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    17 nov. 2022

    Le sang des Parangons de Pierre Grimbert - Vertu sous roche

     

    Auteur  : Pierre Grimbert
    Editeur : Mnémos
    Genre : Fantasy
    Pages : 320 pages (grand format)

    RésuméLe monde des hommes est en train de s’effondrer. Et toutes les prières, tous les sacrifices, semblent incapables d’y remédier. L’humanité assiste, impuissante, à son crépuscule. Une dernière chose doit cependant être tentée. Une folie, à la hauteur de cette situation désespérée. Chaque nation, chaque territoire a ainsi désigné son champion. Certains sont des sages, des savants, ou des dévots. D’autres sont des mercenaires, des aventuriers ou des chevaliers. Il y a même des rois et des reines… Ils ne se connaissent pas, ils ont parfois des intérêts contraires, mais ils ont été réunis pour former le groupe des parangons. Une escouade d’exception dont la mission représente la dernière chance de survie de leurs peuples respectifs. Ensemble, ils vont devoir pénétrer la montagne sacrée, siège du palais souterrain des dieux. Et s’ils parviennent jusqu’aux éternels, malgré les dangers légendaires que renferme cet endroit, ils devront les convaincre de sauver leur monde agonisant. En les suppliant… ou bien en les défiant, si nécessaire. Mais combien de parangons verront leur sang versé sur le chemin, pour permettre aux autres de continuer ? En restera-t-il un seul, qui pourra prouver que l’humanité mérite vraiment d’être sauvée ?

    Mon avis : Le mois où on a manqué de justesse un gros carambolage pour cause de betterave sur l'autoroute, une bonne nouvelle est venue nous enjailler : monsieur Choupaille a gagné un exemplaire du Sang des Parangons de Pierre Grimbert à un concours Mnémos. Mille merci à eux, on a bien reçu le colis (la Belgique c'est loin, il aurait pu se perde ou se prendre une betterave en route, qui sait ?). Toujours est-il qu'en bonne crevarde que je suis, je l'ai fauché à mon cher et tendre pour le lire sous son nez... et conclure qu'il aurait plutôt intérêt à le lire fissa, parce que c'est un one-shot de qua-li-té !

    Le terre meurt et se fend sous les cités démunies des Hommes, déchaîne sa lave en fusion sur les plaines fertiles et accule face à l'océan dévorant peuples et tribus. Face à ce déchaînement des éléments, seuls les Dieux semblent en mesure d'intercéder en la faveur de l'Humanité avant que ne sonne sa fin. Des émissaires sont envoyés implorer leur aide dans la Montagne Sacrée, puis des groupuscules musclés et enfin des armées entières, tous vomis démembrés sur son flanc en un macabre et implacable spectacle. Alors les seigneurs, les reines et les chefs de guerre se décident à unir leur force en une expédition unique et symbolique, la dernière chance de l'Humanité : les Hommes envoient leurs Parangons, les meilleurs représentants de chaque peuplade. La troupe hétéroclite s'engage sous la Montagne, déterminée à convaincre les Dieux tapis au fond de leur Palais. Mais les tunnels sont traîtres et la volonté de la Montagne ferme : on n'accède pas si facilement au palais des Dieux...

    Vous le sentez, le pitch net et efficace ?

    J'ai connu Pierre Grimbert avec la saga Le secret de Ji - comptez une bonne dizaine de tomes passionnants (au passage, je recommande à fond !). Après avoir lu une tonne d'avis conquis, j'ai décidé de commencer Le sang des Parangons sans pression. On ne peut pas attendre la même chose d'un one-shot que d'une saga complète, que je me disais. Faux ! En trois cent pages, Pierre Grimbert ficelle un roman zéro-reproche, multi-genres et tous publics (comprenez par là qu'il est capable de plaire à une autre sphère que celle des purs lecteurs Fantasy). Le Sang des Parangons est un stand-alone solide qui se dévore rapidement ; il devient ma nouvelle recommandation passe-partout aux collègues et amis qui ont envie de sortir de leur zone de confort littéraire. C'est qu'il y en a, des éléments pour plaider en sa faveur !

    Premièrement, malgré ses trois cent petites pages, j'ai été positivement surprise par l'éventail très riche des personnages, leur profondeur et leur qualité. Sur la quarantaine de Parangons qui s'engage sous la Montagne (guerriers et guerrières émérites, assassin, voleurs, mercenaires, savants, prêtres, moines, mages et j'en passe), on en suivra peut-être une quinzaine à tour de rôles, avec quelques fétiches qui reviennent davantage. Mais à travers cette multitude de protagonistes, Pierre Grimbert dépeint aussi leurs coutumes respectives, et c'est d'autant plus fort que c'est fait sans lourdeur et sans impacter le rythme très soutenu du récit. Dresser un tableau pareil sur un one-shot sans que l'histoire en pâtisse, c'est simplement dingue. Et si vous pensez que tel personnage est à l'abri parce que "on ne tue pas un narrateur", nope. Chacun a une belle épée de Damoclès au dessus de la caboche, et plus on descend dans les entrailles de la Montagne, plus elle vacille...

    Car si la troupe avance avec confiance les premiers instants, ses membres les plus dégourdis comprennent assez rapidement qu'il y a une couille dans le pâté. Des murmures à gauches, des pièges mortels à droite et droit devant, des galeries luminescentes comme sorties d'un autre monde. A mesure qu'on descend même l'espace et le temps semblent perdre leur droits, au point que de roman Fantasy Le sang des Parangons passe presque à un récit fantastico-horrifique à huis clos. Il y a des bestioles de cauchemar et cette volonté malsaine de la Montagne de stopper net la quête des Parangons : on ressent très bien ce climat lourd et oppressant, ça rend la lecture hautement addictive. Je lui trouve d'ailleurs, pour son esprit sanglant et ses morts au compte goutte, une petite touche du Dieu-oiseau d'Aurélie Wellenstein.

