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    26 oct. 2022

    Le Fou et l'Assassin de Robin Hobb - Flétribois, domaine de l'ennui

     

    Auteur  : Robin Hobb
    Editeur : Pygmalion
    Genre : Fantasy
    Pages : 768 pages (grand format)

    Résumé : FitzChevalerie Loinvoyant, bâtard de la famille régnante des Six-Duchés et assassin royal à la retraite, a quitté la cour et ses intrigues pour couler des jours paisibles dans sa demeure de Flétribois. Aux yeux du monde, Fitz est mort et enterré. Loin du roi et de ses basses besognes, celui qui vit désormais sous le nom de Tom Blaireau profite néanmoins d'une vie respectable de propriétaire terrien, marié à son amour de jeunesse, Molly. Bien qu'il soit hanté par l'absence de son ami le Fou, dont il n'a plus de nouvelles depuis bientôt dix ans, et la disparition de son loup, Œil-de-Nuit, les vicissitudes du quotidien ont relégué le Prophète blanc et son compagnon de Vif au rang de souvenirs. Jusqu'au jour où de pales inconnus arrivent sur ses terres et menacent le bien-être des siens...

    Saga abandonnée - hé oui !

    Mon avis : Comme beaucoup de lecteurs Fantasy je suis passée par une grosse phase Robin Hobb. Je l’ai découverte à vingt ans et ses romans me rappellent toujours cette période incroyable entre guindailles, études et bouquins. Allez savoir pourquoi j’ai tardé à me lancer sur l’épilogue en 3 tomes de L’assassin royal : Le Fou et l’Assassin. Chance pour moi, avec le temps les 6 tomes en VF ont été réunis en 3 intégrales qui respectent la partition de la VO (car oui en 2022 on charcute toujours les VO) ; c'est sous ce format de grosse briquasse que j'ai repris l'aventure "Fitz". J’avais vraiment hâte de retrouver la magie Hobb et de renouer avec ses personnages comme avec de vieux amis, mais sans y aller par quatre chemins ça a été un énorme flop. Le Fou et l’Assassin est la suite fan-service de l'AR, et je ne comprends pas ce qui a motivé Robin Hobb à l'écrire.

    Alors, prêts à plonger dans les eaux glacées de ma frustration ?

    Fitz Chevalerie Loinvoyant est mort.
    Tom Blaireau se la coule douce à Flétribois avec sa Dame Molly, sa fille Ortie et ses beaux-enfants. La vie au domaine est douce bien qu’il manque à Tom la présence de ses deux meilleurs amis. Ce n’est pourtant pas faute au Fou disparu d’essayer d’entrer en contact avec Tom, mais hélas la vie de dotaire a émoussé les sens de l'Assassin qui loupe systématiquement toute tentative de contact. Son instinct lui fait d’ailleurs encore défaut quand Molly donne naissance à une petite fille dans la surprise générale et dans des circonstances inhabituelles. L’étrangeté de la gamine est flagrante et Tom s’emploie (difficilement) à devenir un père aimant. Il lui faudra toutefois renouer avec son passé si il souhaite préserver sa fille des dangers qui rôdent en dehors et en dedans de Flétribois... et retrouver un ami depuis trop longtemps perdu.
     
    J’ai essayé de vous faire un résumé consistant et sans spoil, mais rien qu’avec ces quelques lignes je vous ai grosso modo dévoilé la première longue moitié du bouquin. Je vous arrête tout de suite, je ne suis pas coupable ! (hé non) car on touche là au principal problème de cette suite : il ne se passe strictement rien ! La vie à Flétribois est ennuyeuse, les scènes inutiles se succèdent et tirent en longueur un roman qui aurait facilement pu faire la moitié de sa taille seulementDes petits triggers intéressants popent à gauche à droite comme pour venir cravacher la vieille carcasse de ce livre monotone ; des traces de pas mystérieuses dans la neige, une messagère pourchassée et mourante, un rêve prémonitoire un peu dingue, mais rien de concret ne bouscule l'intrigue. Je suis familière de l'autrice et de ses histoires plutôt indolentes au démarrage, mais là vraiment c'est trop.  Au lieu d'une nouvelle aventure dans les Six-Duchés pleine de vie et d'émotions, j'ai assisté aux disputes familiales Loinvoyant, aux commérages domestiques et à la paternité pathétique de Fitz.

