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    22 sept. 2023

    L'héritage de l'esprit-roi de Claire Krust - Indolence nipponne



    Auteur 
     : Claire Krust
    Editeur : ActuSF
    Genre : Fantasy, Fantasy asiatique, Fantastique
    Pages : 426 pages (grand format)

    Résumé : Shinya est l'onmyoji impérial. Maniant l'illusion et la divination, il est le garant de l'équilibre entre le monde des humains et celui des esprits, à la fois protecteur, juge et bourreau. Quand la fiancée de l'empereur est victime d'une étrange malédiction, c'est à lui de mener l'enquête. Shinya se lance sur les traces du coupable, mais celles-ci semblent conduire tout droit vers un lieu de son propre passé, qu'il pensait oublié... D'où vient la longévité extraordinaire de Shinya et la marque noire qui apparaît parfois sur son front ? Quel prix l'onmyoji est-il prêt à payer pour maintenir l'équilibre ?

    Rédaction de cette chronique neuf mois après lecture - il est frais mon avis ; il est frais !

    Mon avis : Passons outre le délais dramatique de rédaction de cette chronique, si vous voulez bien, pour attaquer sans attendre un siècle de plus mon retour mi-figue mi-raisin sur ce roman que j'avais attendu, que j'avais rêvé  ... et que j'ai finalement sitôt lu, sitôt zappé. Un bien triste constat pour un roman à la parution si soignée, à l'autrice qui pourtant m'avait déjà fait bondir le coeur avec ses Neiges de l'Eternel, et à la maison d'édition qui (je ne m'en remets toujours pas) a récemment déposé son bilan. J'aurais aimé sortir cette chronique comme une énième ode à ActuSF ; ce ne sera malheureusement pas le cas puisque L'héritage de l'esprit-roi ne m'a pas plu comme je m'y attendais, mais pour autant je n'en tire pas moins mon chapeau à cette ME incroyable qui laisse sans aucun doute un grand vide dans mon rayon préféré des librairies.

    ActuSF, ce fût un plaisir de vous lire et c'est une grande tristesse de vous perdre.
    Mais pour recentrer un peu cette chronique qui part dans le larmoyage, je dois bien avouer que le plaisir fût moins grand qu'à l'accoutumée avec ce dernier roman passé dans mes mains. Il n'est plus tout frais dans ma tête alors je ne me risquerai pas à vous faire un résumé-maison, ni à vous décrire chaque protagoniste un par un. On va ici parler des souvenirs bruts qui subsistent ...

    ... en commençant par celui, plutôt agréable, d'avoir passé un moment doux en toute simplicité. L'héritage de l'esprit-roi n'est pas bien épais. Il offre une parenthèse au quotidien agréable, ni trop courte ni trop ambitieuse. Une boule effervescente parfum cerise dans l'eau de mon bain et le tour était joué : je voyageais vers un Japon médiéval-fantastique en un temps record. La narration est très simple, avec une indolocence nipponne caractéristique qui y est pour beaucoup dans le côté relaxant du roman, mais qui bascule rapidement dans le contemplatif.

    Shinya, le protagoniste principal, n'aide pas à inverser la donne ; en sa qualité d'onmyoji impérial il est l'impassibilité même (rapport aux esprits qu'il doit justement maîtriser en étant avant tout, je vous le donne en mille, maître de soi et de ses émotions). J'ai souvenir d'un héros dont aucune émotion ne filtre, la placidité même. Et si c'est plutôt raccord à la culture japonisée du roman, ça établit une certaine distance entre le héros et le lecteur. Le pas est difficile à franchir vers la compréhension de Shinya, de ses motivations et ambitions. Il en a résulté de mon côté une certaine indifférence pour les enjeux de l'intrigue ; je ne me suis pas autant investie dans cette lecture que j'aurais souhaité. L'un des démons de compagnie de Shinya - Moro si je me souviens bien ? bref, c'est un démon-loup au caractère bien trempé et avide de vengeance - a ajouté du sel au roman, mais malheureusement pas assez dans la mesure où il était bien le seul à lui donner un peu de vie.

    Les querelles entre onmyojis rivaux occupent une place importante dans l'intrigue et apportent quelques touches d'action bien placées (ah, les disputes de famille, toujours un grand moment !)... mais retardent la mise en place de l'intrigue principale, ce qui pour un roman si court commence à faire long. Lorsque Shinya rejoint enfin la cité des esprits dont l'esprit-roi est en péril, c'est pour s'enfermer de nouveau dans une indolence crasse. C'est pas qu'il n'en touche pas une, simplement avec quel flegme il agit ! Je garde par contre un souvenir plus mouvementé de la dernière ligne droite, ce qui est une bonne chose. Simplement il me reste ce regret d'avoir attendu beaucoup d'un roman qui finalement ne m'a fait ni chaud, ni froid.

    Farewell, my ActuSF friends !

    14 nov. 2022

    Bazaar de Stephen King - Bonnes affaires et mauvais tours

     

    Auteur  : Stephen King
    Editeur : J'ai lu
    Genre : Fantastique, horreur
    Pages : 384 et 445 pages (format poche)

    Résumé : Au hasard, Balthazar... Ce  pourrait être l'enseigne du bazar qui vient d'ouvrir à Castle Rock. Pourtant, rien, ici n'est laissé au hasard. Perles noires, pâtes de verre, ticket gagnant, saintes reliques... le moindre objet excite al convoitise de chacun des habitants, répondant à ses plus secrets désirs. Un rêve qui tourne vite au cauchemar car le sieur Gaunt, propriétaire des lieux, est un habile commerçant. Si ses prix sont dérisoirs, les blagues soi-disant anodines qu'il demande en échange de ses faveurs ont une saveur empoisonnée ! Qu'importe ! La voix du démon est douce à l'oreille et, pour une pacotille qui les met tous en transe, Brian, Nettie, Wilma et les autres gens de Castle Rock n'hésitent pas à vendre leur âme ...

    Mon avis : Mais quel plaisir de renouer avec Stephen King, et quelles retrouvailles ce fût de le faire avec ce roman incroyable ! L'automne bien frais et brumeux se prête toujours à une lecture horrifique et le maître de l'horreur est ma référence en la matière, l'un des essentiels de ma bibliothèque, et chaque automne je pioche un de ses romans. Il y a un bail j'ai eu la chance de faire main basse sur une vielle collection de King : une vingtaine de romans aux tranches jaunies ont rejoint mes étagères, et parmi eux, Bazaar (paru en 2 volumes VF en 1995 - oui, cette édition est presque aussi vieille que moi). Un roman au pitch aussi séduisant que les étals de Leland Gaunt...

    Castle Rock est en effervescence, un nouveau commerce vient d'y ouvrir ses portes : Le bazar des rêves, magasin de bric et de broc tenu par le charmant, l'autoritaire, le cauchemardesque, le mielleux Leland Gaunt. Un à un les habitants de la petite ville passent sa porte, par simple curiosité, eux qui ne cherchent rien mais repartent tous avec l'objet de leurs désirs inavoués. Le prix ? Dérisoire - le contenu de leur poche et un petit tour à jouer à un voisin, une maîtresse d'école... Les conséquences ? Funestes. A mesure que la tension monte dans la ville, le shérif Alan Pangborn flaire les miasmes démoniaques qui parasitent Castle Rock. Quelle est la source de la menace, et comment la contrer ? Deux volontés s'opposent pour sauver la ville et ses habitants, avant que n'explose le chaos.

    On commence par se fait alpaguer doucement, comme sur un souk - venez mes amis, matez-moi cette belle marchandise et la populace qui s'y agglutine... On met un pied à Castle Rock, on y pointe timidement le bout de son nez pour découvrir sa nouvelle boutique mystère. Un antiquaire, un prêteur sur gages ? Non, c'est bien plus. C'est le Bazar des rêves et son gérant dur en affaires, Leland Gaunt. C'est la cache où se rassemblent les désirs brûlants des habitants d'une ville entière : une canne à pêche, un gri-gri, une carte de collection. C'est l'antre du démon qui se repaît des âmes qu'il damne. Il demande quelques dollars à ses malheureux clients (mais en demanderait-il des centaines qu'ils les lui donneraient tout de même), et une mauvaise blague. Rien de méchant, vous trouvez ? Attendez, attendez que Leland Gaunt ne vienne exacerber les querelles de voisinage, les griefs communautaires, qu'il glisse ses doigts repoussants là où ça fait bien mal... 

    Attendez que la pression monte progressivement et explose en apothéose sanglante...

    Mais parmi toutes les âmes damnées de Castle Rock, il en demeure une petite poignée pour faire face. D'authentiques gentils que l'emprise du mal ne laisse certes pas indifférents, et qui devront allier leur forces à celles du shérif Alan Pangborn. Grand amateur de tours de passe-passe (attention, c'est important hé hé hé) Alan est un héros lumineux dans une ville rongée par le mal et habitée de base par quelques authentiques crevards. Mais le blanc immaculé, ici, ça n'existe pas : le shérif a vécu sont lot d'épreuves et une bonne partie du roman creuse ce personnage au bord de l'abîme. De quel côté basculera Alan ? Parviendra-t-il à passer outre ses propres démons pour passer sur le corps de Gaunt ? Pour une fois je n'adresse donc pas mon sempiternel reproche à King : dans Bazaar, les héros ne sont pas tout à fait irréprochables - ils sortent de la masse sans être des parangons de vertu.

    Les amis du King reconnaîtront en Alan le héro de La part des ténèbres, roman antérieur se déroulant lui aussi à Caslte Rock et dont il est vaguement question dans Bazaar (principalement pour planter le personnage d'Alan à ceux qui le rencontrent pour la première fois) - je ne l'ai pas lu mais croyez bien qu'il a rejoint ma wish list. Des liens, toujours des liens (et j'adore ça !): Bazaar fait aussi quelques références timides à Cujo (Castle Rock) et Salem (Jerusalem's Lot). Et quand King rappelle que Castle Rock est une petite ville du Maine, on ne peut s'empêcher de penser à la fameuse Derry (Ça, en partie 22/11/1963) et à Ludlow (Simetierre), toutes proches. Ma conclusion : le Maine, ça pue vraiment d'y mettre les pieds, voyagez ailleurs ; mais toutes ces références, ces liens mêmes ténus entre des romans qui ont été écrits à des décennies d'intervalles, c'est le feu ! Et bien qu'on n'en fasse pas explicitement mention (c'est justement ça qui est bon), je flaire un peu de Shining aussi ... je vous laisse le soin de trouver où. Bref Bazaar occupe dans la collection de l'auteur une place bien campée, et qu'il n'a pas volée.

    Par dessus tout ça le déroulement du roman est en lui-même une prodigieuse leçon d'intensité. Le chaos monte crescendo, parfois même un peu trop puisque arrivés à la énième blagounette de Gaunt, on peut trouver le schéma un poil répétitif. Heureusement ça ne dure pas puisque que passé ce moment, les évènements décollent pour atteindre une apothéose diabolique que ne saura contrer que notre cher Alan. J'ai lu le roman en VF de 1995, paru en deux parties, et la séparation arbitraire en deux tomes a vraiment nuit au rythme. Si vous avez le choix, privilégiez une édition one-shot, vous serez gagnant. Le conclusion est prenante et surtout (c'est ce que je préfère) douce-amère. Je ne vous en dis pas plus et vous laisse découvrir par vous même qui sortira vainqueur de la lutte pour Caslte Rock ; quelle que soit l'issue, le roman vaut de toute façon le détour !

    26 janv. 2022

    Avis en vrac - Retard de la honte

    En retard, en retard, en retard : je suis en retard de chroniques, en retard de lectures, en retard de tout. Je vous propose donc aujourd'hui un retour « de la flemme » sur mes précédentes lectures (pas très nombreuses), pêle-mêle-servez-vous !

    Oui, je suis tellement honteuse que faire des intros à rallonge, ça me passe par dessus le haricot !


    Les reines pourpres de Jean-Louis Fetjaine – Bagarre de filles

    Auteur : Jean-Louis Fetjaine
    Editeur : Pocket
    Genre : Historique
    Pages : 343 et 352 pages (format poche)

    Mon chouchou des soirées automnales pelotonnée près du feu, c'est Jean-Louis Fetjaine et ses romans fantastico-historiques très documentés. Les reines pourpres (duologie disponible pour un rien d'occasion *clin d'oeil clin d'oeil*) se démarque toutefois par sa trame cent pour cent historique qui laisse peu de place aux sentiments et à la magie, contrairement à ce qu'on a l'habitude de trouver dans les écrits de l'auteur. C'est probablement ma lecture la plus décevante de Fetjaine, puisque j'y ai avant tout vu une réécriture froide et scénarisée de l'Histoire plutôt qu'un récit de vies : celles de deux femmes qui se haïssent, Frédégonde d'abord (tome un) et Brunehilde ensuite (tome deux). Contrairement aux apparences, les deux tomes nommés d'après ces dames ne leur laissent que très peu de place. Hormis les cinquante premières pages très prometteuses du premier volume où on découvre une Frédégonde impie dans une ambiance lourde de chrétienté qui cherche à s'imposer là où les rites païens prévalent, le récit n'est que faits historiques, palabres impersonnelles et sauts dans le temps. Dommage, en apprendre plus au sujet des Mérovingiens m'intéressait pourtant énormément ; il aurait fallu attaquer le morceau avec davantage d'humanité, à la façon d'un Ken Follett qui sait lui raconter la grande Histoire à travers celles des petites gens.


