4 avr. 2018

Les dieux sauvages, tome 2 : le Verrou du Fleuve de Lionel Davoust

Auteur : Lionel Davoust
Éditeur : Critic (2018)
Genre : Fantasy post-apocalyptique
Pages : 503 (grand format)

Le résumé : L'armée démoniaque, mi chair mi-machine, du dieu Aska est aux portes de Loered, la ville sur laquelle repose la défense et la stabilité du royaume - le Verrou du Fleuve. Le Verrou doit tenir, ou la Rhovelle est perdue. Mériane, à la tête de maigres renforts, compte bien honorer sa propre prophétie et libérer la ville. Mais quand les hommes se mêlent de contrarier les dieux,  elle en est réduite à limiter les dégâts. Face au désespoir qui s'installe, elle incarne le seul espoir du peuple, et l'instinct de survie fait taire, pour un temps, les dissensions. Pour autant, les manigances politiques se poursuivent en coulisses, et la guerre commence à peine que certains préparent déjà l'après. Mais sur la route du Verrou du Fleuve, son mythe s'écrira avant tout dans le sang, la terreur et la peine.

Ma chronique : Les dieux sauvages de Lionel Davoust est sans doute l'une des meilleures sagas de fantasy francophone qui existe aujourd'hui, et je suis ravie de pouvoir compter parmi ses lecteurs... bien peu nombreux en regard de ce qu'elle mériterait.

Les armées démoniaques d'Aska ont déferlé sur le nord du royaume de Rhovelle et décimé les troupes magnéciennes ainsi que l'ost royal qui s'opposaient à elles. Le désespoir va grandissant, et seule la ville de Loered empêche encore les démons de contrôler l'intégralité du pays. Car la ville est la clé de voûte du royaume, le Verrou du Fleuve. Et tant que le Verrou tient, alors rien n'est perdu. Retranchées derrière leurs sept murs d'enceinte, les troupes du duc Thormig de Loered attendent que se déchaînent les forces du Pandémonium, priant le grand dieu Wer, détenteur de l'Unique Vérité, avec une ferveur redoublée. En réponse, Wer leur envoie son Héraut - Mériane, la petite Belnacienne, la pucelle de Doélic, la Messagère du Ciel. Une femme, répandant la parole de Dieu dans un royaume où le beau sexe porte sur ses épaules toutes les fautes de feu l'empire d'Asrethia. Une femme dont la légitimité est violemment contestée par l'Eglise même de ce Dieu. Mais Mériane est fougueuse, éprise de liberté, et refuse de voir les démons d'Aska en priver son pays. Arc et épée à la main, elle se dresse face à l'envahisseur et, à la tête d'une troupe de ravitaillement, se met en route pour Loered. Le Verrou doit tenir, et il pourra compter sur son appui. Autrement, tout sera perdu.

Il est bien rare de trouver des seconds volumes à la hauteur des premiers. J'espérais que Le Verrou du Fleuve égalerait son prédécesseur, voire le surpasserait, et je n'ai pas été déçue. Loin de là. Ce n'était pourtant pas faute d'appréhender ma lecture, car quand vous adorez un premier tome, la lecture du second vous tient particulièrement à cœur. 

Plus exactement, je craignais une certaine répétition quant au statut de Mériane - un Héraut de Wer femme, que beaucoup remettent en question et qualifient d'hérétique. Mais non. Lionel Davoust, sans pour autant négliger cet aspect essentiel de son intrigue, parvient à s'affranchir de cette question avec cohérence, et à diriger l'intrigue de ce second tome vers de nouveaux horizons. Des horizons qui comblent le lecteur. Car sans en dévoiler plus qu'il n'est nécessaire, l'auteur soulève des interrogations passionnantes pour qui est tombé sous le charme de son univers ; et dévoile des éléments inédits de ce dernier. C'est tout un nouveau pan de l'histoire de Rhovelle et d'Asrethia que le lecteur commence à entrapercevoir. Le lecteur sent les réponses et le dénouement proches, sans pour autant parvenir à reconstituer l'intégralité du puzzle avec les seules pièces dont il dispose. D'autres seront nécessaires, et il est certain que Lionel Davoust les lui cédera dans les deux tomes encore à venir !

L'héroïsme et le courage prennent une nouvelle dimension dans Le Verrou du Fleuve. Non pas parce que les hommes de Rhovelle ont à affronter des hordes de démons mécaniques, comme dans bien des romans de Fantasy, mais parce que l'auteur parvient à insuffler à son ouvrage une gravité sans pareille. Le lecteur est embarqué par le récit, et finit par faire sienne la devise des défenseurs de Loered : "Le Verrou tiendra !". Davantage qu'une lutte pour le royaume et qu'un conflit religieux, c'est une lutte pour la Vie qui s'engage entre les Rhovelliens et les Askalites ; et bien que l'essentiel des protagonistes du récit appartiennent au même camp, il est difficile de considérer réellement l'un comme mauvais, et l'autre comme bon. Un flou volontaire que le lecteur ne manque pas d'apprécier, parfois à son grand étonnement.

Et certains protagonistes, justement, se retrouvent là où le lecteur ne les attendait pas. De nouvelles facettes d'eux se révèlent au fil des pages, démontrant que l'auteur n'est pas de ceux qui laissent figer ses personnages. A cet égard, Leopol a sans doute été celui qui j'ai eu le plus de plaisir à suivre et à voir évoluer, et il me tarde déjà de le retrouver à nouveau.

Enfin, davantage qu'une saga de fantasy post-apocalyptique, Les dieux sauvages c'est aussi une réelle réflexion sur la place de(s) dieu(x) au sein d'une civilisation. Sur la façon dont les uns servent les autres, et sur le détachement irréel des dieux envers ceux qui les révèrent. Lionel Davoust annonce d'ailleurs clairement la couleur, dès le début du premier tome de la saga, en reprenant des paroles de Jeanne d'Arc auxquelles il apporte un sens nouveau, accessible pour qui prend la peine de se plonger dans son récit.

"Dieu premier servi."

Et si l'histoire de Jeanne d'Arc a, dans ses grandes lignes, fortement inspiré Lionel Davoust, l'auteur a su trouver sa propre voie. Il a créé un univers complexe, riche et intriguant ; et y fait évoluer des figures fortes au gré d'une intrigue rendant à la fois justice à la Fantasy et à l'Histoire.

Pour conclure, Les dieux sauvages est une saga qui cache excessivement bien son jeu, et dont le second volume est à la hauteur du premier. Elle mérite que bien davantage de lecteurs lui donnent sa chance, et j'espère sincèrement avoir fait pencher la balance en sa faveur. Pour ceux qui hésiteraient toujours, je vous laisse à présent entre les mains de Lionel Davoust qui, dans l’interview suivante, trouvera ses propres mots pour attiser votre curiosité: ici.


Note : 19/20

Date : 01 avril 2018 - 04 avril 2018

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