    Les cinquante premières pages sont pourtant bourrées de promesses. Le récit commence super bien avec une invitée disparue en pleine réception d'hiver et dont on ne retrouve que des traces sanguinolentes. Fitz conte sa propre histoire au passé, avec le recul du narrateur qui sait où il a merdé (au moins peut-on lui décerner le prix de la lucidité). Dès le début on sait donc que le Fou est vivant et qu'il tente de se frayer un chemin jusqu'à Fitz, et dès le début on témoigne de l'incapacité du bâtard Loinvoyant à décrypter les évidences. Quel énervement ! Et j'ai un jour apprécié ce héro neu-neu, vraiment ? Parce que qu'on se le dise : quand on a vécu une vie comme la sienne, on est censé savoir que les coïncidences n'en sont jamais. Même au fond d'un domaine paisible, après ses aventures dingues dans l'Assassin royal (AR), Fitz doit savoir que le hasard n'existe pas. Qu'il s'empâte et s'encroûte, okay. Qu'il cède à la mélancolie, okay. Mais pas ça, ça ne colle pas. Je ne comprends pas ce choix de le faire tourner autour du pot pendant six cent pages. Ce n'est pas raccord avec le personnage du tout. 

    Et parlons parentalité deux secondes : pour un gars qui s'est si longuement lamenté de son absence aux côté d'Ortie (et qui s'en lamente toujours à plusieurs reprises), je m'attendais à découvrir un Fitz transformé par sa paternité nouvelle. Hé non, c'est un père claqué au sol ; appelez les services sociaux, il n'est même pas au courant qu'un enfant doit être habillé, lavé et occupé ~ hé bon, sans vouloir instrumentaliser la Fantasy et y caser de force des questions de société, ça aurait pu être sympa de dépeindre un père capable plutôt qu'un énième assisté sans esprit d'initiative. Je ne demande pas un père solo exemplaire, mais là vraiment tant d'incapacité me sidère ...

    Je vois venir les défenseurs de Fitz : non, le décès d'êtres chers n'est pas une excuse. Y a marre de ce personnage qui ne cesse de se lamenter, l'occasion était justement là d'en faire (enfin) autre chose !

    Quant aux autres protagonistes, tous ont été décevants. Je les ai trouvés figés dans les mêmes insupportables défauts qu'il y a vingt ans, sans volonté de les faire évoluer. Fitz est toujours centré sur lui-même, comme à son habitude occupé à broyer du noir et ressasser le passé. Molly incarne la femme telle que je déteste la voir écrite, à porter son couple, sa famille et son domaine à bout de bras comme si c'était là sa juste place. La famille Loinvoyant est d'une fausseté odieuse, et la petite Abeille un reboot du jeune FitzChevalerie dans l'AR : une gamine taciturne et asociale aux capacités latentes. Je n'en reviens pas qu'après vingt ans Robin Hobb n'ait pas cherché à amorcer la moindre petite évolution.

    Et juste pour la pertinence (parce que ça m'a titillée toute ma lecture), faudra aussi arrêter de légitimer les batârds Loinvoyant dans un Royaume où, par définition, ils ne devraient avoir le droit que de se faire oublier dans un coin de la Cour. Qu'on m'explique ce que le sacro-saint sang Loinvoyant a de si spécial, s'il vous plaît.

    La conclusion n'est pas surprenante et le cliff-hanger final insuffisant pour me donner envie de poursuivre dans un second tome qui partagera certainement tous les défauts du premier (avec sans doute une petite touche de romance ambiguë et platonique Fou/Fitz). J'ai lu beaucoup de livres : j'en ai adoré, j'en ai détesté, mais je crois que c'est la première fois que je regrette vraiment d'en avoir lu un. On ne m'enlèvera pas de la tête que les Six-Duchés se portaient mieux sans lui ; ce livre a bousillé le souvenir que j'avais de cette histoire incroyable et de la fin parfaite de son treizième tome - une fin ouverte qui se tenait très bien toute seule. Sitôt terminé, sitôt revendu.

    23 mars 2022

    Le peuple de l'air, tome 1 : le prince cruel de Holly Black - Pourquoi j'aime pas la YA.

     

    Auteur : Holly Black
    Editeur : Rageot
    Genre : Fantasy, Young Adult
    Pages : 531 pages (grand format)

    RésuméJude a 17 ans et vit à la Haute Cour de Domelfe dans le royaume de Terrafæ. Enlevée au monde des mortels lorsqu’elle n’était qu’une enfant et élevée avec ses sœurs parmi les puissants, elle a appris à se protéger des sortilèges et à se battre à l’épée. Pourtant, elle subit jour après jour les moqueries et les insultes. Car elle n’est qu’une humaine, vouée à la mort, dans un monde où règnent les Fæs, créatures sublimes, immortelles… et cruelles. Personne ne la hait plus que le Prince Cardan. Le plus jeune des héritiers de la couronne semble décidé à lui nuire. Jusqu’à la tuer ? Mais Jude, elle, est prête à tout pour gagner sa place à la cour et reprendre le pouvoir sur sa vie.

