21 mai 2018

Testament, tomes 1 et 2 de Jeanne-A Debats

Auteur : Jeanne-A Debats
Éditeur : Hélios (2017)
Genre : Fantastique, Urban fantasy
Pages : respectivement 350 et 450 pages (format poche)

Le résumé du tome un Je m'appelle Agnès Cleyre et je suis orpheline. De ma mère sorcière, j'ai hérité le talent de voir les fantômes. Une malédiction plus qu'un don, qui m'a obligée à vivre recluse, à l'abri de la violence des sentiments des morts. Mais depuis le jour où mon oncle notaire m'a prise sous son aile, ma vie a changé. Contrairement aux apparences, le quotidien de l'étude qu'il dirige n'est pas de tout repos : vampires, loups-garous, sirènes... A croire que tout l'AlterMonde a une succession à gérer. Moi qui voulais de l'action, je ne vais pas être déçue !

Ma chroniqueImpossible de ne pas penser aux excellentes Sœurs Carmines d'Ariel Holzl en parcourant le résumé des premier et second volumes de la saga Testament de Jeanne-A Debats. Un côté irrévérencieux allègrement mis en avant, du politiquement incorrect à revendre, des vampires, sorcières, loups-garous, zombies et autres joyeusetés ; berf, a priori, de nombreux points communs. Hélas, la comparaison n'ira pas plus loin, les deux ne jouant manifestement pas dans la même cour. Sans regretter mes achats, L'Héritère et Alouettes ne me laisseront pas un souvenir impérissable.

Dès sa naissance, la mère d'Agnès a su sa fille différente des autres (côté sorcière mis à part, évidemment). A la maternité déjà, la voilà à évacuer sa fille d'urgence pour cause d'apoplexie imminente ; et, dès l'enfance, à la gaver de cannabis et autres substances opiacées. C'est que la petite voit les fantômes, perçoit leurs tourments et s'y enlise. Seul moyen pour Agnès d'éviter la noyade : déconnecter de la réalité à grands coups de drogues et d'alcool. Mais lorsque sa mère et son frère meurent dans un accident de voiture, Agnès se retrouve seule et ne sait que faire de cette solitude. Du moins jusqu'à ce que son oncle Géraud réapparaisse (après neuf ans d'absence, tout de même) et lui offre une perspective d'avenir des plus singulières : intégrer son Etude notariale aux portes de laquelle tout l'AlterMonde se presse en cas de litige. L'AlterMonde, ce sont ces créatures fantastiques totalement infréquentables qui se partagent avec les humains les rues de Paris. Dans la plus grande ignorance de ces derniers, bien sûr. Mais Agnès, qui a vécu en recluse vingt ans durant, n'entend rien aux règles qui régissent cet AlterMonde qu'elle ne connaît pratiquement que de nom, et dont elle fait pourtant partie. Pour elle, c'est une nouvelle vie qui commence et qui lui apporte son lot de surprises et d'émois. Entre le séduisant et (très) vampirique Navarre, la belle et mortelle Zalia (surtout à proximité des flaques et baignoires), et l'insatiable Jacques le velu... sûr qu'Agnès ne saura plus où donner de la tête !

Repéré au détour d'une librairie, c'est sur Alouettes que j'avais jeté mon dévolu... avant de me rendre compte (chez moi, des jours plus tard) qu'il s'agissait d'un second tome. Et j'aurais peut-être dû déceler par là un signe annonciateur d'une lecture plutôt décevante. Car que ce soit le titre, le résumé ou la couverture, rien n'indique qu'Alouettes est précédé d'un volume dont la lecture préalable est essentielle. Certains diront qu'il n'y a pas de quoi en faire une montagne, qu'il s'agit là d'une maladresse des éditions Hélios, mais je ne suis pas de cet avis. La communication éditeur-lecteur, à quelque niveau que ce soit, est d'une importance primordiale pour que l'expérience de chacun soit une réussite. En manquant le coche vis-à-vis de L'Héritière et de Alouettes, les éditeurs ont d'entrée de jeu entaché le plaisir de ma lecture : j'avais envie de découvrir un one-shot, et me revoilà à parcourir une énième saga.

