26 juil. 2018

Dominium Mundi, l'intégrale de François Baranger

Auteur : François Baranger
Éditeur : Critic (2017)
Genre : Science-Fiction
Pages : 948 pages

Le résumé : 2202. Né des cendres d’une conflagration planétaire, l’Empire Chrétien Moderne règne sur une Terre ravagée et irradiée. Urbain IX, pape tout puissant, contraint les populations à vivre selon un mode de vie médiéval, restaurant ainsi le Dominium Mundi. Sous son impulsion, un vaisseau colonisateur est envoyé vers Alpha du Centaure, dans l’espoir d’y trouver de nouveaux territoires pour l’humanité. Lorsque les passagers abordent une planète et son peuple, les Atamides, le choc est grand. Mais ce n’est rien en comparaison d’une découverte encore plus bouleversante : le véritable tombeau du Christ ! Guidés par leur foi inébranlable, les missionnaires tentent de s’en emparer, en vain. Les indigènes les massacrent. Sur Terre, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Deux ans plus tard Urbain IX achève d’armer un gigantesque vaisseau, le St-Michel, capable d’abriter un million d’hommes. Pour Tancrède de Tarente, le Méta-guerrier héros des champs de bataille, et Albéric Villejust, le génie de l’Infocosme enrôlé de force, débutera une Croisade sanglante vers une nouvelle Jérusalem… Les événements feront-ils bégayer l’Histoire ?

Ma Chronique : Autant l'annoncer d'entrée de jeu, Dominium Mundi fut pour moi un coup de cœur intergalactique, et il est à présent certain que le prochain récit de science-fiction que je me mettrai sous la dent devra soutenir la terrible comparaison avec ce chef-d'oeuvre. A vrai dire, je plains déjà ce roman de devoir passer après celui-ci !

Au XXIIIe siècle, suite à la terrible Guerre d'Une Heure où se déchaînât le pire de l'Homme, la Terre n'est plus que l'ombre d'elle-même. Les rares zones encore habitables s'amenuisent, et leur population, totalement soumise à l'Eglise, a renoué avec une politique et un mode vie médiévaux. Ducs, comtes et rois se partagent le monde ; mais tous tombent sous l'autorité d'un seul homme : Urbain IX, pape, chef suprême de l'Empire Chrétien Moderne et surtout instaurateur du Dominium Mundi, un mouvement militarisé visant à convertir à la foi chrétienne ceux qui y résistent encore... qu'ils soient sur Terre ou au delà. Mais lorsque les premiers colons humains débarquent sur la planète Akya du Centaure située à quatre années-lumière de la Terre, ils y font une découverte qui les bouleverse : celle de l'ultime tombeau du Christ. Hélas, à peine ont-ils le temps de confier leur spectaculaire découverte à la Terre que la population indigène, les Atamides, les extermine jusqu'au dernier. Pour Urbain IX, guère de choix : il proclame la neuvième croisade et arme un vaisseau aux dimensions titanesques, le Saint-Michel, accueillant pas moins d'un million de soldats. Parmi ceux-ci, Tancrède de Tarente, un pur produit militaire de l'Empire, et Albéric, un bio-informaticien enrôlé de force. Et lorsque le voyage vers Akya débute, les certitudes s'effritent, les masques tombent et la résistance se met en place ...

J'ai pu lire et chroniquer, il y a quelques temps, un roman du nom d'Arca et dont j'étais ressortie très mitigée  (ici. Le récit m'avait été conseillé par un libraire à qui j'avais fait comprendre que Dominium Mundi traînait dans ma bibliothèque et me faisait de l'oeil. Aujourd'hui, après lecture de Dominium Mundi, je peux comprendre le choix du libraire. Mais là où Arca présentait des failles immenses, Dominium Mundi ne flanche pas un seul instant

D'abord, par son contenu. A l'instar de Ken Follett dans Les Piliers de la Terre ou de Lionel Davoust dans Les Dieux Sauvages, François Baranger fait des excès et des méfaits de l'Eglise son cheval de bataille. Sur fond de science-fiction, endoctrinement et manipulation de masse sont au rendez-vous, pour le plus grand plaisir de ceux qui souhaitent ouvrir les yeux bien grand sur les travers menaçant toutes les religions. Autrement dit, bien que Dominium Mundi reste avant tout un roman de science-fiction au scénario impeccable, Baranger a su y intégrer des éléments réflexifs profonds. Foi et morale s'opposent ainsi constamment l'une à l'autre tandis que les esprits se font enfin plus critiques.