    Saga abandonnée - au revoir, merci !

    Mon avis : Allez savoir ce qui me prend, ce soir c'est deux chroniques pour le prix d'une ! Et comme j'ai surkiffé ma lecture précédente, je suis survoltée à l'idée de vous parler de celle du Prince cruel de Holly Black ... que pour le coup j'ai détesté, mais avec le sourire (oui, parce qu'en fait avec le recul, j'ai trouvé ça tellement mauvais que ça me fait rire encore maintenant). Les rageux convaincus, les défenseurs de Jude, de Cardan et de Holly feront donc mieux de quitter ce blog, à moins d'être dans un mood "open-minded". Voilà.

    Avant de revenir sur cette lecture, quelques mots sur son contexte : après ma lecture de Il était deux fois de Franck Thilliez (un thriller ultra-glaçant) je me suis calée une relecture des deux premiers tomes d'ACOTAR (de la romance New Adult croisée avec de la Fantasy). Reboostée par le sex-appeal de Rhysand, je me suis sentie pousser des ailes et j'ai cru que ce serait une bonne idée d'embrayer sur un roman tout autant plebiscité: Le prince cruel de Holly Black. Une erreur que j'ai vue venir de loin (déjà parce que je sais que Rageot publie surtout des romances YA, or je ne supporte pas ça) mais que je n'ai pas pu m'empêcher de commettre, ce qui rajoute un peu de drôlerie à l'histoire de ce crash annoncé.

    Les reviews Youtube pêchées au hasard vendent un univers hyper profond. Heu non, moi pas d'accord. Nous agiter sous le nez dès que l'occasion se présente (et elle se présente à chaque foutu chapitre) des noms de lieux-dits magiques et des représentants de chaque espèce du petit peuple en veux-tu en voilà, c'est pas de la profondeur : c'est de l'étalage unidimensionnel. Ça souligne au contraire la platitude crasse et la pauvreté de cet univers dont on n'explore vraiment quedalle. Ajoutez à ça une obsession de l'autrice pour les coupes de cheveux fantaisies, et vous m'avez définitivement perdue.

    En second on m'a aussi vendu une narration simple mais poétique. Va pour la simplicité, le texte se lit bien. Pour la poésie par contre, je cherche toujours. A défaut de jolies tournures, ce que j'ai trouvé en revanche c'est une narration à la première personne infantilisante à en mourir. Jude, l'héroïne et narratrice, a dix-sept ans et raconte son histoire à l'écrit comme elle le ferait à l'oral à ses meilleures copines (qu'elle n'a pas). Par exemple elle se réfère constamment à sa soeur Vivienne en tant que "Vivi", à sa mère en tant que "maman" (entre autres) et si c'est mignon au début parce qu'elle a sept ans quand commence l'histoire sur un double homocide, dix ans plus tard j'ai simplement trouvé ça insupportable. Le lecteur est directement pris à partie par Jude quelques fois sans raison (c'est hyper inesthétique), et les dialogues tombent pour la plupart à plat, comme celui-ci au dénouement qui m'a sérieusement bidonnée : 

    - A quoi t'attendais-tu en te présentant ici ? (...) Tu aurais pu obtenir tout ce que tu désirais, mais à présent tu n'auras rien.
    - Tu crois vraiment que je vais t'exposer mon plan en détail ? Assez discuté, c'est le moment de s'affronter !

    Comme dirait Yugi dans Yu-Gi-Oh : c'est l'heure du duel, hein !

    L'intrigue était supposée être mouvementée et je donne raison à ce qui se dit sur ce point. Le prince cruel est un récit qui bouge beaucoup. Sans doute trop en fait dans la mesure où l'intrigue n'est pas  soutenue par un univers dense, une écriture et une troupe de protagonistes suffisamment costauds. Ça fait fouillis, tout est précipité et peu plausible, et même les motivations de Jude à devenir chevalier sont bancales - elle a dix-sept ans, elle est humaine dans un monde de faës surpuissants et demande cash à un prince à rejoindre ses chevaliers parce qu'elle est pas trop mauvaise en escrime. Sérieusement ? D'accord il faut créer des héroïnes badass pour inspirer la jeunesse, mais on ne se pêche pas un titre de chevalier comme on tire le gros lot à une fête foraine, que je sache ? Le tiers du récit devient intéressant quand Jude rejoint la fine équipe d'espionnage du prince Dain pour l'aider à gagner la course à la couronne contre son aîné Balekin. Les motivations du prince à la recrutrer sont plausibles et la situation délicate dans laquelle ça la place est sympathique à suivre. La suite manquera par contre de réalisme voire virera dans le pure cliché.