    Tout le long de leur périple, les Parangons n'en ont que pour les Dieux : qui sont-ils, pourquoi se terrent-ils dans un palais dont on leur refuse manifestement l'accès avec tant de malfaisance ? Si certains appellent la sainte rencontre avec ferveur, d'autres ont finalement envie d'en découdre après des semaines de terreur dans les boyaux de la Montagne qui, aux yeux des Parangons, n'a plus rien de sacré. La conclusion du récit, le face à face et la révélation finale, est à ce titre incroyable (et arrive après un boss de fin mémorable !). La chute a beau ne pas être une surprise totale, ça n'empêche pas Pierre Grimbert de clore son one-shot avec une fin ouverte qui tombe terriblement juste. C'est un vrai sans faute avec ce roman et une belle pièce à avoir dans sa bibliothèque, sans aucun doute ! Et paf, deux lectures coup de cœur d'affilée !



    14 nov. 2022

    Bazaar de Stephen King - Bonnes affaires et mauvais tours

     

    Auteur  : Stephen King
    Editeur : J'ai lu
    Genre : Fantastique, horreur
    Pages : 384 et 445 pages (format poche)

    Résumé : Au hasard, Balthazar... Ce  pourrait être l'enseigne du bazar qui vient d'ouvrir à Castle Rock. Pourtant, rien, ici n'est laissé au hasard. Perles noires, pâtes de verre, ticket gagnant, saintes reliques... le moindre objet excite al convoitise de chacun des habitants, répondant à ses plus secrets désirs. Un rêve qui tourne vite au cauchemar car le sieur Gaunt, propriétaire des lieux, est un habile commerçant. Si ses prix sont dérisoirs, les blagues soi-disant anodines qu'il demande en échange de ses faveurs ont une saveur empoisonnée ! Qu'importe ! La voix du démon est douce à l'oreille et, pour une pacotille qui les met tous en transe, Brian, Nettie, Wilma et les autres gens de Castle Rock n'hésitent pas à vendre leur âme ...

    Mon avis : Mais quel plaisir de renouer avec Stephen King, et quelles retrouvailles ce fût de le faire avec ce roman incroyable ! L'automne bien frais et brumeux se prête toujours à une lecture horrifique et le maître de l'horreur est ma référence en la matière, l'un des essentiels de ma bibliothèque, et chaque automne je pioche un de ses romans. Il y a un bail j'ai eu la chance de faire main basse sur une vielle collection de King : une vingtaine de romans aux tranches jaunies ont rejoint mes étagères, et parmi eux, Bazaar (paru en 2 volumes VF en 1995 - oui, cette édition est presque aussi vieille que moi). Un roman au pitch aussi séduisant que les étals de Leland Gaunt...

    Castle Rock est en effervescence, un nouveau commerce vient d'y ouvrir ses portes : Le bazar des rêves, magasin de bric et de broc tenu par le charmant, l'autoritaire, le cauchemardesque, le mielleux Leland Gaunt. Un à un les habitants de la petite ville passent sa porte, par simple curiosité, eux qui ne cherchent rien mais repartent tous avec l'objet de leurs désirs inavoués. Le prix ? Dérisoire - le contenu de leur poche et un petit tour à jouer à un voisin, une maîtresse d'école... Les conséquences ? Funestes. A mesure que la tension monte dans la ville, le shérif Alan Pangborn flaire les miasmes démoniaques qui parasitent Castle Rock. Quelle est la source de la menace, et comment la contrer ? Deux volontés s'opposent pour sauver la ville et ses habitants, avant que n'explose le chaos.

    On commence par se fait alpaguer doucement, comme sur un souk - venez mes amis, matez-moi cette belle marchandise et la populace qui s'y agglutine... On met un pied à Castle Rock, on y pointe timidement le bout de son nez pour découvrir sa nouvelle boutique mystère. Un antiquaire, un prêteur sur gages ? Non, c'est bien plus. C'est le Bazar des rêves et son gérant dur en affaires, Leland Gaunt. C'est la cache où se rassemblent les désirs brûlants des habitants d'une ville entière : une canne à pêche, un gri-gri, une carte de collection. C'est l'antre du démon qui se repaît des âmes qu'il damne. Il demande quelques dollars à ses malheureux clients (mais en demanderait-il des centaines qu'ils les lui donneraient tout de même), et une mauvaise blague. Rien de méchant, vous trouvez ? Attendez, attendez que Leland Gaunt ne vienne exacerber les querelles de voisinage, les griefs communautaires, qu'il glisse ses doigts repoussants là où ça fait bien mal... 

    Attendez que la pression monte progressivement et explose en apothéose sanglante...

    Mais parmi toutes les âmes damnées de Castle Rock, il en demeure une petite poignée pour faire face. D'authentiques gentils que l'emprise du mal ne laisse certes pas indifférents, et qui devront allier leur forces à celles du shérif Alan Pangborn. Grand amateur de tours de passe-passe (attention, c'est important hé hé hé) Alan est un héros lumineux dans une ville rongée par le mal et habitée de base par quelques authentiques crevards. Mais le blanc immaculé, ici, ça n'existe pas : le shérif a vécu sont lot d'épreuves et une bonne partie du roman creuse ce personnage au bord de l'abîme. De quel côté basculera Alan ? Parviendra-t-il à passer outre ses propres démons pour passer sur le corps de Gaunt ? Pour une fois je n'adresse donc pas mon sempiternel reproche à King : dans Bazaar, les héros ne sont pas tout à fait irréprochables - ils sortent de la masse sans être des parangons de vertu.

    Les amis du King reconnaîtront en Alan le héro de La part des ténèbres, roman antérieur se déroulant lui aussi à Caslte Rock et dont il est vaguement question dans Bazaar (principalement pour planter le personnage d'Alan à ceux qui le rencontrent pour la première fois) - je ne l'ai pas lu mais croyez bien qu'il a rejoint ma wish list. Des liens, toujours des liens (et j'adore ça !): Bazaar fait aussi quelques références timides à Cujo (Castle Rock) et Salem (Jerusalem's Lot). Et quand King rappelle que Castle Rock est une petite ville du Maine, on ne peut s'empêcher de penser à la fameuse Derry (Ça, en partie 22/11/1963) et à Ludlow (Simetierre), toutes proches. Ma conclusion : le Maine, ça pue vraiment d'y mettre les pieds, voyagez ailleurs ; mais toutes ces références, ces liens mêmes ténus entre des romans qui ont été écrits à des décennies d'intervalles, c'est le feu ! Et bien qu'on n'en fasse pas explicitement mention (c'est justement ça qui est bon), je flaire un peu de Shining aussi ... je vous laisse le soin de trouver où. Bref Bazaar occupe dans la collection de l'auteur une place bien campée, et qu'il n'a pas volée.