« Quel est donc ce Dieu qui crée la vie et commande ensuite de la détruire ? »

Ensuite, par ses protagonistes dont l'évolution est époustouflante. Au gré de son roman, François Baranger accorde à chacun d'eux la place et l'importance nécessaires à les sortir de leur carcan... ou bien à les y enfermer davantage. Ainsi, Tancrède s'affranchit peu à peu de l'Empire Chrétien Moderne tandis que certains sombrent dans un conservatisme destructeur. Mais si Tancrède (qui a su se trouver une place au fond de mon cœur) est le héros par excellence de Dominium Mundiil est un autre protagoniste, certainement plus discret, qui charme lui aussi le lecteur : Albéric Villejust. Bio-informaticien enrôlé de force, il doit faire face au mépris des soldats qui l'entourent et à leurs brimades quotidiennes. Mais au lieu de céder au désespoir, Albéric lutte et devient l'un des pivots principaux du scénario et de la résistance. Ainsi, lui qui suscite initialement chez le lecteur les plus vives interrogations (j'avoue avoir été initialement perplexe à son sujet) devient rapidement un élément crucial du récit. Il convient aussi de mentionner le peuple atamide, riche des différences qu'il cultive avec les humains, et prompt à chercher la paix, quand bien même pardonner est difficile. A travers lui, François Baranger prêche la tolérance, le respect et la multi-culturalitéCeci dit, Dominium Mundi renferme également son lot d'antagonistes d'anthologie. Entre Urbain IX, Robert de Montgomery, Pierre l'Ermite, et l'armée croisée, le lecteur ne sait sur qui cristalliser son mépris tant chacun est réussi. A travers son récit et ses protagonistes, Baranger parvient à susciter des émotions fortes chez son lecteur, allant de l'effroi à la peine, et de la colère à la joie.

Enfin, par la qualité de l'écriture. Les tournures et formulations sont impeccables, et le lecteur sent que chaque phrase du récit a été pensée et travaillée. François Baranger ne laisse rien au hasard et happe le lecteur par son style exact et précis, ainsi que par le rythme effréné qu'il instaure d'entrée de jeu et qu'il parvient à maintenir jusqu'à la fin. Avec Dominium Mundi, la science-fiction n'a sans doute jamais été aussi bien mise à l'honneur, ni mise au service d'un message aussi porteur. Mais ne vous y trompez pas, si Dominium Mundi est effectivement passionnant, il vous faudra du temps pour en venir à bout et le savourer à sa juste valeur. Il est dit en quatrième de couverture que François Baranger prit une dizaine d'années pour écrire ce récit ; et je le crois, car il n'en faut pas moins pour arriver à un tel niveau de maîtrise, d'exactitude et de perfection. Par ailleurs, j'ai parcouru Dominium Mundi sous forme d'intégrale, et je pense sincèrement que ce roman gagne à être lu sous ce format. On n'y a en effet pas l'impression de lire deux tomes séparés pour exigences éditoriales, et on glisse ainsi en douceur du Saint-Michel (tome un) à la planète Akya (tome deux).

Vous l'aurez compris, Dominium Mundi est un carton plein en ce qui me concerne. Je ne lui trouve aucun défaut, et ne risque pas de l'oubliez de si tôt, ni de cesser d'en parler. Un coup de cœur intergalactique, je le disais, tant sur le plan de l'imaginaire que du fond. Du contenu, du style et du bon temps, en bref, tout ce que j'aime dans la SFFF.  En trois mots comme en cent : tentez l'aventure ! 



Note : 20/20

Date : 14 juillet 2018 - 24 juillet 2018





Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire