9 avr. 2018

Shades of Magic, tomes 1 et 2 de Victoria E. Schwab



Auteur
 : Victoria E. Scwhab
Éditeur : Lumen (2017, 2018)
Genres : Fantasy, Young Adult
Pages : respectivement 504 et 638 pages (grands formats)


Le résumé du premier tome : Kell est le dernier des magiciens de sang, des sorciers capables de voyager d'un monde à l'autre. Des mondes, il y en a quatre, dont Londres est, à chaque fois, le cœur et l'âme. Le nôtre est gris, sans magie d'aucune sorte. Celui de Kell, rouge – on y respire le merveilleux à chaque bouffée d'air. Le troisième est blanc : là, les sortilèges se font si rares qu'on s'y tranche la gorge pour une simple incantation. Le dernier est noir, noir comme la mort qui l'a envahi quand la magie a dévoré tout ce qui s'y trouvait, obligeant les trois autres à couper tout lien avec lui. Depuis cette contagion, il est interdit de transporter le moindre objet entre les univers. C'est malgré tout ce que Kell va prendre le risque de faire, histoire de défier la famille royale qui l'a pourtant adopté comme son fils, à commencer par le prince Rhy, son frère, pour qui il donnerait par ailleurs sa vie sans hésiter. Mais, à force de jouer avec le feu, il finit par commettre l'irréparable : il emporte jusque dans le Londres gris une pierre noire comme la nuit, qu'une jeune fille du nom de Lila décide, sur un coup de tête, de lui subtiliser. Pour elle comme pour lui – pour leurs deux mondes, à vrai dire – le compte à rebours est lancé.


Ma chronique : Parfois, j'ai des envies livresques soudaines. Sorties de nulle part, il m'est généralement difficile de leur résister. Ce coup-ci, c'est un besoin irrépressible de lire du Young Adult qui m'a saisie. Et c'est donc tout naturellement vers la saga Shades of Magic de V.E. Schwab, dont j'avais beaucoup entendu parler, que je me suis tournée. À raison, car à la clé de me lecture se trouvait un coup de cœur.

S'il n'y avait pas cet œil d'un noir profond attestant de son statut de magicien du sang, Kell serait un jeune homme d'une vingtaine d'années comme les autres. Ou presque. Adopté dès son plus jeune âge par la famille royale d'Arnes, un royaume écarlate de magie pure, Kell use de ses pouvoirs rarissimes afin de permettre à son suzerain de communiquer avec ses homologues des autres mondes. Et des autres mondes, il y en a trois : le monde blanc que la magie déserte un peu plus chaque jour ; le monde gris dont elle est absente ; et le monde noir où la magie a jadis tout dévasté sur son passage. Depuis ce jour, transporter des artefacts d'un monde à l'autre est assimilé à un acte de haute trahison... ce qui n'empêche pas Kell de s'adonner à ce petit trafic avec entrain. Mais un jour tout dérape. Le mage de sang se voit remettre contre son gré un étrange paquet qu'il ramène sur un malentendu dans le monde gris... où Lila Bard, une intrépide voleuse, lui vole l'artefact. Bon gré mal gré, l'improbable duo devra alors tout tenter - même les actes les plus fous et les plus désespérés - pour sauver leurs mondes en sursis.

Il y a à la fois beaucoup et peu à dire au sujet des deux premiers volumes de la saga Shades of Magic de V. E. Schwab. Beaucoup, parce que lorsque l'on a un coup de cœur pour un roman - ce qui est le cas ici, on a envie d'en parler sans cesse, presque à tort et à travers, quitte même à se répéter. Et peu, parce qu'en définitive il n'y a pas grand chose à redire de ces deux volumes, si ce n'est que leur simplicité fait mouche avec une effrayante efficacité. Clairement, Shades of Magic, d'après ce que dévoilent ces deux premiers tomes, n'est ni la saga la plus originale, ni la mieux écrite du genre. Mais, nom de nom, pour une raison que j'ignore encore - peut-être juste de la magie ?, qu'il est bon de la parcourir !