    Par dessus tout ça le déroulement du roman est en lui-même une prodigieuse leçon d'intensité. Le chaos monte crescendo, parfois même un peu trop puisque arrivés à la énième blagounette de Gaunt, on peut trouver le schéma un poil répétitif. Heureusement ça ne dure pas puisque que passé ce moment, les évènements décollent pour atteindre une apothéose diabolique que ne saura contrer que notre cher Alan. J'ai lu le roman en VF de 1995, paru en deux parties, et la séparation arbitraire en deux tomes a vraiment nuit au rythme. Si vous avez le choix, privilégiez une édition one-shot, vous serez gagnant. Le conclusion est prenante et surtout (c'est ce que je préfère) douce-amère. Je ne vous en dis pas plus et vous laisse découvrir par vous même qui sortira vainqueur de la lutte pour Caslte Rock ; quelle que soit l'issue, le roman vaut de toute façon le détour !

    27 mars 2022

    Entre troll et ogre de Marie-Catherine Daniel - Brutal, désabusé, sincère

     

    Auteur : Marie-Catherine Daniel
    Editeur : ActuSF
    Genre : Dystopie, Fantasy, post-apocalyptique
    Pages : 276 pages (grand format)

    Résumé : Arsouille est un vieux troll désabusé et perclus d'arthrite. Plus grand-chose ne l'inquiète, à part bien sûr les ogres, la guerre et son petit-fils qui doit entrer au collège. Mais un soir, Arsouille reçoit une lettre pleine de regrets de son jumeau qu'il n'a pas vu depuis cinquante ans. La surprise est totale : son frère est un ogre et les ogres n'écrivent pas aux trolls. D'ailleurs, les ogres ne font pas dans le sentiment, pas même avant de vous arracher la tête. Alors qui a écrit cette lettre ? Arsouille qui ne sait pas déchiffrer une carte va devoir se rendre sur le front pour le découvrir...

    Mon avis : Ça fait environ une semaine que je répète dans ma voiture ce que je dois vous dire au sujet de ce roman incroyable, et là qu'il est temps de concrétiser le bazar, je sèche. Laissez moi-commencer par le commencement et on verra où ça nous mène (spoiler alert, ça mène au coup de cœur !).

    Bien que je passe de moins en moins de temps à les décortiquer, la quatrième de couverture promet un roman proche du post-apo. On n'y est pas vraiment tout à fait, mais à défaut d'un autre terme, post-apo est ce qui colle le plus. Et puisque les néologismes approximatifs ne me font pas peur, j'aimerais moi dire que ce livre, c'est du post-humanité : il se place dans une société hautement inégalitaire (on y revient dans un instant) avec d'un côté les trolls et de l'autre les ogres. Les humains en sont les grands absents depuis que les ogres les ont jartés, entraînant pas mal de dysfonctionnements matériels et sociaux qu'on retrouve habituellement dans du post-apo : l'impossibilité de produire du neuf, la nécessité de bricoler à l'arrache pour survivre, le contexte social difficile et, plus spécifiquement à ce roman, le délabrement des clapiers trollesques qui se dispute à la modernité pénitentiaire des institutions administratives ogresques. Entre troll et ogre, c'est du post-apo sans apocalypse et sans humains : c'est donc du post-humanité et, dans ses grandes lignes, de la dystopie.

    Arsouille est le héros. Il est un vieux troll arthritique de septante balais qu'on rencontre alors qu'il revient de la crémation de son meilleur pote Vantard. Dès le début du roman (littéralement à la première page), le ton est donné. Je vous cale ici le premier des deux extraits que je ne peux pas m'empêcher de vous partager : 
    "Mauvais de rentrer à cette heure. Top tôt ou trop tard. Pas assez jour, pas assez nuit. C'est l'heure entre chien et loup. Entre troll et ogre. En plus, il pleut (...). Mais quelle idée a eue Vantard de se faire incinérer à l'autre bout de la ville ! Soit disant qu'il venait du Sud. Et qu'elle idée il a eue, lui, de se rappeler cette dernière volonté et d'en faire part au croque-mort municipal ? Qu'est-ce qu'il en aurait su, Vantard, si on l'avait cramé au Nord ?" 
    En une page on a déjà cerné l'essence du personnage et du roman : il y aura de la sensibilité, beaucoup de dérision mais surtout énormément de drama.

    Parce que oui, si je devais définir ce roman en trois grands axes, je commencerais par dire qu'il est d'une brutalité dramatique (1). La société dans laquelle évolue Arsouille est hautement dysfonctionnelle. D'un côté il y a les trolls : inventifs, hauts en couleurs mais carrément individualistes et intellectuellement limités - les opprimés quoi, quoi qu'en entre eux ce ne soient franchement pas des enfants de chœur non plus. De l'autre les ogres : froids, cartésiens, organisés, violents et tenant d'une main de fer l'Administration et le Pouvoir - les oppresseurs. Les exécutions et autres diverses formes de violence insoutenables dont témoigne Arsouille ont de quoi nouer les tripes, mais pour autant rien n'est jamais gratuit et chaque scène a son utilité. 