    Les soeurs de Montmorts de Jérôme Loubry - Burn them all !

    Auteur : Jérôme Loubry
    Editeur : Calmann Levy
    Genre : Thriller, fantastique
    Pages : 425 pages (grand format)


    Un thriller parfait pour Halloween, qui n'est pas sans rappeler l'excellent Puzzle de Franck Thilliez et qui n'a certes pas à rougir de la comparaison ! Le fantastique se mêle à l'essentiel d'un bon thriller pour donner un roman ultra addictif qu'on ne lâcherait sous aucun prétexte. Un nouvel inspecteur est muté dans le charmant village de Montmorts, réputé pour sa montagne des morts (no kidding !) et les nombreuses sorcières qu'on a balancées de son sommet. Le maire philanthrope charge Julien, notre inspecteur, de réouvrir incognito le dossier du meurtre de sa cadette. Les faits surprenants s'enchaînent en même temps que les phénomène surnaturels gagnent Montmorts crescendo pour atteindre brillamment leur apothéose en fin de roman : on parle de folie collective, de voix qu'on n'arrive pas à faire taire et de quelques litres d'hémoglobine. J'ai adoré le déroulement du roman ainsi que sa trame présent-passé qui creuse le mystère, mais la fin ne m'a pas satisfaite - et je ne vous dirai pas pourquoi, ce sera à vous d'aller le découvrir !

    22 juin 2021

    Entends la nuit de Catherine Dufour - Vane et les ovaires qui frémissent

     

    Auteur : Catherine Dufour
    Editeur : Le livre de poche
    Genre : Fantastique, Romance paranormale
    Pages : 432 (format poche)

    Résumé La chair et la pierre sont de vieilles compagnes. Depuis des millénaires, la chair modèle la pierre, la pierre abrite la chair. Elle prend la forme de ses désirs, protège ses nuits, célèbre ses dieux, accueille ses morts. Toute l’histoire de l’humanité est liée à la pierre. Quand on a 25 ans, un master en communication, une mère à charge et un père aux abonnés absents, on ne fait pas la difficile quand un boulot se présente. Myriame a été embauchée pour faire de la veille réseaux dans une entreprise du côté de Bercy, et elle découvre une organisation hiérarchique qui la fait grincer des dents : locaux délabrés, logiciel de surveillance installé sur les ordinateurs, supérieurs très supérieurs dans le style british vieille école. Mais quand un de ces supérieurs s’intéresse à elle via Internet au point de lui obtenir un CDI et lui trouver un logement, elle accepte, semi-révoltée, semi-séduite… Mauvaise idée ? Pas pire que le secret qu’elle porte. Myriame est abonnée aux jeux dangereux dans tous les cas, et sa relation avec Duncan Algernon Vane-Tempest, comte d’Angus, décédé il y a un siècle et demi, est à sa mesure. Du moins le croit-elle.

    Chronique : Ce roman de Catherine Dufour (mon premier, qui plus est), c’est vraiment l’OVNI littéraire de ma petite année de lectrice. Le résumé et le titre ne paient pas de mine, mais il ne faut pas en rester là : s’ils intriguent juste ce qu’il faut pour pousser à la lecture et qu’on se demande quand même où on débarque quand on entame le livre, c’en est pas moins un mini page-turner de chevet passionnant, émoustillant et intrigant. Les ingrédients de la réussite ? Une jeune femme paumée qui retourne vivre chez une Maman fauchée sur la capitale, un nouveau boulot de merde dans un bureau de merde, mais surtout une rencontre carrément paranormale au détour du logiciel de chat de l’entreprise : celle de Duncan Vane – brrr, rien que le nom, on a les ovaires qui frémissent ! – infiniment supérieur sur la hiérarchie, super beau gosse, mais surtout super fantomatique. Hé non, le blog ne vous cache rien : Catherine Dufour signe avec Entends la nuit une romance paranormale pour adultes – non pas qu’il y ait de la fesse à outrance, mais le ton est clairement pas celui d’un roman ado.

    Alors oui, j’avoue que comme toute romance accrocheuse on tourne autour du pot pendant une petite centaine de pages, mais ça passe comme du petit lait. Nos deux loulous s’asticotent, se boudent et se rêvent ensemble pendant un petit moment. C’est du moins clairement le cas de Myriam à travers laquelle on vit le roman, mais franchement la réciprocité ne fait aucun doute malgré que monsieur Vane (brrr) souffle le chaud et le froid comme tout bon Darcy moderne (voire même, si j’ose aller jusque là, comme tout bon Edward Cullen revisité – paillettes en moins, charisme en plus).

    A l’instar du vampire préféré des ados des années 2000 (dont j’ai fait partie, oui merci), Vane a carrément envie de se bouffer notre héroïne. Problématique, certes, mais infiniment moins que de galérer à prendre corps – la libido en prend un sacré coup. Et pour cause, notre bellâtre, c’est plus ou moins un fantôme. J’entre pas dans les détails pour ne pas divulgâcher, mais le peuple qui se révèle à Myriam au fil de pages et qui hante tout Paris a une grande, grande classe, et quand on est cent pour cent sang chair fraîche et sang frais, il fait un peu mal de se montrer aux réceptions mondaines de son chéri. Ça crée des problèmes, des rancœurs (les fantômes l’ont facile en plus) et des situations qu’on a du mal à lâcher pour aller faire dodo.

    Entends la nuit fait le taf, il le fait bien, mais les amateurs de romances un peu guimauves devront sans doute passer leur chemin. La noirceur ambiante est là pour nous rappeler qu’il ne fait pas forcément bon de partager son lit avec un presque-poltergeist.

    Note : 15/20

    26 déc. 2020

    Les enfants de Peakwood de Rod Marty - Trouver la source

     

    Auteur : Rod Marty
    Editeur : Scrineo
    Genre : Fantastique, horreur
    Pages : 383 pages (grand format)

    Résumé Quels sont ces étranges maux qui affligent les habitants de Peakwood, petite ville du Montana, USA ? D'où viennent les blessures qui apparaissent sur le corps de certains de ses habitants ? Pourquoi d’autres commencent-ils à agir étrangement ? Seuls Chayton, le médecin de la ville, et son père, vieux chaman au savoir ancestral, savent reconnaître les signes. Le bouleversement qui approche. Quelque chose en lien avec un accident qui n’aurait jamais dû avoir lieu, dix ans plus tôt. Un secret dont ils ont juré de ne jamais reparler…

    Chronique : Ne changeons pas une équipe qui gagne et poursuivons avec le format plus court adopté pour les retours précédents, voulez-vous : parlons peu mais bien des Enfants de Peakwood de Rod Marty... bref, soyons e-ffi-caces les amis ! Ce roman dont on fait vite le tour à la lecture, on va le boucler à la chronique tout aussi vite et bien - presque aussi rapidement que la situation s'envenime dans la charmante bourgade de Peakwood alors qu'un terrible secret est dévoilé.

