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  • 22 avr. 2020

    Futu.re de Dmitry Glukhovsky - Dystopie controversée, régal assumé

    Auteur : Dmitry Glukhovsky
    Editeur : J'ai lu
    Genre : Science-fiction, dystopie
    Pages : 960 (format poche)

    Lu dans le cadre du « Hold my SFFF Challenge »


    Résumé : Dans un avenir pas si lointain, l'humanité a su manipuler son génome pour stopper le processus de vieillissement et jouir ainsi d'une forme d'immortalité. L'Europe, devenue une gigapole hérissée de gratte-ciel où s'entasse l'ensemble de la population, fait figure d'utopie car la vie y est sacrée et la politique de contrôle démographique raisonnée. La loi du Choix prône que tout couple qui souhaite avoir un enfant doit déclarer la grossesse à l'Etat et désigner le parent qui devra accepter l'injection d'un accélérateur métabolique, lequel provoquera son décès à plus ou moins brève échéance. Une mort pour la vie, c'est le prix de l'Etat providence européen. Matricule 717 est un membre de la Phalange qui débusque les contrevenants. Il vit dans un cube miteux de deux mètres d'arête et se contente du boulot de bras droit d'un commandant de groupe d'intervention. Un jour, pourtant, le destin semble lui sourire quand un sénateur lui propose un travail en sous-main : éliminer un activiste du parti de la Vie, farouche opposant à la loi du Choix et au parti de l'Immortalité, qui menace de briser un statu quo séculaire.



    Chronique : Après deux mois hauts en couleurs à peindre, plâtrer et écumer sans relâche les magasins de bricolage, j’ai pris du retard sur pas mal de petits objectifs livresques persos. Si vous suivez un peu le blog vous savez que parmi mes préférés, il y a le Hold my SFFF Challenge sur lequel j’ai dû faire l’impasse à grands regrets trois mois de suite. Qu’à cela ne tienne, Choupaille c’est pas du genre à renoncer : ce mois-ci je me suis mis en tête de rattraper mon retard … et après moultes lectures au top, il ne me restait plus qu’à rayer la dystopie de ma liste. Aujourd’hui c’est chose faite puisque je sors (pas indemne, mais je crois que le bouquin fait cet effet là à tout le monde) de ma lecture de Futu.re de Dmitry Glukhovsky – mon premier auteur russe, yes ! Un livre dur et très controversé sur le net, qui pèse neuf cents pages de pur effroi dystopique : y a pas à dire, avec ça je suis pile dans le thème et j’ai même réussi à passer du bon temps.

    2454. L’humanité a trouvé un remède à la vieillesse. Désormais l’immortalité est la norme et la mort une erreur de parcours. Pour lutter contre la surpopulation tout en garantissant à chacun de ses cent vingt milliards de citoyens son droit à défier la nature, l’Europe contrôle sévèrement les naissances : à l’annonce d’une grossesse, un accélérateur de vieillissement est injecté à l’un des deux parents – c’est la loi du Choix. Jan est un Immortel : un soldat d’élite lancé à la trousse des contrevenants. Le député Erich Schreyder lui offre une promotion fulgurante à la condition de débusquer et d’éliminer un terroriste aux idéologies rétrogrades ainsi que sa compagne illégalement enceinte. Sur place, la situation dérape. L’homme prend la fuite et Jan doit se débarrasser de la fille malmenée par son équipe. Mais rien n’est plus simple, désormais : Jan pressent qu’on l’utilise pour un dessein plus grand que lui, et s’attache contre toute attente à sa captive ...

    Quand on furète sur le net à la recherche d’avis sur Futu.re, on constate deux choses. La première c’est que le livre n’a pas des masses de lecteurs (et c’est franchement dommage, notez bien) ; et la deuxième c’est que soit on accroche direct, soit on abandonne après cinquante pages en hurlant misogynie, haine des femmes et « brûlez l’auteur sur le bûcher ! » à pleins poumons. Vous vous en doutez, je fais partie de ceux qui sont allés au bout, et malgré le vif dégoût et la colère que le livre a souvent suscité chez moi, j’ai aucun regret. Parce que justement, tout la force de Futu.re, c’est les émotions violentes qui en ressortent et qui vous brûlent de l’intérieur – sur la question de la femme notamment, mais ça on y reviendra. Avertissement : la lecture de Futu.re n’est pas facile et mieux vaut être au top de sa forme mentale pour s’y plonger, ce qui je pense relègue définitivement ce livre à la catégorie adulte ++.


