30 mai 2018

Port d'Âmes de Lionel Davoust

Auteur : Lionel Davoust
Éditeur : Folio SF (2017)
Genre : Fantasy
Pages : 688 (format poche)

Lu dans le cadre du Challenge « Le mois de la Fantasy »

Le résumé Rhuys ap Kaledán a été condamné, adolescent, à huit ans de servitude dans la Marine. A vingt-deux ans il est toujours en vie mais a tout perdu : sa demeure, sa famille, ses titres de noblesse... Lorsqu'il débarque à Aniagrad, la Cité franche, il a la tête pleine d'idéaux et est bien décidé à se faire un nom et, qui sait, à retrouver la place qui aurait dû être la sienne. Mais la cité du mensonge va vite le faire déchanter. S'il veut survivre, Rhuys devra faire bien des concessions et, même, prendre les prédateurs qui le chassent à leurs propres pièges. 

Ma chronique : J'ai longtemps attendu le bon moment pour me plonger dans Port d'âmes, et je peux aujourd'hui dire que cela en valait la peine. Lionel Davoust est un auteur que j'admire grandement, et à la fin de cette lecture, voilà qu'il me fait plus forte impression encore.

Huit ans se sont écoulés depuis que Rhuys ap Kaledàn a été contraint de quitter le domaine familial pour éponger les dettes contractées auprès d'Amiran Gheze. Huit années à servir dans la marine et dont nombre de jeunes gens seraient revenus brisés ; mais dont Rhuys, fraîchement débarqué à Aniagrad (dite "la garce"), revient des idéaux plein la tête. Déterminé à reprendre terres et titre, il ne dispose cependant que d'un nom ; celui d'Edelcar Menziel, ancien ami et collaborateur de son défunt père, pour se reconstruire une vie. Et lorsque Menziel lui fait part de son ambitieux projet de ressusciter l'artech du légendaire empire d'Asrethia, Rhuys déborde d'enthousiasme et s'engage lui aussi dans l'aventure. Mais la vie à Aniagrad est tout sauf un long fleuve tranquille ; surtout lorsque la route de Rhuys croise celle d'une mystérieuse Vendeuse d'âme qui lui ouvre peu à peu les yeux au monde et à la nuit ...

Tout comme Anasterry d'Isabelle Bauthian avant lui, Port d'âmes est un régal littéraire écrit et porté par un auteur alliant passion, talent et poésie en un seul récit. Bien loin du rythme traditionnel de la fantasy actuelle - dialogues nombreux et introspections bâclées, parfois grossières -, Lionel Davoust prend son temps pour conter son histoire. Tel un peintre qui dresse son tableau un coup de pinceau après l'autre, Davoust dévoile son récit et toute la sensibilité qui va avec de phrase en phrase. Avec patience, minutie et modération, il construit un ensemble qui enchantera les lecteurs aguerris. Car ne vous y trompez pas : bien que Lionel Davoust fasse désormais partie de mes auteurs favoris, je reconnais volontiers que tout le monde ne tombera pas sous le charme. Les amateurs de Fantasy pure et dure feront mieux de passer leur chemin, car tout comme ses autres romans, Port d'âmes s'inscrit dans un genre de Fantasy poétique, truffé de réflexions percutantes et au rythme plutôt lent objectivement parlant. Ainsi, dans ce récit d'une densité assumée, sans jamais que le résultat ne soit ennuyeux, l'action cède sa place au réfléchi et à la sensibilité.

Et question sensibilité, Davoust fait fort avec la Vendeuse du Marché d'Aniagrad. Face à une jeune femme si mélancolique et résolue à dilapider ses souvenirs, le lecteur est aussi secoué, révolté, perdu et enchanté que Rhuys. Parfois même les quatre à la fois. Insaisissable personnage tout en contrastes, la Vendeuse est l'âme de ce roman - ironie du sort, me direz-vous, pour une jeune femme qui monnaie des fragments de la sienne quinze mercats pièce. Résolue, volontaire et pourtant sur le point de s'effondrer, elle livre à Rhuys les moments forts de son existence et les leçons douloureuses qui les accompagnent. Et lorsqu'elle prend la parole, le temps se suspend ; à travers Rhuys, le lecteur entre dans un état second et écoute. Et à Rhuys le lecteur s'attache d'ailleurs également, quand bien même il regrette parfois son impulsivité et son manque de jugeotte - deux défauts qui vont cependant comme un gant à cet idéaliste qui peine à trouver sa place dans le monde, et surtout à Aniagrad. En sa compagnie, Port d'Âmes a des allures de roman initiatique appelant chacun à repenser son rapport au monde.


"Comment un homme conciliait-il ses principes, ses valeurs, avec les réalités du monde ? " 


S'il est un personnage supplémentaire à saluer, c'est bien Aniagrad, la cité où le commerce est roi et où les lois ne pèsent pas lourd ; où tout se trouve pour autant que vous sachiez allonger derrière. Labyrinthique au possible, toute en ruelles et venelles tortueuses, la ville est un gigantesque être vivant en constante évolution. On s'y représente aisément ses habitants confinés dans des cabanes branlantes bâties à même les anciennes constructions. Car à Aniagrad, on ne détruit pas ; on construit par dessus. Résultat : une atmosphère oppressante que renforce la tête pensante d'Aniagrad : sa terrible Administration face à laquelle Rhuys ne pèse pas grand chose.

Mais Port d'Âmes c'est aussi une nouvelle facette d'Evanégyre que nous dévoile Lionel Davoust, des siècles après les événements encore à paraître des Dieux Sauvages, et bien après ceux de La Volonté du Dragon et La Route de la Conquête, que j'aurai d'ailleurs plaisir à découvrir. Son univers s'enrichit roman après roman ; les informations se recoupent, s'additionnent et dévoilent peu à peu un tableau complexe et éclectique. A cet égard, l'auteur offre aux lecteurs férus d'imaginaire un monde qui a tout pour plaire, pour autant qu'ils soient réceptifs à son style très riche, mais pas lourd. 


Vous avez dit fantasy, science-fiction et post-apocalyptique, le tout dans un même univers ? Bienvenu à Evanégyre, bienvenue chez Davoust !

Et au centre de cet univers où tout se complète parfaitement, il y a évidemment l'empire technologique d'Asrethia ; ce qu'il a laissé derrière lui, et ce qui a été oublié. Une véritable civilisation légendaire dont Davoust dévoile des fragments de ci, de là et que le lecteur se plaît à reconstituer. Une intrigue dans les intrigues, et un combo gagnant tant pour l'auteur que pour son lectorat.

Vous m'aurez comprise, Davoust m'a convaincue qu'il était un grand et je ne saurais que vous conseiller ses récits - si toutefois, comme je l'ai mentionné, le genre particulier de ce roman vous est familier. En ce qui le concerne, j'ai trouvé dans Port d'Âmes une sensibilité à laquelle je ne m'attendais pas ; et malgré un récit dense, voilà que je ressors de ma lecture l'esprit apaisé. Pas de coup de cœur pour cette fois, mais ce n'est pas passé loin.


Note : 18/20

Date :  20 mai 2018 - 26 mai 2018

2 commentaires:

  1. J'avais beaucoup aimé aussi, et particulièrement la ville d'Aniagrad !

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    1. Si tu n'as pas lu d'autres livres de l'auteur, je te les conseille :-) !

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