    Peakwood est une petite ville américaine froide et reculée. Chacun s'y connaît et, à peu de choses près, chacun connait les sombres secrets de ses voisins. Mais il est pourtant une affaire sur laquelle les membres de la communauté de Peakwood se font discrets : celle de l'accident du bus scolaire ayant coûté la vie à deux enfants dix ans plus tôt. Or voilà qu'à l'approche des fêtes les enfants et le personnel survivants voient apparaître sur leur corps d'étranges stigmates. Le phénomène n'échappe pas au généraliste de la ville, dépositaire d'un lourd secret lié à l'accident et aux pouvoirs chamaniques déployés cette terrible nuit. Mais alors que les survivants et leur famille cherchent à comprendre ce qui leur arrive, ce qui reste de la communauté sombre dans la folie. Leur idée fixe : rétablir l'équilibre en renvoyant six pieds sous terre ceux qui n'auraient en toute logique jamais dû survivre au crash du bus. De l'avis du chamane ayant exercé sur les lieux du drame, la seule solution pour éviter un massacre est de mettre la main sur la personne ayant dévoilé le secret des enfants de Peakwood ... et de la faire taire. La course contre la Mort est lancée !

    Pour ceux à qui la référence parle, il y a clairement un petit côté Destination finale aux Enfants de Peakwood. Un accident, un groupe de miraculés et la Mort qui cherche à tomber juste dans ses comptes (même avec dix ans de retard) : tous les ingrédients sont là. Sur la façon dont la faucheuse s'y prend pour rétablir l'équilibre, par contre, on s'écarte du cinéma. A la place Rod Marty joue la carte de la petite communauté qui perd totalement les pédales une froide nuit d'hiver, mais avec ce qu'il faut de magie indienne derrière pour que ça passe crème (le fameux "ta gueule, c'est magique" qui a réponse à tout et qui évite de se prendre la tête). A ce titre j'ai trouvé que le roman se rapprochait un peu d'un Simetierre version jeunesse, le genre de livre idéal à mettre dans les mains de celles et ceux pour qui le très bavard Stephen King est encore un peu inaccessible (ou qui comme moi n'ont momentanément pas la tête à lire des pavés). A Peakwood, une entité mandatée par la Mort prend donc le contrôle des consciences pour les enrôler de force dans sa croisade contre la poignée de miraculés du bus. Cette folie collective qui monte crescendo m'a d'ailleurs rappelé Hex de Thomas Olde Heuvelt, mais en beaucoup plus réussi. A choisir entre l'un et l'autre, ma préférence va aux Enfants de Peakwood : ça décolle plus vite et le mal est plus insidieux. Et pour ceux qui réchappent à la vindicte populaire, il y a la torture des stigmates pourrissants qui dévorent leurs chairs ... bon appétit !

    Attention, on s'y perd quand même un peu au début avec tous ces personnages. Les premiers chapitres nous font faire le tour de la communauté : on entre dans le quotidien de nombreuses familles, on apprivoise leurs membres et ça fait rapidement un paquet de protagonistes qui ont parfois du mal à se différencier les uns des autres (surtout les pères et mères de familles qui se valent pratiquement tous). Pour un roman dont la force est d'être accessible à tous, c'est une épine qui peut rester en travers du pied. L'avantage du nombre, par contre, c'est qu'il permet d'offrir un tableau diversifié, surtout du côté des ados. Bref il y a de tout à Peakwood malgré les redondances chez trois-quatre personnages, et le gros plus c'est qu'avec tout ce beau monde, on ne fait pas le tour de la ville en vingt pages - ce qui aurait été un peu peu. J'aime m'immerger dans les petites communautés isolées, et celle de Rod Marty m'a beaucoup plu !

    Pour résumer, Les enfants de Peakwood est un livre divertissant, tout public et qui plaira aux amateurs de frissons hivernaux, pour peu qu'ils cherchent une lecture rapide dans l'esprit d'un Stephen King. Il ne détrône évidemment pas Simetierre de ce dernier ni Snowblind que j'ai beaucoup apprécié il y a une grosse année, mais il se défend très bien. Je le conseille à ceux qui aiment leurs hivers saignants plutôt que romantiques !

    Note : 15/20

    3 déc. 2020

    Les montagnes hallucinées, tome 2 (fin) de H. P. Lovecraft et F. Baranger - « Fuyez (l'Antarctique), pauvres fous ! »

     

    Auteur : H. P. Lovecraft
    Illustrateur : F. Baranger
    Editeur : Bragelonne
    Genre : Fantastique, horreur, roman illustré
    Pages : 64 pages (grand format)

    Résumé du premier tome : « Corona Mundi... Toit du Monde... Toutes sortes de formules fantastiques nous vinrent aux lèvres tandis que nous contemplions, depuis notre point d'observation vertigineux, l'incroyable spectacle. » Arkham, 1933. Le professeur Dyer, éminent géologue, apprend qu'une expédition scientifique partira bientôt pour l'Antarctique avec pour ambition de suivre les traces de celle qu'il avait lui-même dirigée en 1931. Dans l'espoir de dissuader cette tentative, Dyer décide de faire un récit complet des tragiques événements auxquels il survécut, cette fois sans omettre les passages qu'il avait écartés à son retour, de peur d'être pris pour un fou. Deux ans plus tôt, les navires affrétés par l'université Miskatonic avaient accosté le continent glacé au début de l'été austral, et le contingent de quatre professeurs et seize étudiants s'était mis aussitôt au travail. Les premiers résultats ne s'étaient pas fait attendre et le biologiste de l'expédition, le professeur Lake, était parti de son côté avec plusieurs membres de l'équipe afin de suivre une piste fossilifère prometteuse. Au bout de quelques jours à peine, il avait annoncé par radio avoir découvert de stupéfiants spécimens d'une espèce inconnue, extraordinairement ancienne, avant de cesser toute communication après une terrible tempête. Pressentant le pire, Dyer s'était porté à leur secours le jour suivant. Ce qu'il avait découvert sur place dépassait ses craintes les plus folles...

    Chronique : On va la faire courte pour une fois puisque le second tome des Montagnes hallucinées est le digne successeur du premier que j'ai littéralement dévoré l'an passé : cette édition, ce boulot graphique, cette symbiose entre les deux artistes (qui ont pratiquement vécu à un siècle d'écart, faut le souligner !), c'est encore une fois du grand art ! Il vaut son prix mais c'est clairement un bel investissement et surtout un sacré beau morceau pour étoffer une bibliothèque et se faire une petite culture fantastique. Pour le coup je ne résiste pas à vous suggérer cette année encore de le glisser sous le sapin, je crois qu'il pourrait faire pas mal de lecteurs heureux  ! D'abord parce que l'album est beau à regarder, puis évidemment parce qu'il est bon à lire. Le parler des années 30', ça ne s'invente pas et le style de Lovecraft non plus : comme dans L'appel de Cthulhu, le récit prend la forme d'un témoignage qui vous met sévèrement en garde sur quelque improbabilité horrifique inconnue. Derrière la plume on a ici un homme de science sur le point de basculer dans la folie, et l'objet de son avertissement c'est la cité de quelques milliards d'années découverte par l'équipée vers l'Antarctique dont il a fait partie... ainsi que les dépouilles prodigieuses trouvées non loin. 

    Une dissection plus tard c'est tout le génie de Lovecraft qui fait effet : ces êtres qu'on appellera par la suite Anciens n'ont rien d'humain et sont d'ailleurs construits sur un plan totalement différent du nôtre - la symétrie radiale, bitches ! J'ai beaucoup apprécié qu'on s'éloigne du cliché extra-terrestre anthropomorphique, mais la cerise sur le gâteau est vraiment arrivée dans ce volume, tout particulièrement avec l'exploration des ruines qui apporte beaucoup sur l'histoire des Anciens. On file de gravure en bas relief et on apprend comment cette population a vécu ses heures les plus glorieuses et les plus sombres. Très vite l'univers de Lovecraft apparaît dans toute son énormissime richesse avec des liens et des clins d’œil au culte de Cthulhu et œuvres annexes - mon seul regret étant de ne pas en avoir lu suffisamment pour saisir toutes les références. Comme d'habitude on finit sur une note mi-figue mi-raisin : si on ne doute pas de la sincérité des écrits du narrateur, l'énormitude de la conclusion nous pousse à faire preuve d'une prudence et d'une rationnalité sans doute excessives : l'homme n'a pu qu'inventer les horreurs dont il a témoigné et tout spécialement le bouquet final ... ou pas. Bref j'adore les fins ouvertes et celle-là est super.

    Comme dirait Gandalf : « Fuyez (l'Antarctique), pauvres fous ! » ... mais n'oubliez pas de courir en librairie pour craquer sur cette aventure en deux volumes !

    Je termine avec quelques mots pour rendre hommage à l'illustrateur (qui rappelleront mes chroniques précédentes de L'appel de Cthulhu et des Montagnes hallucinées Vol. 1 - genre je radote à fond) : Lovecraft c'est bien, mais me l'enfiler avec pour seul support le texte original, je suis pas sûre que j'aurai pu. Baranger apporte une dimension aérée et pile dans le ton à un imaginaire débordant mais très bavard et donc un peu lourd parfois. C'est du win-win et les grands gagnants dans l'affaire, c'est nous. Rien d'étonnant donc à ce que je suive ce partenariat avec beaucoup d'intérêt, et j'ai déjà hâte de découvrir la prochaine parution ... je croise les doigts pour qu'il s'agisse de La couleur tombée du ciel. Allez zou, on se fait plaisir pour Noël et on saute le pas !

    Note : 18/20

    16 nov. 2020

    Comment le dire à la nuit de Vincent Tassy - Le roman sirupeux des vampires en mal d'amour

     

    Auteur : Vincent Tassy
    Editeur : Chat noir
    Genre : Fantastique, Poésie
    Pages : 346 pages (grand format)

    Résumé : La dame en noir vivait seule dans son château. Elle ne pouvait pas mourir. De tout ce temps qu’elle avait, elle ne faisait rien. Et puis un jour, elle trouva sur son chemin le garçon aux cheveux blancs. Elle l’enleva. Elle voulait vivre une histoire. Une histoire d’amour et de nuit qui traverserait les siècles..

    Chronique : J'ai toujours le même problème quand un challenge intègre une lecture à thématique vampires : je galère à fond pour trouver un candidat qui me parle franchement, et surtout qui soit hors Urban-Fantasy (kss-kss, ce genre me parle pas du tout !). A force de compulser les listes Babelio, ça fait toutefois deux années que la pioche est assez bonne, d'abord avec Le premier de Nadia Coste et ensuite avec Apostasie de Vincent Tassy. Cette année j'ai eu un peu la flemme et je me suis dit que je risquais rien à remiser sur Vincent Tassy avec Comment le dire à la nuit - grossière erreur, presque abandon et tout le tintouin. Je vais donc pas m'attarder sur cette chronique : parlons peu, parlons bien, parlons lecture (très) moyenne !

    D'habitude je vous concocte un petit résumé du roman pour vous teaser un coup, mais là on va s'en passer parce que ça reviendrait 1) à pas raconter grand chose, et 2) à vous révéler paradoxalement l'entièreté du roman. J'adresse d'ailleurs au passage un big-up au personnel de chez Chat Noir qui a su trouver les mots en quatrième de couverture pour en dire ni plus ni moins que ce qu'il fallait - bravo bravo. Je vais toutefois faire plus court encore : l'information essentielle pour vous décider (ou pas) à sauter le pas, la voici : Comment le dire à la nuit, c'est un roman ultra torturé de vampires en mal d'amour. Voilà. C'est truffé de tournures mystiques en veux-tu en voilà qui parlent certainement à pas mal de lecteurs, mais pas à moi - ou en tout cas pas à mon moi actuel puisque j'avais été plutôt open et séduite avec Apostasie il y a un an. Comme quoi chaque livre c'est une question de moment, et pour moi c'était manifestement pas celui de me frotter aux envolées littéraires un peu lourdes à force de répétitions de Comment le dire à la nuit. Ça a beau être super-stylé, le contemplatif gothique c'était pas ce qu'il me fallait là tout de suite ... surtout quand c'est doublé d'inteeeeeeerminables longueurs (non, je ne résiste pas à la tentation de forcer le "e" tellement c'était lent et contemplatif, désolée).