Aucun lecteur ayant lu les Sœurs Carmines d'Ariel Holzl ne manquera de faire le rapprochement avec l'oeuvre de Jeanne-A Debats. Mais si à première vue les synopsis ont en effet de quoi frapper par leurs similitudes, les premiers chapitres ont tôt fait de les différencier l'un de l'autre, quand bien même certaines lignes directrices demeurent et malgré un engouement qui, concernant Testament, se fait bien moins présent. Car là où dans les Sœurs Carmines l'humour sous sa forme la plus scandaleusement drôle était au rendez-vous, celle sous laquelle il se présente dans Testament fait au mieux sourire le lecteur, et au pire l'exaspère. Lentement mais sûrement, il se détériore pour arriver, dans le second volume, à des niveaux de touche-pipi-caca-zizi inégalés. Et pourtant les choses s'engagent bien, dans le premier tome : des répliques pleines de punch portées par des personnages atypiques ... qui hélas font les frais de la volonté de l'auteure à aller droit à la facilité. Ainsi, dans Alouettes tout particulièrement, le lecteur est pris pour un enfant dont le contentement ne tient qu'à trois blagues de fesses.

Ceci dit, il faut reconnaître à l'ensemble de la saga un côté rafraîchissant qui fait de Testament une série atypique et plus que bienvenue en cas d'indigestion de bit-lit. En effet, elle peut compter sur des protagonistes suffisamment forts et charismatiques pour la porter. Malgré un humour trop souvent infantilisant, chacun fait preuve d'une répartie exemplaire et d'un style qui lui est propre. Et c'est sans parler des manies de tout ce beau monde, dont celle de Zalia a sans doute été la plus étonnement drôle. Une sirène russe qui ne peut s'empêcher de noyer tout ce qui passe à portée de main (meilleure amie comprise), il faut avouer que cela a son charme. Mais malheureusement, Agnès, soit celle qui devait avoir le plus de charisme, s'est révélée bien fade. Et pourtant l'auteure use de tous les outils à sa disposition pour rendre son héroïne sympathique au lecteur  : narration en "je", introspections fréquentes, évolution dans un univers connu et j'en passe. Mais rien n' a pris sur moi. D'Agnès, je ne retiens qu'une agaçante manie de décrire le moindre trajet dans ses plus infimes détails, une tendance à l'auto-apitoiement impressionnante, et surtout, un alcoolisme clinique.

Enfin, quel dommage que l'auteure ne s'affirme pas autant dans ses intrigues qu'elle ne le fait vis-à-vis de certains protagonistes ; car en l'état des choses, Jeanne-A Debats donne au lecteur l'impression d'être passée à côté des codes d'une intrigue réussie. Chaque élément du récit fait l'effet de n'être qu'une vaste anecdote et en conséquence le lecteur met un temps fou à se rendre compte que l'intrigue est lancée. Me concernant, il m'a fallu deux cent pages avant de comprendre, plutôt déçue, que l'auteure ne m'offrirait rien de mieux, rien de plus passionnant que ce qu'elle me proposait déjà. Un constat que ne manquera pas de se faire le lecteur, que ce soit dans le premier ou le second volume. 

Bien que Testament compte déjà un troisième tome (à paraître en poche), je ne compte pas m'y aventurer. Malgré quelques points à mon goût et un premier volume rafraîchissant, l'humour infantilisant de l'auteure aura eu raison de moi, tout comme la mollesse de son héroïne et la faiblesse de ses intrigues. Ce qui aurait dû être un one-shot apaisant s'est révélé une saga fort décevante, et je ne souhaite pas poursuivre l'expérience. Ceci dit, je reste persuadée que cette lecture saura se trouver de grands amateurs... mais ce sera sans moi.

Note : 12/20

Date : 13 mai 2018 - 18 mai 2018

2 commentaires:

  1. Pour ma part j'ai bien aimé le tome 1 et le 2 est déjà dans ma PAL.
    Pour ce qui concerne l'absence de marquage "série", parfois les ME le font volontairement car ils considèrent que les tomes peuvent se lire indépendamment les uns des autres. J'ai déjà vu ça pleins de fois, mais j'aime pas trop non plus.

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    1. J'ai plutôt bien aimé le tome un, en fait :-) . C'est le deuxième qui m'a complètement perdue ... J'aurais certainement dû laisser passer plus de temps entre les deux ! N'hésite pas à me faire signe quand le 2e sort de ta PAL ;-)

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