    Heureusement cette brutalité est contrebalancée par une narration désabusée (2) : on peut remercier chaleureusement notre ami Arsouille de faire preuve d'autant d'autodérision ! Le tour de force du roman, c'est de parvenir à rendre la narration extrêmement personnelle (on se croirait dans la tête du bougre !) alors qu'elle emploie la troisième personne. Le récit est ainsi dédramatisé : il en devient même tendrement drôle par moments - voire même drôle ou tendre tout court. Enfin (et c'est en lien avec la narration impeccable d'Arsouille), Entre troll et ogre est d'une sincérité désarmante (3). Arsouille ne cherche pas à se faire passer pour un bon, il cherche son frère un point c'est tout et cette quête organisée en plusieurs paliers hyper lisibles ne regarde que lui : nous on est juste les témoins de son extraordinaire périple. Dans le palier "Arsouille à l'école", je vous ai d'ailleurs pioché cet extrait qui a fait cogner mon petit cœur de pierre :

    "Le vieux le sait depuis quelques jours, les yeux s'ouvrent d'autant plus grands quand on connaît plein de contes humains, quand, à force de décortiquer les lettres et les mots, les plans et les cartes, on en vient à tout analyser pour comprendre comment ça fonctionne. On cherche les rouages, ceux des autres mais aussi les siens. Et ce n'est guère reluisant comment on marche, comment on zappe ce qui dérange, comment on ne voit pas plus loin que le bout de son groin, comment on se croit incapable de frapper le faible, de dégouliner de cirage devant le fort. Et pourtant. Pourtant, ce matin, il y a eu quarante-cinq jeunots à écouter leur prof d'une oreille unanime (...). Pourtant il y a ce vieillard qui a perdu un croc il y a un mois pour crime de mocheté croulante et faiblarde, mais qui a osé devenir prof, s'est dressé devant quarante-cinq trollards avec l'envie de les réconforter. Ça veut dire que si la rébellion en nombre ne sera jamais à l'ordre du jour, en revanche, on peut détendre un peu ses propres chaînes et respirer mieux. On peut affronter sa peur et en sortir vainqueur."
    Dans un monde où les trollinous peuvent devenir orgres, où les ogrelets peuvent devenir trolls mais où on n'a plus observé aucune transformation vers l'Homme depuis des générations, on creuse également la notion d'humanité avec énormément de finesse, pour venir la situer entre deux extrêmes troll et ogre. La génétique est-elle responsable de la trollardisation des individus, ou bien au contraire le vécu et le ressenti impactent-ils la génétique (ça s'appelle l'épigénétique, you're welcome)? Vaste question qui sera débattue ici, sans lourdeur ni leçon. Il y a une foule d'idées à développer et une bonne tranche de philo à aller chercher dans ce texte, à tel point que j'estime qu'il doive rejoindre d'urgence la liste des ouvrages SFFF à lire en cours (public 17-18 ans, quand même). Je situe facilement Entre troll et ogre à mi-chemin de La ferme des animaux de George Orwell et Des fleurs pour Algernon de Daniel Keyes (ouais, il se hisse haut la main à leur niveau, vraiment) - ce qui m'a d'ailleurs donné l'idée d'un petit billet sur ces livres de l'Imaginaire qui mériteraient de venir donner un coup de neuf aux lectures scolaires (j'y travaille).

    Chacun lira finalement ce livre comme il le veut. C'est une fable après tout : on peut en rester à Arsouille qui cherche son frère, tout comme on peut lire entre les lignes des questions plus profondes. Si on en reste à une lecture en surface, le récit souffrira de quelques longueurs, mais rien de bien méchant. Je ne les ai pratiquement pas vues passer. On ne va pas se mentir, ce livre a été une grosse claque.


    Vous savez quoi acheter !


    23 mars 2022

    Il était deux fois de Franck Thilliez - Cajolez la noirceur, adoptez un écrivain

    Auteur : Franck Thilliez
    Editeur : Pocket
    Genre : Thriller
    Pages : 617 pages (format poche)

    RésuméEn 2008, Julie, dix-sept ans, disparaît en ne laissant comme trace que son vélo posé contre un arbre. Le drame agite Sagas, petite ville au coeur des montagnes, et percute de plein fouet le père de la jeune fille, le lieutenant de gendarmerie Gabriel Moscato. Ce dernier se lance alors dans une enquête aussi désespérée qu'effrénée. Jusqu'à ce jour où ses pas le mènent à l'hôtel de la Falaise... Là, le propriétaire lui donne accès à son registre et lui propose de le consulter dans la chambre 29, au deuxième étage. Mais exténué par un mois de vaines recherches, il finit par s'endormir avant d'être brusquement réveillé en pleine nuit par des impacts sourds contre sa fenêtre... Dehors, il pleut des oiseaux morts. Et cette scène a d'autant moins de sens que Gabriel se trouve à présent au rez-de-chaussée, dans la chambre 7. Désorienté, il se rend à la réception où il apprend qu'on est en réalité en 2020 et que ça fait plus de douze ans que sa fille a disparu...

    Mon avis : Deux ans sans le chouchou Thilliez, ça fait long ! Il me fallait donc du lourd à me mettre sous la dent pour nos retrouvailles (cette phrase est rigolote parce qu'à l'instant où j'écris ces lignes, bah je viens de me casser un dent, voilà voilà), et avec Il était deux fois j'ai été vachement bien servie. Difficile de trouver le juste milieu pour causer thriller : en dire trop c'est risquer de spoiler, mais ne pas en dire assez c'est risquer que vous passiez à côté d'un chef d'oeuvre - et entre les deux, mon cœur balance douloureusement, si vous saviez ! Toujours en quête de ce juste milieu, je débute cette chronique avec une question toute simple pour vous mettre en bouche : Franck Thilliez est-il un dangereux criminel, un sévère psychopathe ? Vous avez deux heures.

    Non mais parce qu'à l'issue du Manuscrit Inachevé (1 - chroniqué ici) et de Il était deux fois (2) - deux faces indissociables d'une même piécette horrifico-littéraire - on est un peu en droit de se poser la question. J'ai l'intégralité des romans du monsieur dans ma bibliothèque : j'ai lu des choses horribles et j'en ai redemandé encore ; mais le niveau de mise en abîme de l'écrivain maudit tel qu'il est atteint dans ces deux livres cités là-haut, il est un peu inquiétant quand même. A-t-on du souci à se faire pour les voisins de Franck Thilliez ? L'écrivain a-t-il franchi la fine ligne rouge entre réalité et fiction ? Simple boutade, mais le sujet est si bien traîté qu'on le croirait presque autobiographique, a-ha !