    En plus des tournures à la Tassy qui font plaisir aux yeux mais un peu mal au crâne (parce que sincèrement; ça a beau être très joli, parfois c'est vraiment too-much voire incompréhensible), j'ai eu un gros blocage avec les personnages. Le roman en compte six :  six déclinaisons du même tableau (sept si on compte Anthelme d'Apostasie qui pour moi est à mettre dans le même panier). Tous en mal d'amour, en mal de vie, en mal de tout. Comprenez-moi bien : ça fait plaiz' d'avoir affaire à des gens qui sont pas tout en sourires colgate, mais ça manque de diversité à l'échelle du roman. En fait après trois cents pages, ça finit pour vous miner grave parce que dans la bande, y en a pas un pour s'accrocher un peu à la vie et y trouver quelque chose de bien - ou les rares fois où c'est le cas, c'est toujours avec une morosité de compèt. En bref ça ne suinte pas la joyeuseté et ça peut être très pesant, d'autant plus si vous traversez une passe tristounette (auquel cas je vous déconseille vraiment de lire du Tassy). Ce qui est chouette par contre, c'est que hormis une folle dingue dont l'histoire finit par expliquer la névrose affective, on n'a ni tout bon ni, tout mauvais personnage. On s'attarde d'ailleurs pas du tout sur le côté pas sympa de boire le sang des amis humains et le sens du carnage de certains comme ça peut être le cas dans les romances vampiriques classiques. Ces écueils là, on les évite, et c'est bien joué.

    Pour peaufiner le tableau, j'ajoute à ça une construction un peu laborieuse au début (voire fouillis le temps que tous les points de vue se rejoignent) et une intrigue assez pauvre alors que question texte, c'est paradoxalement hyper bien fourni. Pour certains le style de Tassy rattrapera le tout et portera le roman à des niveaux stratosphériques, mais moi je suis passée cette fois-ci carrément à côté. Ça n'enlève toutefois rien à la beauté du texte (à petite dose pour moi, vous aurez compris) et à la patte de l'auteur reconnaissable entre mille. Un caractère littéraire aussi fort, ça se salue à défaut de s'apprécier à tous les coups - et je salue d'autant plus que je pense en rester là avec Vincent Tassy.

    Note : 11/20

    7 oct. 2020

    Largo Callahan, tome 1 : six petites gouttes de sang de Michel Robert - Le western spaghetti qui tombe sur l'estomac

     

    Auteur : Michel Robert
    Editeur : Fleuve Noir
    Genre : Fantastique, Western
    Pages : 395 pages (grand format)

    Saga abandonnée

    Résumé : Largo Callahan vit sur le fil, écartelé entre le monde des Apaches et celui des Blancs. Le métis ne connaît qu'une loi, la sienne. Ses passions : les armes, les femmes, et la vengeance, car il a juré d'expédier en enfer les assassins de son père. Avec sa bande de hors-la-loi, il écume l'Ouest, toujours prêt à un mauvais coup, du moment que ça rapporte. Jusqu'au jour où une comtesse italienne, aussi belle que mystérieuse, lui propose une mission dangereuse et bien payée. Largo, ayant cruellement besoin de dollars, accepte. Mais cette aventure va l'entraîner bien plus loin qu'il n'aurait pu l'imaginer. Sur un territoire où le danger n'a rien d'humain.

    Chronique : Bon ben voilà, encore une mauvaise pioche (pas de bol) et cette fois avec un titre de Michel Robert qui n'a pourtant rien à voir sur papier avec ma précédente lecture - c'en est presque à croire qu'en quatre mois de disette livresque je suis devenue une vieille aigrie de la SFFF, en fait. Sauf qu'encore une fois je trouve que ça se justifie pas mal subjectivement parlant, et n'y voyez rien de personnel envers notre ami Michel Robert : La Malerune est avec une poignée d'autres titres francophones l'étrier qui m'a fait grimper vers la Fantasy quand j'étais ado. Seulement les goûts, les couleurs et les attentes, ça change pas mal avec le temps et vu l'eau qui a coulé sous les ponts depuis ma dernière rencontre avec l'auteur, forcément fallait s'attendre à ce que ça dérape un jour - et ce jour il est arrivé en même temps que le premier volet des aventures de Largo Callahan dans ma boîte aux lettres.

    En Amérique, dans l'ouest sauvage des cow-boys, des attaques de train et des brigands encagoulés sévit une bande de malfrats au leader charismatique : Largo Callahan. L'homme est un tireur-né, un pisteur émérite métissé, une brute avec ce qu'il faut de cervelle pour éviter de se faire trouer la peau à tout bout de champs, et il crie vengeance. Vengeance pour son père assassiné sous ses yeux des années auparavant par une troupe de soldats véreux. Mais entre la loyauté du groupe qui lui glisse peu à peu entre les doigts, les guérillas et vendettas personnelles à mener à terme et des liens familiaux à renouer chez les Apaches, Largo est bien en peine de faire des choix. Il faudra pourtant prendre action, mais surtout prendre les armes, pour espérer survivre d'un bout à l'autre du Far West américain où c'est d'abord la poudre qui parle.

    Ah, le grand ouest américain ! Le vent qui fouette la poussière, les chevaux qui galopent après les diligences et les portes de saloon qui claquent : bienvenue quelque part entre le Far West et le Mexique, bienvenue dans le monde de Largo Callahan où on fait semble-t-il d'abord rugir les .44 avant, et où on s'attarde sur les regrettables quiproquos après. Ça sent (presque) bon la sueur et la testostérone, et ce tableau d'Apaches dont on troue la peau avec joie entre deux whisky, Michel Robert l'a construit avec l'enthousiasme d'un grand amoureux de Westerns spaghettis. Le roman est écrit comme pour le cinéma et est très esthétique ; c'est hyper visuel, ça parle à tout le monde et puisque l'auteur adore décrire les tenues, les armes et les chevaux plus que toute autre chose - voire même à outrance (parce qu'après quatre cent pages, ça fatigue un peu quand même de savoir qui porte une chemise en lin bleue et une en coton rouge) - on se représente le moindre grain de poussière et la moindre échauffourée avec pas mal de réalisme. Enfin bon réalisme, c'est vite dit, parce que Largo Callahan il est quand même sacrément futé, mais surtout sacrément trop balèze parfois pour être entièrement crédible... mais comme tout ça s'inscrit dans un contexte de western décomplexé en mode héroïsme viril à gogo, ça passe.

    Question virilité, justement, j'ai trouvé le livre assez indigeste et c'est un gros regret. Culture pop' et contexte historique obligent, quand t'ouvres un Western, tu t'attends pas à avoir un essai sur les droits des femmes ou le guide des relations cordiales entre les deux sexes. Il y a bien ici quelques personnages féminins sympas (dont une chamane indienne et une armurière un peu badass), mais c'est assez vite fait. Globalement Six petites gouttes de sang, c'est des bandes de mecs qui sillonnent la région en se tirant dessus et en s'insultant inventivement, sans que ça claque vraiment dans les dialogues - le ton fait trop forcé. Trop de man et de motherfucker, beaucoup trop de pin-da lik-o-yee-lo (quoi que ça veuille bien dire, on ne l'explique jamais et c'est hyper pénible à lire) et plus globalement, de termes anglais qui m'ont personnellement pourri la narration (pourquoi écrire cold-blooded killers quand on peut juste parler de tueurs à sang froid ? Mais soit). A côté de ça, même si on aborde le roman sous l'angle d'un roman noir (ce qu'il n'est pas), c’est trop blindé d'expressions malvenues pour moi, déjà lues ailleurs mais qui ici tombent  pourtant ultra mal : la femme qui s'empale sur la très généreuse verge rigide du héros, lui qui s'y enfonce jusqu'à la garde ... sérieusement ? Il y a certains récits sombres comme j'aime où ce genre de choses passent parce tout autour est construit en conséquence et que l'atmosphère s'y prête, mais Six petites gouttes de sang en fait pas partie. Le texte est trop souvent maladroit et ça casse l'ambiance.