    Explications.
    Dans Futu .re, Dmitry Glukhovsky a fait le choix de refuser les étoiles aux Hommes. La conquête spatiale a échoué et l’humanité s’est résignée : s’il y a un avenir, il est sur Terre. L’Europe déborde littéralement de monde au point d’être devenue une gigapole monstrueuse de cent vingt milliards d’habitants immortels. Toute destination est à portée de main, on fait l’aller-retour Bruxelles-Bracelone en deux heures comme on si on sautait d’un pâté de maisons à un autre … et en un sens c’est vraiment le cas. Les citoyens chanceux sont parqués dans des appartements de deux mètres sur deux empilés dans des tours aux dimensions colossales surclassant les nuages. Pour les moins chanceux, c’est les favelas au pied des tours. Le Monde est bondé, saturé et rappelle beaucoup celui d’Altered Carbon de Richard Morgan : trop de gens, trop de tours, trop d’artifices technologiques destinés à occuper l’humanité immortelle. Ici l’ambiance est étouffante et l’Europe écrasante : on vit à l’étroit et quand Jan dit se sentir oppressé, impossible de faire la sourde oreille et de pas partager le malaise. Futu.re, c’est un roman immersif qu’on vit avec son héro.
    Mais une population qui ne craint pas la mort, ça consomme. Ça demande de la nourriture, de l’eau, de l’énergie, de l’espace. Quatre ressources limitées dont on est pratiquement arrivés à bout en 2454. Conséquence : la société européenne vit dans le contrôle… et notamment celui des naissances. Une vie pour une vie : avoir un enfant condamne l’un des parents, telle est la loi du Choix - inutile donc de préciser que ça se bouscule pas au portillon de la parentalité, vous aurez compris. Dans un monde où mourir est anormal, vieillir est une grave et malaisante erreur de parcours. Avoir un enfant, pour quoi faire ? Fort de la certitude d’être toujours là d’ici cent ans, on préfère profiter de son temps infini pour faire la fête, baiser dans tous les coins, vivre dans l’insouciance avec le peu de mou que laisse gracieusement le gouvernement - mais à qui ça importe ? Tout ce que les tours ne peuvent apporter, on l’avale en dizaines de cachetons réparateurs : tablettes de bonheur, de destin, de sérénité et hop ! en une dose les soucis s’envolent ! Ca, c’est le rêve européen : le droit à l’immortalité pour tous ... et le retour à la mortalité pour les marginaux qui décident de procréer.  Et cette fois on n’a même pas l’excuse de se dire que ça se passe ailleurs pour se dédouaner : l’Europe, c’est la maison, et j’ai beau la trouver hideuse entre les mains de Dmitry Glukhovsky, j’aime ce qu’il en a fait et les nombreuses thématiques qu’il traite tout autour - dont notamment celle des réfugiés rassemblés dans le cloaque barcelonais. 
    C’est moins étonnant qu’il n’y paraît quand on y réfléchit et que Glukhovsky est là pour éclairer le chemin devant nous, mais là-dedans à peu près tout le monde se satisfait de son sort. Rien de difficile : imaginez pouvoir tout remettre constamment à demain, pouvoir vous y mettre “plus tard” pour être celui que vous voulez être - parce que l’immortalité assure les arrières. Alors on profite de l’instant présent sans rien construire pour demain, parce qu’il y aura toujours un demain (la procrastination ultime). Rien n’est toutefois perdu : certains idéalistes s’insurgent dans l’ombre. S’ils ne prônent pas nécessairement un retour à la mortalité, ils exigent au moins le droit de concevoir sans avoir à en crever - littéralement - et c’est après le leader populaire Jesus Rocamora qu’un député blasé lance Jan. Jan, c’est pas un tendre - vraiment, vraiment pas. C’est un enfoiré, un gars intraitable et violent qu’on a formaté sur mesure pour les opérations ingrates : débusquer les contrevenants, tirer un nourrisson illégal des bras de sa mère, injecter la dame au passage et y aller franco sur les noms d’oiseaux (quand on ne lui demande pas un petit extra : éliminer un adversaire politique, par exemple). Dans Futu.re une grossesse tue, c’est un crime, et en bon fonctionnaire de l’etat Jan y va avec zèle pour mater les hors-la-loi - souvent des mères, souvent des femmes. Et c’est pas des scènes jolies-jolies à voir, donc laissez-moi vous déconseiller  ce roman si vous êtes du genre fleur bleue. 
    Mais attention, attention, derrière le salaud de classe internationale, Jan c’est aussi un gamin que le système a brisé et haché menu. Sa haine viscérale des femmes et des enfants, elle vient de sa propre condition (on ne tarde pas trop à découvrir pourquoi : bon point) et de sa rancœur personnelle envers sa génitrice - un genre d’amour-haine hyper bordeline exceptionnellement bien rendu. Le personnage est très convaincant, il est réaliste et merde quoi, il en impose ! Alors oui, Jan n’y va pas de main morte avec la gente féminine. Il y a des mots, des intentions et des actes difficilement pardonnables et certains (majoritairement certaines), en ont jeté le livre au feu après cent pages : parce que viol, parce que violence, parce que gros vilain auteur semble glorifier la haine des femmes. Un peu de recul, pardi ! Réduire un roman et un auteur à leur héro (et dans ce cas-ci, à leur anti-héro) sans même dépasser le troisième chapitre alors que tous les voyants d’une évolution grandiose clignotent vert fluo, c’est absurde. D’abord parce qu’il ne faut pas oublier le contexte de Futu.re (on est quand même dans une société dystopique extrême qui annonce clairement la couleur : les enfants, personne de sain n’en veut plus et les mères clandestines sont traquées comme des criminelles envers l’humanité) et ensuite parce que Jan a le bagage parfait pour expliquer la souffrance qu’il inflige à autrui …. du moins jusqu’à sa rencontre avec la douce Annelie.