    Pour savourer Il était deux fois comme il le faut et se battre aux côté de Garbiel Moscato pour retrouver Julie, il faudra prévoir une lecture préalable du Manuscrit Inachevé, si si, j'insiste (même si les maisons d'édition vous font croire le contraire). Bien que les deux enquêtes puissent grosso modo se lire indépendamment, moi je vous conseille d'enchaîner les deux pour ne pas passer à côté du plaisir de faire des liens, de flairer les bonnes pistes et de décoder les énigmes dont ils sont truffés ... ainsi que de dénicher les réponses mutuelles qu'ils s'apportent. Une fois n'est pas coutume, écoutez et croyez-en l'expérience d'une Choupaille qui, deux ans après sa lecture du Manuscrit Inachevé, était pratiquement en PLS de plaisir de retourner adresser un petit coucou à un certain Caleb Traskman - j'en ai déjà trop dit.

    Après les révélations et la conclusion glaçantes de Il était deux fois (dont je dois toujours débattre avec ma sœur, question de santé mentale), j'attends un troisième et dernier opus pour clore brillamment ce hors-séries qui surclasse de loin les Sharko et Hennebelle. Un certain Labyrinthes est à paraître prochainement. Coïncidence ? Oh, depuis le temps que j'ai arrêté d'y croire ... 


    Cajolez la noirceur, adoptez un écrivain.

    8 mars 2022

    Mage de bataille de Peter A. Flannery - Gold never gets old !

     

    Auteur : Peter A. Flannery
    Editeur : J'ai lu
    Genre : Fantasy
    Pages : 648 et 704 pages (format poche)

    Résumé : Falco Danté est un gringalet dans un monde en guerre peu à peu conquis par l'armée infernale des Possédés. Pire, Falco est méprisé, mis à l'écart, à cause de son père qui fut un immense mage de bataille avant de sombrer dans une folie meurtrière. Alors que la Reine tente de rassembler toutes les forces armées pour repousser les Possédés, Falco prend une décision qui va l'amener aux marges du désespoir : il va entrer à l'académie de la guerre, une école d excellence pour les officiers. Là, il devra surmonter ses doutes, ceux de ses amis et même ceux de la Reine. Le monde brûle ; seul un mage de bataille pourra sauver ce qu'il en reste. Falco réussira-t-il à libérer son pouvoir, à invoquer un dragon à sa mesure ou succombera-t-il à la folie... comme son père ? 

    Mon avisMa dernière lecture a été tellement à mon gout que j'ai peur de ne pas lui rendre justice ici. En général meilleur le livre est et plus je galère à restituer mon ressenti, or dans la mesure où ma lecture de Mage de bataille de Peter A. Flannery a été une pure tuerie, faire un retour dessus s'annonce au moins aussi difficile que de revenir sur un Sanderson. Heureusement la blogosphère a déjà pas mal dégrossi le terrain avant moi. Cette chronique sera donc assez simple (straight to the point !), juste ce qu'il faut pour vous inciter l'air de rien à un craquage dans les règles. Car si vous n'avez pas encore lu Mage de bataille, y a urgence ~ c'est pas que je vous mette le couteau sous la gorge, hein ... mais un peu quand même parce que c'était beaucoup trop bien.

    La simplicité, c'est le maître mot du roman. Mage de bataille est un récit de Fantasy hyper classique comme on en connaît tous les grandes lignes. Je vous le donne en résumé : Falco Danté est un jeune homme malade qui vit dans l'ombre de feu son papa (un mage de bataille renégat). L'émissaire de la reine en personne le tire de sa brousse pour l'amener à la capitale sur la route de laquelle il se découvre des pouvoirs rares et insoupçonnés. Formé à l'académie de la guerre par un vétéran et son dragon estropiés, Falco entame sa transformation de mage de bataille au grand dam des thaumaturges, ces mages de seconde zone assoiffés de pouvoir. La proximité des armées du Marquis de la Douleur force Falco et ses amis à prendre rapidement part aux affrontements que supporte seule l'Illice, dans l'indifférence totale de ses voisins vaniteux. Les mages de bataille, essentiels pour déjouer l'emprise terrifiante de l'ennemi sur les hommes du commun, se comptent hélas pratiquement sur les doigts d'un main. Falco est une recrue prometteuse et controversée (rapport à son papa) capable de faire basculer le rapport de forces en présence.

    Alors bon, si j'en crois mon carton du "bingo de la Fantasy", j'ai ça : héros paumé dans son village paumé, check - royaume en peril, check – querelles de voisinage, check - déferlente de méchants (option sale gueule), check – mentor(s) à figure paternelle, check - métamorphose du héros, check – chamailleries et trahisons internes, check - boss de fin super villain, check – dragons CHECK CHECK CHECK CHECK CHECK (ding ding ding, bingo ! Tout y est !) ! Mage de bataille ne repense donc pas la Fantasy, c'est un fait, mais il en chope le meilleur et condense ça en mille-trois-cents pages de pur plaisir (le tout réparti en deux tomes VF qu'il faut absolument s'enfiler d'une traite). Les lecteurs de passage en prendront plein les yeux et les vieux blasés qui pensaient avoir trop lu de Fantasy "vieille école" pour encore l'apprécier en prendront pour leur grade (je suis dans cette seconde catégorie et ceci est mon repenti !).

    Peter A. Flannery n'y est pas allé avec le dos de la main morte dans les stéréotypes. La carte en elle-même et les nations qui l'occupent balaient l'Europe vite fait pour en livrer une version fantasy-ste. Nous avons la Thrace, l'Achéron, la Valence, l'Illicie (avec des noms de persos hyper typés grecs, allemands ou français selon) ... et je vous le donne en mille : les méchants, bah ils viennent de Férocie (graouuuuu !). Ca prête à sourire et ce serait même carrément tordant si ce n'était pas aussi bien fichu ; si les Possédés, les démons et le Marquis de la Douleur (alias Marchio Dolor, un vrai nom de méchant, sérieux) n'étaient pas aussi réussis. Avec les Férociens on n'est pas dans la cour de la méchanceté mais dans celle du Mal et des tourments éternels, et la jeune maman que je suis a plus d'une fois été embrasser le front de son fils en réaction à un chapitre bien gratiné de souffrances. Mage de bataille emploie les stéréotypes dans tout ce qu'ils ont de positif : poser un cadre confortable pour mieux creuser les personnages– et surtout son personage principal : Falco Danté.