    D'une opération frauduleuse à l'autre, d'une piste à remonter vers la suivante tel le fin limier moitié Apache-moitié Yankee qu'il est, la vie de Largo est donc faite de poudre et de coups bien juteux. Enfin ça, c'était avant la vague de poisse qui lui tombe dessus. Pour corriger le tir (c'est le cas de le dire), Largo doit laisser sa vendetta personnelle derrière lui après qu'on nous ait pourtant vendu le personnage comme un gars mû exclusivement par son désir de vengeance. Au premier chapitre, tu crois avoir compris : ça va assassiner sec et se faire justice soi-même façon duel au soleil, et on va tirer l'affaire sur plusieurs tomes. Mais non. Pour renflouer les caisses de la bande Largo se lance dans une opération ambitieuse qu'on suit pendant une petite centaine de pages, et plus jamais on causera de vengeance - ce qui me pousse à me demander pourquoi on s'est tant emmerdé à introduire le bazar et à le vendre autant en quatrième de couverture, mais pour la seconde fois dans cette chronique : soit. Après ça notre héros s'en va seul renouer avec ses origines apaches pour une autre centaine de pages, défie un rival d'enfance, déjoue des embuscades musclées, refoule pépère le syndicat de la pègre ... et tombe finalement sur une comtesse en détresse qui lui colle un peu avant la page trois cents une nouvelle mission juteuse dans les pattes - oui, la fameuse quête dont on nous cause en résumé, elle arrive seulement maintenant. Ce genre de démarche éditoriale, ça m'énerve parce que d'un, ça montre que l'éditeur arrive pas vraiment à cerner le bouquin qu'il a monté ; et que de deux ce qu'il en ressort côté lecteur, c'est l'impression qu'il ne se passe finalement rien d'important dans le roman, que tout le monde le savait d'emblée et qu'on est les derniers à le découvrir.

    A partir de là l'aventure prend une tournure fantastique assez intrigante à la Indiana Jones : amulettes, sorcellerie, tombeaux piégés ... mais c'est arrivé bien trop tard pour moi, à une cinquantaine de pages de la fin (!) : j'avais décroché depuis belle lurette. Et bon, quand on en est au quinzième combat par balles du roman, on finit blasé. Si le but c'était donc de donner le goût du western littéraire au public, pour moi c'est raté et c'est un gros regret : je suis demandeuse de lectures dans le genre et le livre me faisait vraiment envie. Un tome suffit toutefois à faire le tour de cette histoire sympa à survoler mais franchement sans plus, et moi j'en resterai là.

    Note : 11/20

    31 août 2020

    Avis en vrac - Choupaille : le come-back !

    Avec une dernière entrée en date du 31 mai, je vous avoue que revenir ici par la petite porte, ça fait mal aux fesses. D'abord parce que toute l'interface Blogger a changé (et les polices d'écriture avec, pardi !), ensuite parce qu'en quatre mois j'en ai pas touché une niveau bouquins, et enfin parce que dans l'intervalle j'ai donné zéro signe de vie - a-t-on déjà vu chroniqueuse aussi malpolie ? moi, je crois pas !

    Mais sans vouloir faire passer mon criant manque de civisme et ma disparition soudaine pour deux broutilles, y a bien une moyennement petite circonstance atténuante à tout ça : une grenouille de la taille d'une papaye qui me pousse dans le bide et renverse totalement la pyramides des priorités ... avec, ces derniers temps, les livres au niveau le plus bas - quelque part à côté de la gestion du blog, du suivi des sorties livresques et de la tenue de la page facebook. Et si enceinte il parait qu'on mange pour deux, je vous garantis qu'avec les bouquins, le raisonnement s'écroule : en boucle dans ma tête c'est le cerveau maternel qui fait la loi, et le cerveau maternel il a dit : "pas le temps pour tes conneries livresques".

    Ceci dit comme toute situation merdique finit par toucher à son terme, j'entrevois avec le mois de septembre un petit halo d'espoir. Septembre, c'est la saison deux du Hold my SFFF Challenge qui démarre, c'est le Pumpkin Autumn Challenge qui re-débarque ; bref c'est la meilleure saison du monde et les défis qui l'accompagnent qui revient faire coucou ... et même dans mon état, impossible de rester de marbre. Je profite donc de ce regain de motivation que j'espère permanent pour un : faire le point sur mon absence ; et deux : vous causer très, très rapidement des lectures du mois de la Fantasy sur lesquelles j'ai fait l'impasse jusqu'ici.

    Les chroniques de l'étrange, tome 1 : les 81 frères de Romain d'Huissier

    J'étais censée lire les trois volumes de la trilogie, j'ai pas pu aller au delà du premier pour les raisons que vous connaissez et c'est finalement bien dommage : de l'Urban Fantasy à Honk-Kong écrite par un auteur francophone aussi plein de ressources et d'humour, ça aurait mérité de s'y arrêter un peu plus longtemps. Johnny Kwan est exorciste : il tape du démon et assiste la police sur les affaires surnaturelles qui lui tombent dessus, et en début de roman c'est pas pour une petite qu'on lui demande consultance. Si Johnny ne déploie pas toutes ses ressources ni le plein potentiel de ses contacts, une antique secte aux origines louche va réveiller un démon plus vieux encore en plein centre ville. Et comme un généreux milliardaire a des billes dans la partie, Johnny, il est motivé à faire du bon boulot et à nettoyer Honk-Kong. Il y a de l'action, des combats surnaturels à base de reliques et de coups de pieds sautés : pour décompresser entre deux gros romans bien costauds, je recommande ... bien que l'intrigue à poursuivre dans le deux soit un poil limpide - on verra si le futur me donne raison !

