    Enfin comme dans pas mal de ses romans, Un éclat de givre c’est l'occasion pour Estelle Faye de mettre en lumière un héros à voile et à vapeur torturé par ses amours perdus (mais un peu trop torturé pour moi, vous avez compris). La solitude de Chet fait franchement mal au cœur, surtout qu'on comprend vite que le souci c'est pas son côté introverti, mais son incapacité à nouer de vrais liens avec quiconque. Il y a des coups d'un soir, des collègues de longue date ... mais des amis ? Non. Pouce vert et même chapeau bas parce que la psychologie de Chet est top moumoute, mais je reste dubitative sur la nécessité de nous rappeler constamment le galbe parfait des fesses de Galaad - son crush ténébreux dont il nous rabâche les oreilles dès la première page - comme pour enfoncer clou sur clou et bien nous faire rentrer dans le crâne que Chet, il se sent seul mais se l'avoue pas. Trop c'est trop, et j'en ai eu suffisamment  que pour me demander, parfois, si j'étais toujours en post-apo ou bien dans une romance érotique avec de la gueule. A vrai dire je me pose toujours la question et du coup j'ai pas résisté : j'ai épinglé le premier (et dernier, j'espère) libellé "érotisme" du blog à ce billet ! Une chose est sûre : cet échec m'empêchera pas de suivre les parutions d'Estelle Faye !

    Ma note : 12/20

    22 sept. 2020

    Le revenant de Michael Punke - La vengeance (et le grizzly) dans la peau

     

    Auteur : Michael Punke
    Editeur : Le livre de poche
    Genre : Biographie, drame, historique, survivalisme
    Pages : 384 (format poche)

    Résumé États-Unis, 1823. Au cours d’une expédition à travers les Grandes Plaines, le trappeur Hugh Glass est attaqué par un grizzly. Défiguré, le corps déchiqueté, Hugh est confié à deux volontaires chargés de le veiller jusqu’à sa mort puis de l’enterrer. Mais ses gardiens décident d’abandonner le blessé. En plein territoire indien, seul, désarmé et à bout de forces, Glass survit. Son unique motivation : la vengeance. Commence alors la légende de Hugh Glass : l’histoire d’un homme hors du commun qui va parcourir cinq mille kilomètres, depuis le Dakota du Sud jusqu’au Nebraska, pour retrouver ceux qui l’ont trahi.

    Chronique : En plus des livres qui hantent la PAL, il est une catégorie à ne pas prendre à la légère : ceux qui pourrissent au fond d'une wish-list toujours plus fournie. Le Revenant, pour moi, il porte vachement bien son nom puisqu'à l'image du trappeur qui se hisse du monde des quasi-morts à celui des demi-vivants-et-encore, il s'est miraculeusement taillé un chemin jusqu'à ma PAL (d'abord), jusqu'à ma table de chevet (ensuite), puis jusqu'au blog (enfin !). Quand c'est comme ça, on a souvent envie de dire que ça valait le coup de sortir ce livre-là de la wish-list et pas un autre, voire de se fustiger en place publique pour ne pas s'y être mis bien avant. Avec Le Revenant, il y a de ça, mais aussi un peu de déception en regard de la seconde partie longue, longue, longue - presque autant que les griffes du grizzly qui tailladent affectueusement notre bon pote Hugh Glass.

    La Rocky Mountain Fur Company a besoin d'hommes valeureux pour aller moissonner les peaux de castor sur les berges du Missouri et ouvrir de nouvelles voies de transit libres d'indiens belliqueux. Hugh Glass a l'aventure dans la peau et répond favorablement à l'appel aux candidats lancé par le général William Ashley. Il s'engage dans les terres hostiles avec une compagnie d'une quinzaine d'hommes d'infortune, avec pour objectif de remonter jusqu'à Fort Union où l'opération de trappe débutera. Mais lorsqu'une femelle grizzly s'en prend à lui sur la route, Hugh Glass est laissé pour mort et dépouillé par deux de ses coéquipiers demeurés à ses côtés afin de le veiller. Terriblement blessé et livré à lui même dans les étendues sauvages et automnales de l'Amérique du nord, Hugh Glass ne se meut que par désir de vengeance : il aura la peau des deux hommes qui lui ont retiré le peu qui lui restait, qu'importe qu'il faille pour ça parcourir six cent kilomètres en se traînant au sol. La traque débute, mais point de castors pour gibiers. 