    En termes de récit stéréotypé ma plus grosse référence (et celle qui parlera au plus grand nombre), c'est Druss de Légende, dans le cycle de Drenaï de David Gemmel. Druss est fort, Druss est (un peu) malin, Druss sait discourir devant les soldats (genre comme ça), et Druss se bat super bien avec une hache à double tranchant plus lourde que moi. Falco, bah c'est tout l'inverse : il pèse soixante kilos tout mouillé, il est rongé par la maladie et c'est un paria. Personne ne le calcule ni ne l'estime... jusqu'à ce qu'il fasse la démonstration de sa volonté de fer. Direction l'Académie pour débuter un entraînement de mage de bataille, mais au grand dam de son formateur Aurélian, de son dragon Dwimervane et de leur copain Dusaule (un mage de bataille Désavoué, nous y reviendrons), Falco ne montre aucun talent offensif. C' est un héros de volonté aux capacités défensives et sur les épaules duquel pèse un gouffre de honte et de culpabilité. En résumé, Falco Danté est la résilience incarnée et ça se prête à merveille à un roman de la trempe de Mage de bataille. On souffre avec lui et cette connivence fait avaler les pages par dizaines.

    L'univers en lui-même, pas très original  mais hyper bien fichu donc, offre un super spectacle (quoiqu'un peu calciné sur la fin avec l'avancement des armées férociennes, ouaip). Et pour cause : Peter A. Flannery a très bien joué la carte "dragons". Si ils sont rouge, bleu, vert, jaune, violet, ce sont les compagnons indéfectibles des mages de batailles, ils sont loyaux et sacrément vifs au combat. Si ils sont noirs en revanche, ce sont les ennemis de l'humanité – car c'est bien connu, les dragons noirs sont fous (et rien n'égale la folie d'un dragon si ce n'est le chagrin d'un dragon, souvenez-vous en bien). Les mages de bataille dont la bête est noire à l'invocation sont les Désavoués, et leur devoir est d'occire sans sommation ce qui aurait pu être le compagnon de toute une vie (spoiler alerte : c'est dur). Outre la trame Falco contre Marchio Dolor, il y a donc aussi une grosse pelotte à démêler : le mystère de la folie des dragons noirs occupe une bonne partie du récit et le cheminement vers le grand levé de rideau est superbement orchesté. Un intrigue dans l'intrigue comme je l'aime avec son lot de grosses révélations.

    Et juste pour clôturer sur un énième point positif sans m'étaler : les personnages secondaires sont bons, les amitiés et amourettes un peu bateau mais solides (heureusement on n'insistera pas sur les relations que Faclo entretient avec la gente feminine), les bastons épiques et les revirements de situation particulèrement enthousiasmants. Bref ce livre, c'est un carton plein ! Ma pensée en quelques mots : lisez lisez lisez !


    30 août 2021

    Chevauche-brumes, tomes 2 et 3 (fin) de Thibaud Latil-Nicolas - Vivre en fripouilles, mourir en héros


     Auteur : Thibaud Latil-Nicolas
    Editeur : Mnémos
    Genre : Fantasy
    Pages : 347 et 464 pages (grands formats)


    Résumé du tome deux Les Chevauche-Brumes ont déserté les légions royales du Bleu-Royaume pour aller traquer les créatures maléfiques issues du brouillard noir : désormais dispersées aux quatre coins du monde, elles attaquent les populations civiles sans défense. Tandis que les réfugiés affluent à Antinéa, la capitale, et exacerbent les rivalités entre le régent du royaume et le clergé d’Enoch, sur mer, un monstre terrifiant fait des ravages parmi les navires. Les anciens de la neuvième compagnie pourront-ils faire face à tous ces périls ?

    Attention, ici on risque de spoiler sévère sur la fin du tome un. Vous êtes sûrs que vous voulez rester ici ?
    Okay.

    Chronique : Dans ma petite vie de lectrice, j'ai jamais rencontré que deux types de bouquins : ceux qu'on lit, et ceux qu'on vit. Ces temps-ci, j'ai lu beaucoup mais pas vécu grand chose ; je suis restée spectatrice de la grosse majorité de mes lectures. Puis il y a un petit mois, il y a eu le tome deux de Chevauche-brumes qui m'a mis quelques claques, et derrière lui le tome trois qui m'a proprement éclatée. Pour vous la faire simple, j'ai vécu une expérience épique du genre à vous faire grimper sur votre toit pour crier "voilà, c'est pour des moments comme ça que je lis, bordel !". Alors je vous le dis tout de suite : cette chronique, c'est une chronique coup de cœur d'autant plus enthousiasmante à écrire que je n'en avais plus eu depuis un an au bas mot.