    Le serment de l'orage, tome 1 de Gabriel Katz

    En tant que petit chouchou des foules livrovores francophones, Grabiel Katz c'est toujours un coup gagnant. Mais non content de déjà plaire à un large public, Gabriel élargit encore plus ses horizons avec une saga étiquetée young adult par Bragelonne : Le Serment de l'Orage - plus un coup marketing destiné à lancer la plus-si-nouvelle collection Big Bang, si vous voulez mon avis. Ce premier tome donc, c'est du léger, mais du très bon léger. On ne s'embarrasse pas de broutilles, le roman démarre sur les chapeaux de roues avec trois jeunes chevaliers sans le sou embauchés par un seigneur qui vient de gagner une châtelerie qu'il ignore être la plus pourrie du royaume. Qu'à cela ne tienne, la petite troupe adore les défis et dans un bel élan type Tous ensemble de Marc Emmanuel, on retape le château ... en réveillant évidemment la présence maléfique qui croupissait dans ses profondeurs. Les accidents s'enchaînent, les disparitions aussi, et un cavalier fantomatique visite les environs. Ce mélange osé de Fantasy très abordable et d'histoires de fantômes auxquelles viennent s'ajouter les griefs juvéniles des uns et des autres, ça m'a botté alors même que j'étais pas dans les meilleures dispositions du monde.

    Calame, tome 1 : les deux visages de Paul Beorn

    Dans la famille Bragelonne, j'ai enchaîné avec un roman qui avait à sa sortie été très bien accueilli par la critique des copains : le premier tome de Calame de Paul Beorn - dont j'avais auparavant adoré Le septième guerriers mage. Mes envies livresques étant déjà en recul lors de ma lecture, j'ai l'impression de ne pas l'avoir savouré à sa juste valeur, même si le moment a été très sympa. On débute le roman alors qu'une révolte touche dramatiquement à sa fin : Darran Dahl et ses rebelles viennent de se prendre un raclée et les survivants sont emprisonnés dans un bastion magique imprenable. Et puisque les vainqueurs ont envie d'écrire l'histoire avec, pour une fois, un certain respect des faits, on envoie le conteur le plus réputé de la cour interroger Maura, le bras droit de Darran Dahl. On parle d'un amour interdit, de droit des femmes, de bandes armées qui raflent les paysannes comme on fauche le blé et d'un guerrier taciturne qui course ces ruffians à travers tout le royaume - avant que tout ça ne dégénère naturellement en soulèvement populaire. Il y a une note de Druss la Légende de David Gemmell là dedans et un système magique hyper intelligent où l'inné et l'acquis s'opposent. Avec ces deux atouts, la suite s'annonce pleine de surprises ... c'est du moins ce que laissent présager la fin et son cliff-hanger un peu prévisible, mais efficace !

    Et parce que le blog a vocation à traiter de l'Imaginaire, je vous fais grâce des livres que j'ai lus dans le cadre de ma grossesse - trop sympa, je sais. J'espère de tout cœur poursuivre sur cette petite lancée et pas vous laisser en plan pour encore quatre mois. On croise les doigts, ma lecture actuelle va peut-être me permettre de remonter en selle ! D'ici là je vous souhaite à tous de belles lectures SFFF.

    12 avr. 2020

    Les montagnes hallucinées, tome 1 de H. P. Lovecraft et F. Baranger – La vérité toute nue sur l'expédition du professeur Dryer


    Auteur : H. P. Lovecraft
    Illustrateur : F. Baranger
    Genre : Fantastique, horreur
    Éditeur : Bragelonne
    Pages : 64 (album)

    Lu dans le cadre du « Hold my SFFF Challenge »

    Résumé : « Corona Mundi... Toit du Monde... Toutes sortes de formules fantastiques nous vinrent aux lèvres tandis que nous contemplions, depuis notre point d'observation vertigineux, l'incroyable spectacle. » Arkham, 1933. Le professeur Dyer, éminent géologue, apprend qu'une expédition scientifique partira bientôt pour l'Antarctique avec pour ambition de suivre les traces de celle qu'il avait lui-même dirigée en 1931. Dans l'espoir de dissuader cette tentative, Dyer décide de faire un récit complet des tragiques événements auxquels il survécut, cette fois sans omettre les passages qu'il avait écartés à son retour, de peur d'être pris pour un fou. Deux ans plus tôt, les navires affrétés par l'université Miskatonic avaient accosté le continent glacé au début de l'été austral, et le contingent de quatre professeurs et seize étudiants s'était mis aussitôt au travail. Les premiers résultats ne s'étaient pas fait attendre et le biologiste de l'expédition, le professeur Lake, était parti de son côté avec plusieurs membres de l'équipe afin de suivre une piste fossilifère prometteuse. Au bout de quelques jours à peine, il avait annoncé par radio avoir découvert de stupéfiants spécimens d'une espèce inconnue, extraordinairement ancienne, avant de cesser toute communication après une terrible tempête. Pressentant le pire, Dyer s'était porté à leur secours le jour suivant. Ce qu'il avait découvert sur place dépassait ses craintes les plus folles... 

    27 déc. 2019

    La maison hantée de Shirley Jackson - Courants d'air et portes qui claquent

    Auteur : Shirley Jackson
    Éditeur : Rivages
    Genre : Fantastique, Horreur
    Pages : 270 pages (format poche)

    Résumé : Hill House est une immense et lugubre résidence, construite au XIX ème siècle par le richissime industriel Hugh Crain. C'est une monstruosité architecturale, née d'un esprit torturé qui la souhaita à son image : labyrinthique, ténébreuse et pleine de lourds et terribles secrets. On la dit hantée, maléfique. Un chercheur fasciné par les phénomènes paranormaux a réuni dans la vieille demeure trois sujets, dont la personnalité lui paraît propre à susciter des manifestations surnaturelles, pour vérifier si Hill House et ses fantômes sont à la hauteur de leur réputation. Le cauchemar peut commencer...

    24 nov. 2019

    Le Nibelung, tome 1 : le Carnaval aux corbeaux d'Anthelme Hauchecorne et Loïc Canavaggia - Barbes à papa ectoplasmiques pour marmaille cataclysmique

    Auteur : Anthelme Hauchecorne
    Illustrateur : Loïc Canavaggia
    Éditeur : Chat Noir
    Genre : Fantastique, Horreur, Jeunesse
    Pages :  320 pages (grand format)

    Lu dans le cadre du « Pumpkin Autumn Challenge »

    Ludwig grandit à Rabenheim, un petit bourg en apparence banal. Claquemuré dans sa chambre, il s’adonne au spiritisme. À l’aide d’une radio cabossée, il lance des appels vers l’au-delà, en vue de contacter son père disparu. Jusqu’à présent, nul ne lui a répondu… Avant ce curieux jour d’octobre. Hasard ? Coïncidence ? La veille de la Toussaint, une inquiétante fête foraine s’installe en ville. Ses propriétaires, Alberich, le nabot bavard, et Fritz Frost, le géant gelé, en savent long au sujet du garçon. Des épreuves attendent Ludwig. Elles seront le prix à payer pour découvrir l’héritage de son père. À la lisière du monde des esprits, l’adolescent hésite… Saura-t-il percer les mystères de l’Abracadabrantesque Carnaval ?