    Ah ça, fallait pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué.
    (Oui, elle est trop bien ma blague).

    Man versus wild, voilà qui résumerait excellemment la première partie du roman - la meilleure, je ne vous le cache pas. Sous mon apparente couche de bonhomie et de féminité relative, il y a une lectrice qui adore les récits de survivalisme où les protagonistes souffrent et se tordent de faim jusqu'à tomber sur un rat bien dodu. Avec Le Revenant, j'ai été servie, j'ai été comblée et même très impressionnée par notre ami Hugh Glass : laissé pour mort et terriblement touché par un grizzly à la gorge, au dos, à l'épaule et à la jambe (!), il n'a ni eau, ni nourriture, ni paractémol et pourtant il se taille une route de six cent bornes pour aller mettre une rouste à ses anciens compagnons. Durant le trajet on a mal, on a faim, on apprend à tendre des pièges à rongeurs avec trois cailloux et à se poser les bonnes questions : est-ce que de la moelle vieille de cinq jours, c'est comestible ? Est-ce qu'il vaut mieux crever de faim ou crever en disputant une carcasse à une horde de loups ? Je vous laisse méditer sur les réponses, moi maintenant, je les connais. Toujours est-il que durant cet interminable périple, on voit beaucoup de paysages sauvages "pas de chez nous" où on se projette avec plaisir tout en plaignant Glass d'en être prisonnier volontaire, et surtout on est happé par chaque instant de sa lutte : les phases d'introspection et de désespérance, les pièges qui merdent, les pièges qui fonctionnent, les scènes d'action et les rencontres improbables avec les locaux. Bref, Le Revenant, c'est un récit fort qui vous transporte ... mais défenseurs de la cause animale, s'abstenir - si on sait déjà que tout est bon dans le cochon, on comprend aussi très vite que tout est bon dans le bison, et pas que.

    Pourtant passé la moitié, on s'enlise dans le train-train du trappeur. La situation de Hugh Glass s'améliore, il rencontre du monde et réintègre quelques compagnies pour tailler un bout de route. Là débute une grosse centaine de pages de poursuites, d'indiens, de morts, de nouvelle compagnie, de poursuite, d'indiens, de morts ... etc. Evidemment l'auteur est limité par les péripéties du vrai Glass (c'est le lot des romans adaptés de faits réels, pas de chance), mais tout de même : c'est plat, c'est répétitif, et très vite on n'en vient à ne plus trop comprendre ce qui fait courir notre héros. Parce que si sur l'idée on est tous d'accord que se venger de ceux qui l'ont dépouillé est un but louable, ça vire hyper vite à l'obsession et il manque trop de passages introspectifs au roman pour justifier la folie furieuse (appelons un chat un chat) qui anime Hugh - surtout quand on tient compte des conditions lamentables et des dangers ahurissants de son entreprise. Franchement, faut être barré pour pas laisser tomber et le scénario ne permet pas de justifier tout ce foin... pour finalement pas grand chose, mais la fin je vous laisse la découvrir vous-même. La cerise sur le gâteau, ç'a été d'apprendre après coup qu'en vrai, Hugh Glass est mort dix ans plus tard, tué par des indiens - et moi j'ai trouvé ça vachement ballot qu'un mec qui survive à un grizzly décide de poursuivre dans cette voie insensée pour mourir d'un coup de tomahawk.

    Disons pour résumer que si l'adaptation avec DiCaprio a pris semble-t-il beaucoup, beaucoup de libertés par rapport au roman initial (ce qui me hérissait un peu quand j'étais en plein dans la première partie du livre), je pense à la lumière de ma lecture de la totalité du roman que pour une fois, c'est pas un mal. Il y a le drame, le dynamisme, l'obsession malsaine qui manquaient cruellement sur la fin et qui davantage qu'un roman d'aventure survivaliste, auraient fait du Revenant un roman noir hyper savoureux.