    Annelie, c’est le second personnage clé de Futu.re, la petite touche de douceur dans un monde de brutes épaisses (et croyez-moi, sur le moment on se jette sur tout ce qu'il y a de bon à prendre !). Elle est le point de départ de la métamorphose difficile et spectaculaire de Jan : un véritable sevrage dont on témoigne des suées pendant les huit cents pages qui suivent la grosse intro. Glukhovsky retourne alors sa veste : s'il a introduit un enfoiré c'est pour mieux le tabasser d’expériences de vie nouvelles et lui remettre la tête bien en place. Ça prend du temps, c’est pas parfait, mais au passage on a droit nous aussi à plusieurs leçons de vie. Partir d’un petit con politiquement correct et taillé pour ne heurter personne n'aurait pas eu le même effet sur moi que Jan ; la leçon aurait été tronquée et le livre carrément plat. Bref Futu.re bascule lentement du bon côté de la balance, et rester sur le seuil sous prétexte qu'on n'aime pas ce qu'on voit dans le vestibule, c'est passer à côté de la casa du siècle - promis, celle-là elle fait pas deux mètres sur deux : on est sur quelque chose de beaucoup plus ambitieux.
    Allez, maintenant que je vous ai vendu le roman et que je l'ai défendu, je peux vous toucher sans culpabiliser deux-trois mots au sujet de ce qui m'a chiffonné : c'est sombre. La vache que c'est sombre ! La lumineuse Annelie et une certaine famille Hindou mises à part, y a pas des masses d'échappatoires positives dans Futu.re. Il y a de l'humour bien noir et des vannes en aparté qui tombent juste (merci la narration à la première personne rondement menée), mais ça reste pas joyeux-joyeux. Autant être honnête : ce livre je l'aurais dévoré si je n'avais pas senti qu'il me faudrait une semaine pour m'en remettre après ... à moins d'enchaîner sur du loufoque, mais ça j'ai plus en stock. Donc j'y suis allée pépère et si le voyage n'a pas été de tout repos, il a été hyper enrichissant : de quoi me décider à miser sur la dystopie bien plus souvent. J'ai quelques titres en tête (notamment Les furtifs de Damasio auquel il faut toujours que je me colle), mais si vous avez des recommandations, ça intéresse Choupaille ! Pour le reste je regrette également quelques transitions pas évidentes à cerner entre l'enfance de Jan et son existence présente, mais rien de très méchant. Avec tout ce bla-bla vous êtes avertis : moi je vous recommande Futu.re, mais surtout si vous avez le cœur solide.