    Mais avant de commencer avec du lourd, c'est une toute petite attention de l'auteur pour son lectorat qui a emporté mes faveurs : chaque tome débute avec un résumé des évènements précédents ~ yesamen, Hallelujah ! ça devrait être une loi universelle dans le monde de l'édition ! (oui, ici on refait le monde, c'est cadeau). C'est pas grand chose, mais moi je me sens heureuse quand un auteur comprend que tout bon que son roman soit, on a le droit de pas se rappeler de tout. Bref, la lecture s'est d'entrée de jeu bien engagée... d'abord sur terre et ensuite en pleine mer avec, d'abord, ma découverte de Les flots sombres

    "Mais pourquoi ça cause de flotte ? Nous on veut de la brume et des cavaliers !" me direz-vous. Minute petit papillon, on se rappelle l'intrigue là où on l'a laissée: à l'issue du premier tome (que par ailleurs on peut à mon sens lire en one-shot), on avait assisté à la naissance des valeureux Chevauche-Brumes, cette troupe libre ayant pour noble but de préserver l'humanité des mélampyges qu'elle vient de lâcher sur le Bleu-Royaume et ses vassaux - la boulette. Parmi les territoires impactés par la horde monstrueuse, on trouve l'île de Biscale qui voit son économie sévèrement menacée par un monstre marin auquel personne ne prête paradoxalement beaucoup de crédit. Une certaine Ophélie est nommée capitaine d'un bateau trapu et fort peu taillé pour la chasse au kraken, tandis que côté terre le pouvoir et le clergé ne voient pas d'un bon œil l'arrivé des Chevauche-Brumes qu'ils considèrent respectivement comme renégats et hérétiques. Je ne vous le fais pas dire : dès le début du tome deux, ça sent les problèmes pour nos copines et nos copains.

    Les Flots sombres, c'était selon moi un récit à double tranchant (c'est pour ça que je ne m'y suis jetée que tardivement), car si Thibaud Latil-Nicolas nous avait prouvé qu'il avait la Fantasy dans le sang avec Chevauche-Brumes, poursuivre la chose avec une intrigue se déroulant pour moitié en mer, c'était osé : faut gérer les termes marins et parvenir à donner une dimension épique à ce qui peut très vite tourner au gros bordel. A croire que je me tracassais pour rien : l'auteur a largement bravé la tempête en faisant au passage des chapitres maritimes mes favoris du tome, une prouesse d'autant plus remarquable que cette partie de l'intrigue est pour l'essentiel portée à bout de bras par une nouvelle protagoniste : Ophélie. Elle ne sera d'ailleurs pas la seule femme trempée dans l'acier qu'on introduira dans l'histoire (dans ce tome comme dans le suivant) et j'insiste lourdement sur le fait que les personnages féminins sont présents en nombre et en qualité. Ce qui est très loin d'être la norme en Fantasy est un exercice d'un naturel déconcertant pour Thibaud Latil-Nicolas qui nous a écrit des femmes, des meneuses, des capitaines et des guerrières de rêve comme on en croise peu - voire jamais - en Fantasy. Le troisième tome, L'Appel des Grands Cors, leur fait hommage à toutes et je me souviendrais longtemps d'une certaine charge de cavalerie qui n'a rien à envier à celle du Rohan au pied de Minas Tirith. 

    Et comme les armées se bougent au son du cor de guerre et que des armées, y en a justement un paquet qui fleurissent dans le tome trois, laissez-moi vous dire que ça claironne de partout sur la fin et qu'on atteint des niveaux épiques de baston.

    Derrière la baston qui engage rapidement le Bleu-Royaume, ses voisins et les mélampyges, il y a toutefois une intrigue magique à démêler. On se plaît à découvrir avec Jerod, le petit mage, les origines des mélampyges et à tenter de trouver une solution plus intellectuelle qu'un coup d'épée dans la tronche à leur déferlement. Le récit ne déçoit pas sur ce point et cet arc narratif mené en parallèle des enjeux plus politiques trouve franchement bien sa place - une aubaine qu'il y ait autant de vétérans de la Neuvième légion pour faire vivre toutes ces facettes de l'histoire ! Ainsi donc, grâce à cette transition subtile, je clos cette chronique en vous touchant quelques mots sur ceux qui portent ces trois tomes sur leurs épaules massives et couturées : les Chevauche-Brumes. Hormis quelques-uns qui ne peuvent pas se blairer mais dont on se sépare bien vite, l'ambiance parmi eux est celle d'une fratrie dont chaque membre n'hésite ni à se lancer dans la bataille, ni à saigner pour ses confrères (et consœurs!). Eux qui ont vécu en fripouilles une bonne partie de leur vie ont à cœur de la poursuivre en héros. Thibaud Latil-Nicolas n'épargne aucun des vétérans et s'attache à les faire briller jusqu'au bout - toujours dans la joie, la bonne humeur et les insultes fleuries qu'on aime tant se les voir lancer à la gueule.

    Dans son ensemble, Chevauche-Brumes n'est pas une trilogie constante ; elle fait de mieux en mieux : on part de la case "très bien" pour arriver en beuglant notre enthousiasme à un niveau de coup de cœur intergalactique. Pour une lecture mémorable de très grande qualité, aux personnages incroyables et au rythme endiablé, vous savez quoi lire. Moi, j'ai plus de mots pour vous en parler.




    Note : 20/20

    30 déc. 2019

    Le pas de Merlin, tomes 1 et 2 (fin) de Jean-Louis Fetjaine - Retour aux sources

    Auteur : Jean-Louis Fetjaine
    Éditeur : Pocket
    Genre : Réécriture de conte, Fantasy historique
    Pages : 334 et 329 respectivement pages (formats poche)

    Tome 1 lu dans le cadre du « Hold my SFFF Challenge », tome 2 dans celui du « Féminibooks Challenge »

    Résumé du premier tome : Au VIe siècle, l'île de Bretagne est assaillie par les Saxons, les Gaëls et les Pictes. Après la mort du roi Guendoleu, tué lors d'une terrible bataille, son jeune barde Merlin se trouve plongé malgré lui dans un complot aux conséquences effroyables. Fuyant la barbarie, perdu dans les affres d'un amour impossible, il parcourt les royaumes celtes ravagés par la guerre, suscitant la méfiance de ceux qui voient en lui le "fils du diable". Au plus profond de la forêt, pourtant, l'enfant se découvrira de bien étranges alliés. Au cours de ce voyage initiatique, celui qui deviendra Myrddin le Nécromant réussira-t-il à percer le fascinant secret qui pèse sur ses origines ?