    Ma note : 15/20

    16 sept. 2020

    Mémoires de lady Trent, tome 1 : une histoire naturelle des dragons de Marie Brennan - Dans les montagnes de Vystranie

     

    Auteur : Marie Brennan
    Editeur : L'Atalante
    Genre : Fantasy
    Pages : 345 (grand format)

    Résumé « Soyez avertis, cher lecteur : les volumes de cette série contiendront des montagnes gelées, des marais fétides, des étrangers hostiles, des compatriotes hostiles et à l'occasion des membres de ma famille hostiles, de mauvaises décisions, des mésaventures géographiques, des maladies dépourvues d'attrait romantique et une abondance de boue. Vous poursuivrez votre lecture à vos risques et périls. » Les mémoires de lady Trent, mises en scène par Marie Brennan, racontent la vie et les recherches d'Isabelle Trent, naturaliste mondialement connue et désormais vieille dame, dont l'esprit et le style empreints d'humour s'avèrent sans pitié pour les imbéciles. Dans ce premier volume, Isabelle, petite fille puis jeune femme, brave les conventions de sa classe et de son temps pour satisfaire sa curiosité scientifique et accompagner son mari lors d'une expédition à la recherche des dragons de Vystranie...

    Chronique : Délaisser des livres au fin fond de sa PAL monstrueuse, c'est facile. Les oublier carrément dans une pile de cartons qui traîne au coin d'une pièce depuis six mois, ça l'est encore plus ... et malheureusement pour lui ce premier tome des Mémoires de lady Trent a fait partie des grands délaissés - empaqueté avec soin, soit, mais tellement noyé dans la masse que j'en avais oublié son existence jusqu'à une fouille hasardeuse toute récente. J'en ai profité pour le sortir de son trou et l'inclure à ma troisième participation au PAC, et franchement, quelle belle inspiration ! : ce livre, c'était pile poil ce qu'il me fallait pour célébrer le retour prochain de l'automne (quoique vu les températures qu'on se tape en ce moment, je me demande si l'automne est au menu cette année, mais passons) et continuer à remonter la pente de la panne de lecture. Sans doute qu'il n'a fait cet effet là qu'à moi parce que là où s'exile Isabelle, ça caille neuf mois par an, mais ce livre m'a revigorée comme un thé qu'on déguste sous un plaid avec les pieds en éventail qui roussissent devant le feu. C'était hyper détente, hyper cocooning et j'ai déjà fixé le second tome sur ma wish-list d'anniversaire - y a plus qu'à attendre octobre ! Isabelle Camherst, elle, elle a pas attendu : sa détermination l'a envoyée en Vystranie sur les traces des dragons qui la passionnent tant ; du climat au ton du récit, rien ne manque de piquant - et j'espère que cette brève chronique suivra un peu le mouvement !

    En très respectables ladies et gentlemen, les membres de la bonne société du Scirland ont dévolu un rôle à chaque sexe et cultivé chez chacun de ses citoyens l'art de s'y tenir : aux hommes les affaires et la connaissance, aux femmes la maisonnée et l'organisation des tea party. Pas de chance pour sa famille, la petite Isabelle montre dès son plus jeune âge une intrépidité sans égales et une soif d'aventures inextinguible. Faisant fi des convenances de l'époque, elle s'embarque fraîchement mariée à un érudit très ouvert d'esprit à l'expédition de Lord Hilford : direction la froide et hostile Vystranie où l'attendent les dragons dont elle rêve depuis l'enfance - d'authentiques spécimens à étudier sous toutes les coutures ! L'accueil distant voir glacial réservé par les locaux de Drustanev à l'équipée laisse toutefois cette dernière perplexe... jusqu'à ce que survienne l'attaque de dragons : certes pas la première subie par les villageois, ni la dernière. Convaincus que leur science et leurs observations peut apporter une solution aux habitants de la région, Isabelle et ses compagnons déplient bagages et débutent les travaux qui les emmèneront toujours plus loin sur la voie de l'érudition ... mais également toujours plus près du danger. Et ils l'apprendront rapidement : la menace ne vient pas nécessairement du ciel, ni des écailleux qui le dominent.