    Et tant qu'on est dans les personnages, un petit ménage ne serait pas du luxe : la jumelle de Jude, Taryn, ne sert strictement à rien - c'était juste classe de dire que l'héroïne a une jumelle, et c'est un levier narratif pratique. La clique de Cardan qui mène la vie dure à Jude passe encore (j'ai bien aimé le personnage détestable de Nicasia que je devine un peu complexe), la sœur Vivienne mi-faë mi-humaine est juste là pour faire le pont avec le monde des humains et justifier quelques virées shopping au centre commercial : tampons et culottes à pois en promo. Wait, WHAT ? ~ je vous jure que ça arrive vraiment dans le roman et que j'ai rien compris à ce que ça fichait là. Le seul protagoniste bien fichu c'est Cardan, notamment grâce à une scène en particulier qui creuse un peu le personnage. On s'attend par contre à le trouver royal et cruel mais c'est "juste" un bully puérile. Il envoie de la terre sur les tartines de Jude, lui tire sa tresse, la jette à la flotte avec les nixes et lui ordonne de baiser son pied sous GHB féérique. Tant de cruauté que je n'en dors plus la nuit !

    Attention petit disclaimer : la trame du livre romance des faits de harcèlement moral et physique. Okay Cardan n'est pas crédible dans son rôle de harcelleur, okay Jude l'est encore moins dans celui de victime, okay énormément de romances ennemies-to-lovers surfent sur cette vague haine/amour, mais si la chose est rédibitoire pour vous, passez votre chemin.

    Je revends sans regret mon exemplaire et je laisse la suite à d'autres. Y a rien à faire, la YA, ça passe pas ici.

    9 nov. 2019

    Les abandons - Octobre 2019 : Les Faucons de Raverra de Mélissa Caruso

    Lu dans le cadre du « Féminibooks Challenge »

    Abandonner un livre, j'aime vraiment pas ça. Après des années passées à courir après les avis de confiance, les éditeurs et auteurs avec lesquels ça match pratiquement à tous les coups, faire un mauvais choix et regretter par après d'être tombée dans le panneau, j'apprécie pas et je m'énerve dans mon coin de ne pas y avoir vu clair dès le début - mais bon, c'est le jeu ma pauvre Lucette, comme on dit !

    Dernier caprice, dernier échec finalement assez prévisible en date : le premier tome de la trilogie des Faucons de Raverra de Mélissa Caruso, édité par Bragelonne dans leur nouvelle collection Young Adult Big Bang - et par extension le second tome qui lui aussi traînait dans ma PAL. Comme pour chaque billet consacré aux abandons, l'idée ici n'est pas de partir sur une chronique complète mais de vous résumer sans trop entrer dans le vif su sujet le pourquoi du comment de mon lâchage en cours de route. Pour ce qui est des Faucons de Raverra ça ira assez vite, n'en déplaise aux dizaines d'avis dithyrambiques pêchés sur Livraddict, Babelio and co. ~ tu le sais pourtant que l'avis ne fait pas le moine, Choupaille ! Petit disclaimer habituel avant de commencer : vous êtes libres de vous faire votre propre avis sur ce roman et le fait qu'à titre strictement personnel je sois passée totalement à côté ne signifie pas que je refuse à quiconque le droit d'apprécier cette trilogie et de le crier sur tous les toits. Chacun ses canons de beauté littéraires, ses goûts et ses couleurs ; paix à tous et longue vie à la littérature de l'Imaginaire !

    31 mai 2019

    Les abandons - Mai 2019 : Colonies de Laurent Genefort

    Le mois d'avril fut un long fleuve littéraire tranquille avec aucun abandon à signaler, mais hélas c'était trop demander que de continuer le mois de mai sur cette lancée. Je me suis cassée les dents sur Colonies de Laurent Genefort que j'ai lâché à peine arrivée à la moitié, sans pour autant avoir grand chose à reprocher à l'auteur - d'ailleurs Spire est toujours dans ma wish-list, comme quoi j'ai zéro rancœur et zéro souvenir traumatisant de mon expérience avec l'auteur ! Petites explications rapides.

    31 mars 2019

    Les abandons - Mars 2019 : SF et Fantasy ampoulées

    Ce mois-ci j'ai tenté de me plonger dans deux livres qui ne me correspondaient pas. Deux « réceptions surprise » de boîte littéraire qui en magasin ne m'auraient certainement pas fait de l’œil, mais qu'à l'heure de la réception j'étais pourtant bien heureuse d'avoir entre les mains : Le Veilleur du Jour de Jacques Abeille et Spin de R. C. Wilson. Et j'ai eu beau y mettre toute ma volonté, j'ai pas pu en venir à bout.