Première flèche décochée dans mon cœur tendre de lectrice, l'univers. Sans mâcher le travail de son lecteur, V. E. Schwab lui introduit son monde (ou plutôt ses mondes) avec beaucoup de pédagogie. Sans le prendre pour un demeuré, elle accompagne le lecteur dans sa découverte des mondes gris, rouge, blanc et noir qu'elle a bâtis. L'occasion pour elle de planter efficacement le décor, contexte inclus, tout en s'assurant la sympathie du lecteur. Parce qu'il faut l'avouer, si parfois on apprécie d'être jeté sans ménagement dans le grand bain, il est parfois confortable et rassurant d'être pris par la main un instant, et d'avancer petite brasse par petite brasse. Une démarche de l'autrice qui m'a beaucoup plu, mais qui en refroidira peut-être certains... il en faut pour tous les goûts !

Ensuite, l'intrigue. Bien qu'à première vue Shades of Magic ne fasse pas dans l'originalité ultime - un duo improbable amené à sauver le monde suite à la découverte d'un artefact noir, on a vu plus inédit, l'intrigue a le mérite de se révéler au fil des pages bien plus complexe qu'il n'y paraît. Elle se métamorphose sous les yeux du lecteur et le tient en haleine du début à la fin. Difficile donc de s'empêcher d'assimiler ces deux volumes d'une seule traite ; d'autant que les chapitres sont courts et le style fluide et digeste. Cependant, aussi prenant qu'il soit, le second volume (Shades of Shadows) s'avère davantage une introduction au troisième plutôt qu'un tome à part entière. Un syndrome récurrent dont souffrent beaucoup de trilogies, dont Shades of Magic. Et c'en est bien dommage.

Place aux petits détails, à présent, car ce sont eux qui bien souvent font la force des plus belles séries, du moins lorsqu'il sont judicieusement dosés. Je vous parle ici de ces gadgets qui, s'ils n'ont pas franchement d'importance dans l'intrigue, donnent du cachet au roman et à l'univers. Typiquement, c'est l'écharpe d'Ophélie dans La Passe-Miroir de Christelle Dabos, le coffre à mille jambes dans La Huitième Couleur de Pratchett, le vif d'or dans Harry Potter ; vous voyez ? Et bien, la saga Shades of Magic en possède également son petit lot. Pas à outrance, mais juste ce qu'il faut pour la rendre encore plus intéressante et attachante. Je pense notamment au(x) manteau(x) de Kell, au masque de Lila et au chat d'Alucard - qui manifestement n'a pas grand chose de félin ... une piste à creuser pour le troisième tome ?

Enfin, il fallait que ce soit dit, côté protagonistes V. E. Schwab fait preuve d'un éclectisme rafraîchissant. Quoi que vous préfériez, vous trouverez votre bonheur... et bien plus encore. De mon côté, je suis tombée sous le charme ravageur du capitaine Alucard Emery ; un personnage (pourtant secondaire) comme je n'en avais plus rencontré depuis bien longtemps. Mi-pirate mi-gentleman, j'espère retrouver ce ruffian dans le tome trois. Mais ce que j'ai particulièrement apprécié, c'est le vécu que l'auteure apporte mine de rien à chacun. Sans entrer dans des détails qui alourdiraient son récit, elle développe suffisamment le parcours de ses personnages pour que le lecteur puisse les cerner. Attention toutefois, certains clichés subsistent malgré tout, il faut bien l'avouer. Soyez donc avertis : toute formidable que soit cette saga, vous n'échapperez pas à la traditionnelle héroïne bornée et tête brûlée représentative de la Young Adult. Zut !

Ainsi donc, n'attendez pas, ou plutôt n'attendez plus pour vous mettre à la page, car en 2018, c'est de Shades of Magic que l'on parlera beaucoup, voilà qui est sûr !

 

Ma note : 17/20

Date de lecture : 05 avril 2018 - 09 avril 2018

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