    Et justement, ce qui me faisait peur en débutant ce roman, c'était de tomber sur un récit lent, bourré d'anecdotes et de rapports pointilleux un peu rébarbatifs à force. J'appréhendais de me retrouver avec un carnet de notes de voyage brutes entre les mains, sans fil conducteur ni trame narrative pour brasser tranquillement au travers. En quelques pages, soulagement total, on comprend vite que ça va pas être las cas : déjà parce qu'Isabelle a tellement de style et de mordant et qu'elle rendrait à peu près n'importe quoi digne d'un profond intérêt, et ensuite parce que Marie Brennan a imaginé une aventure à la mesure de sa protagoniste : haute en couleurs, surprenante et bourrée de ressources. Etudier les dragons, c'est bien, aider son prochain, c'est mieux ; et quand bien même chez Isabelle c'est l'intérêt intellectuel qui prime souvent sur l'intérêt des gens méfiants de Drustanev, l'intrigue se diversifie assez rapidement pour ne pas faire la part belle qu'aux reptiles. Derrière les rapports et les découvertes naturalistes sur les dragons méconnus de la Vystranie se cachent des énigmes à échelle humaine : où est passé le maître des lieux, Jindrik Gritelkin ? Quel jeu jouer face aux contrebandiers chiavoriens sillonnant la région avec une nonchalance intrigante ? Quel parti adopter dans les conflits pour le minerai de fer opposant les boyards vystraniens au reste du monde ? Autant de questions qui auront leur réponse - Isabelle s'en assurera en fouinant partout avec la classe de son rang, sa tête bien haute et ses jupes dévastées de courir la montagne de long en large.

    Mais ce que j'ai particulièrement savouré dans l'expédition d'Hilford and co. en terre franchement inhospitalière, c'est de voir une jeune femme faire des pieds et des mains pour y prendre part, et ce au mépris de la ridicule bienséance du Scirland - ridiculement en phase, en fait, avec les conneries des discours passés et actuels dont on se passerait bien. En faisant preuve d'audace, d'une bonne dose de manipulation et d'innocente sournoiserie, la lady bientôt mondialement connue pour ses travaux se taille une place là où personne chez elle n'aurait cru voir un jour de femme : à flanc de montagne, les mains dans les entrailles de dragon et un fusain entre les dents. Pour Isabelle pas question de n'aspirer qu'aux dîners mondains et de renoncer à sa passion  (elle en dépérirait et elle le sait) et heureusement que son personnage envoie du lourd et montre les dents quand c'est nécessaire : du caractère, il en faut pour se hisser jusqu'en Vystranie, même avec l'appui d'un époux admiratif. Et attention, le plus beau arrive : Isabelle, c'est pas une femen qui crache sur tout ce qui passe et qui hurle au vilain patriarcat pendant trois cent cinquante pages. C'est une érudite qui vaut être reconnue pour ses compétences naturalistes et avoir les moyens de les exercer en dépit de l' utérus que la nature lui a collé, point barre. Le roman ne creuse pas plus loin ni ne s'insurge contre vents et marrées, et j'en suis super grée à Marie Brennan de ne pas avoir cédé à la tentation d'en faire trop et de pousser le bouchon plus loin que nécessaire. Les héroïnes qui gueulent à tort et à travers, ça me met en boule et ç'aurait pas été de bon ton dans ce récit. Louons donc l'autrice : Isabelle, c'est la crème de la crème - et personnellement je lui trouve un petit air de ressemblance avec la comtesse douairière de Downton Abbey, pour ceux qui ont la référence.

    Je suis donc carrément prête à signer de nouveau pour une seconde expédition ... et si j'en crois la couverture du prochain tome des Mémoires de lady Trent, plutôt que de se les geler on va suer sous les tropiques -ça, c'est un programme qui me botte, et y a certainement de la place pour vous aussi !

    Ma note : 18/20