    Note : 16/20

    Date : 10 avril 2020 - 20 avril 2020

    10 commentaires:

    1. Effectivement, j'avais souvent vu des avis assez négatifs sur ce livre (idem pour sa trilogie Metro, me semble-t-il) à cause de l'aspect misogyne, ce qui avait relégué ce titre loin des priorités. Cependant, ton avis me laisse penser que je pourrais bien lui accorder une chance !

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      1. Je pense justement ajouter Metro à ma PAL : avec ce que j'ai vu de Futu.re, je t'avoue que je suis curieuse plutôt que rebutée de découvrir les autres écrits de cet auteur ! Comme je le dis plus bas à Nephtys, on voit finalement de tout question avis. Je crois que le mieux c'est encore de tenter l'aventure pour soi ... et s'il ne te plait pas, je te garantis que tu le saura tout de suite !

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    2. J'avais lu pas mal d'avis négatifs sur les livres de cet auteur, surtout pour la misogynie récurrente chez les personnages, mais ton avis contrebalance mes certitudes. Du coup je me pencherai sans doute dessus un jour pour voir si ça passe ou non !
      J'ai le premier tome de Metro dans ma PAL, je suis également curieuse de voir ce que ça donne.

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      1. En furetant un peu plus je me rends compte que les retours sur Futu.re varient pas mal selon les plateformes : sur Livraddict on trouve pas mal d'avis salés alors que sur Babelio, on a plutôt des lecteurs convaincus et les bonnes notes qui vont avec. Ça rejoint finalement ce que je dis à mi-mot dans le chronique : je pense que Futu.re est un roman à ne pas mettre dans toutes les mains.
        Ceci dit j'espère que quand il sera dans les tiennes, cette horrible version dystopique de l'Europe te plaira :-) !

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    3. Intriguant ! J'ai d'abord Metro2033 qui est dans ma pal à lire.
      Après, avec ce que tu dis de celui-ci, je sais pas si j'y arriverai, tout dépendra de l'écriture je pense, mais le sujet est intéressant.

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      1. Un de ces quatre je compte justement me lancer dans Metro2033. Je te ferai signe :-) !

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    4. Je suis curieuse, la couverture m'a toujours intriguée, ça fait un moment que je le voyais ce roman. Mais j'ai jamais été plus loin que la couverture, j'ai même pas vu d'avis dessus ni le résumé. Du coup, je suis contente d'avoir ton retour, ça m'intrigue énormément et j'espère pouvoir le lire un de ces jours !

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      1. C'est vrai qu'elle est intrigante, cette couverture ! Très minimaliste et pourtant tu verras, ça fit bien avec le contenu "glaçant" ^-^

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    5. J'étais tombée dessus y a une paye maintenant (je crois que c'était grâce aux lectures du monstre), et j'avais complètement oublié qu'il était dans ma wishlist ! De ce fait je suis bien contente d'être tombée par hasard sur ta chronique, comme ça j'ai pu me faire une meilleure idée puisque je n'avais pas été chercher d'avis à ce sujet. Il ne sera assurément pas pour de suite, mais je pense donner un jour une chance à cette sombre pavasse. En général je ne suis pas trop SF et dystopie (enfin, j'en ai très très peu lu mais j'apprécie plutôt ça quand même) mais y a quelque chose de véritablement glauque qui m'appelle dedans. Cela dit je suis bien contente de prendre bien en avance du recul sur la dite misogynie, je pense que j'aurais quand même replacé le fait que justement une dystopie et que ça influe beaucoup sur l traitement, mais il suffit de le lire au mauvais moment pour être sur les chapeaux de roues et bloquer suite à ça, donc merci pour cette chronique !
      (et clairement, j'adore la manière dont tu écris tes avis, voilà, c'est un plaisir à lire)

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      1. "Sombre pavasse" : deux mots HYPER bien choisis pour résumer Futu.re ^-^ ! N'hésite pas à me faire signe quand tu le commences, ton avis m'intéresse et je croise les doigts pour que tu l'attaques au bon moment - c'est toujours délicat, surtout avec ce genre de roman !
        Merci d'être passée par ici, et MILLE mercis pour ton compliment *.* ! A très bientôt j'espère !

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