    19 oct. 2019

    Notre-Dame des loups de Adrien Tomas - Grands espaces et balles d'argent

    Auteur : Adrien Tomas
    Éditeur : Hélios
    Genre : Fantastique
    Pages : 250 pages (format poche)

    Lu dans le cadre du « Pumpkin Autumn Challenge »

    Résumé : 1868, aux confins de l'Amérique, les Veneurs, une petite troupe d'hommes et de femmes sans foi ni loi, aux munitions forgées d'argent, l'âme froide comme l'acier, parcourent les immensités de l'Ouest sauvage. Ils s'enfoncent, la peur au ventre mais déterminés, dans les gigantesques forêts. Ils connaissent leur mission : elle pue le sang et la mort. Elle a le son des chairs qui se déchirent et des os qui rompent, des incantations vaudou, des balles qui sifflent et des molosses qui aboient. Au loin, les premiers hurlements se font entendre. La chasse commence... une chasse qui doit réussir quel qu'en soit le prix.

    8 sept. 2019

    L'appel de Cthulhu de Howard P. Lovecraft et François Baranger - Nouvelle mouture pour classique tentaculaire


     Auteur : Howard P. Lovecraft
    Illustrateur : François Baranger
    Éditeur : Bragelonne
    Genre : Fantastique, Roman graphique
    Pages : 64 pages (grand format)

    Lu dans le cadre du « Pumpkin Autumn Challenge »

    Le résumé : Boston, 1926. Suite au décès, dans des circonstances étranges, de son grand-oncle, Francis Thurston découvre dans les documents dont il hérite l’existence d’une secte vouant un culte à une créature innommable, endormie depuis des millions d’années. Sacrifices indicibles pratiqués dans les bayous de Louisiane, meurtres mystérieux perpétrés dans divers endroits du globe, artistes sombrant dans la démence après des visions nocturnes terrifiantes, renaissance de cultes ancestraux et surtout, une cité cyclopéenne surgissant de l’océan lors d’une tempête… Thurston va comprendre peu à peu que les recherches de son grand-oncle concernant le culte de Cthulhu étaient bien trop proches de la vérité et que, dans l’ombre, des adeptes œuvrent au réveil de leur dieu païen, prêts à faire déferler la folie et la destruction sur le monde. Les astres sont alignés. La fin est-elle proche ?

    22 août 2019

    Les sept morts d'Evelyn Hardcastle de Stuart Turton - Le colonel Moutarde, dans le salon avec le chandelier !

    Auteur : Stuart Turton
    Éditeur : Sonatine
    Genre : Policier, science-fiction
    Pages : 537 (grand format)

    Le résumé : Ce soir à 11 heures, Evelyn Hardcastle va être assassinée. Qui, dans cette luxueuse demeure anglaise, a intérêt à la tuer ? Aiden Bishop a quelques heures pour trouver l'identité de l'assassin et empêcher le meurtre. Tant qu'il n'est pas parvenu à ses fins, il est condamné à revivre sans cesse la même journée. Celle de la mort d'Evelyn Hardcastle.  


    5 juil. 2019

    Les Dieux Sauvages, tome 3 : la fureur de la terre de Lionel Davoust - Des machines et des Hommes

    Auteur : Lionel Davoust
    Éditeur : Critic
    Genre : Fantasy, Post-apo
    Pages : 789 (grand format)


    Le résumé : La ville de Loered, Le Verrou du Fleuve, ploie sous la pression des armées démoniaques, mi-chair, mi-machine, du dieu Aska. Affamée, malade, la population ne tient plus que par la foi que lui inspire Mériane, l'envoyée du dieu Wer. Alors qu'aux plus hauts échelons du royaume, la reine régente Izara s'efforce de sauvegarder ce qu'elle peut encore, le prince Erwel lance un appel désespéré à l'union des provinces pour aider Loered. Quant à Mériane et les siens, ils n'ont pas d'autre choix pour survivre que de braver la colère divine. Car dans les vestiges maudits de l'Empire d'Asrethia repose peut-être une puissance capable de rivaliser avec celle d'Aska. Tandis que le passé du monde émerge, la nature réelle du conflit qui oppose les dieux rivaux se dessine, et les Rhovelliens affrontent leurs plus terribles sacrifices. Quand la mort frappe tous les jours, il n'y a pas de héros, pas d'épopée - seulement la nécessité de survivre jusqu'au lendemain.

    30 mai 2019

    Le Paris des Merveilles, l'intégrale de Pierre Pevel - « Paris, tu nous ouvres ton (coup de) cœur ! »

    Auteur : Pierre Pevel
    Éditeur : Bragelonne
    Genre : Fantasy
    Pages : 830 (grand format)

    Lu dans le cadre du « Mois de la Fantasy »

    Le résumé : Paris, début du XXe siècle. Les messieurs ont de fières moustaches, des chapeaux melons ; les dames portent des corsets, des jupons, des bottines à boutons. Déjà, de rutilants tacots pétaradent parmi les fiacres le long des Grands Boulevards aux immeubles haussmanniens. Mais ce n’est pas le Paris de la Belle Époque tel que nous l’entendons : la tour Eiffel est en bois blanc, les sirènes ont investi la Seine, les farfadets, le bois de Vincennes, des chats-ailés discutent philosophie et une ligne de métro permet de rejoindre le pays des fées. Occupé à enquêter sur un trafic d’objets enchantés, Louis Denizart Hippolyte Griffont, mage du Cercle Cyan, se retrouve mêlé à une série de meurtres. Confronté à des gargouilles immortelles et à un puissant sorcier, Griffont n’a d’autre choix que de s’associer à Isabel de Saint-Gil, une fée renégate que le mage ne connaît que trop bien...

    9 mars 2019

    Les neiges de l'éternel de Claire Krust - Questions de vie et de mort

    Auteur : Claire Krust
    Éditeur : Hélios (2018)
    Genre : Fantasy, Fantastique
    Pages : 359 (format poche)


    Le résumé : Dans un Japon féodal fantasmé, cinq personnages racontent à leur manière la déchéance d’une famille noble. Cinq récits brutaux qui voient éclore le désespoir d’une jeune fille, la folie d’un fantôme centenaire, les rêves d’une jolie courtisane, l’intrépidité d’un garçon inconscient et le désir de liberté d’un guérisseur. Le tout sous l’égide de l’hiver qui s’en revient encore.