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  • 10 nov. 2018

    La Trilogie des Elfes de Jean-Louis Fetjaine

    Auteur : Jean-Louis Fetjaine
    Éditeur : Pocket (2008)
    Genre : Conte et légendes, Fantasy
    Pages : 928 pages (format poche)

    Lu dans le cadre du « Pumpkin Autumn Challenge »

    Le résumé : Il y a bien longtemps, avant même Merlin et le roi Arthur, le monde n'était qu'une sombre forêt peuplée d'elfes et de races étranges dont nous avons aujourd'hui perdu jusqu'au souvenir. Dans ces temps anciens, les elfes étaient un peuple puissant et redouté des hommes. Voici le récit de leurs dernières heures, l'histoire d'une trahison et de la chute de tout un monde, d'un combat désespéré et d'un amour impossible.

    Ma chronique : J'ai beaucoup hésité à me lancer dans cette lecture. D'une part, son côté pavasse m'inspirait peu. On a beau dire, s'engager dans un récit de près de mille pages est un sacré pari. D'autre part, je suis généralement peu friande des récits mêlant elfes, nains et tout la clique, caractéristiques d'un genre de Fantasy dont je ne suis plus demandeuse. Finalement, ce sont les échos positifs que j'en avais entendus qui m'on décidée, et je les en remercie. Car ma lecture, bien qu'imparfaite, m'a tout de même emportée avec joie en plein cœur des légendes arthuriennes.

    Il y a dix ans, elfes, nains et hommes ont surmonté leurs différends et se sont unis face à Celui-qui-ne-pouvait-être-nommé et ses terribles armées gobelines. De leur victoire est née une entente cordiale, une paix fragile maintenue vaille que vaille par le Conseil, composé des plus hauts dignitaires de chaque peuple. Mais un jour que le Conseil se réunit en la ville humaine de Loth, Baldwin, roi sous la Montagne rouge, accuse l'elfe Gael d'avoir volé et assassiné son homologue de la Montagne noire. Afin de démêler le vrai du faux, une délégation est lancée aux trousses de Gael. Elfes, nains et hommes la composent... et parmi eux, un certain preux du nom d'Uter. L'équilibre du monde est menacé et le temps presse. L'elfe doit être retrouvé, sinon ce sera la guerre. Une guerre qui profiterait aux hommes et au roi Pellehun, retors, ambitieux et ivre de pouvoir, ainsi qu'à un certain seigneur noir demeuré dans l'ombre depuis dix ans.

    Avant d'entamer La trilogie des elfes, j'avais lu à de nombreuses reprise la ressemblance troublante de son premier volume, Le crépuscule des elfes, avec celui de la très célèbre saga du Seigneur des Anneaux de J. R. R. Tolkien, parfois même pointée du doigt de façon assez virulente. Au terme de ma lecture, je suis en profond désaccord avec cette vision du récit de Jean-Louis Fetjaine. Qu'une compagnie multi-race battant la campagne afin de mener une quête à bien évoque quelques souvenirs à certains, je peux le comprendre ; mais de là à crier au plagiat et à monter sur ses grands chevaux, non, mille fois non. Car la Fantasy a ceci de riche qu'elle se décline sous de multiples formes. Les sous-genres sont indénombrables, et même les lecteurs les plus assidus ont généralement du mal à s'y retrouver - sans parler de se mettre d'accord. Cependant, quand on a affaire à de la Fantasy classique, on le sait. Nains, elfes et autres peuples type sont de la partie, artefacts légendaires compris, et c'est sans parler du traditionnel seigneur du chaos qui veille dans l'ombre. Autant d'ingrédients qu'on trouve certes dans La communauté de l'Anneau et Le crépuscule des elfes, mais aussi dans une bonne centaine de romans qui, eux, ne s'attirent pourtant pas le courroux d'une partie de leur lectorat. Pour revenir à lui et ajouter à mon incompréhension, outre l'existence de nains, d'elfes et une vague référence à une guerre passée, je n'ai pas trouvé dans Le crépuscule des elfes de ressemblance avec le Seigneur des Anneaux. Les intrigues et scénarios n'ont strictement rien à voir, les styles narratifs sont radicalement différents - il faut admettre que Tolkien, c'est plutôt indigeste, et enfin, dès le tome deux, La trilogie des elfes effectue un virage serré et s'aventure là où le lecteur ne l'attendait pas.

    En effet, si son premier volume s'inscrit clairement dans de la Fantasy on ne peut plus classique voire même excessivement stéréotypée par moments, les deux suivant versent davantage dans un type de récit qu'on pourrait croire historique, tant le ton de la narration change. De dynamique, léger et riche en dialogues, il passe à contemplatif, costaud et descriptif. Et tantôt ça fonctionne à merveille, le lecteur se laisse emporter par la poésie de l'instant et par l'histoire que lui conte Fetjaine, ponctuée d'éléments typiquement arthuriens qui éveillent sa curiosité. Mais à d'autres instants, il peine et s'enlise dans des descriptions longues, trop longues, et enrage des ellipses colossales qui ponctuent le récit. Néanmoins, le lecteur doit s'accrocher ; car à chaque fois que Fetjaine lui jette entre les dents une référence arthurienne, il la saisit au vol avec une joie évidente, et prend plaisir à reconstituer l'ingénieuse réinterprétation des légendes arthuriennes de l'auteur. Ou plutôt de leur origine, car La trilogie des elfes est avant tout l'histoire d'Uter et de la chute des peuples elfes et nains. Un préquel aux aventures d'Arthur plaisant, fichtrement bien foutu, riche, et qui contextualise à merveille sa future acquisition d'Excalibur, son accession au trône et sa quête du Graal. De quoi regretter malgré tout la conclusion de cette belle trilogie, expédiée à une vitesse hallucinante. Pour un auteur qui tout du long prend son temps pour conter son histoire, Jean-Louis Fetjaine donne sincèrement l'impression d'être tombé à cours de mots sur les derniers chapitres, épilogue inclus. Il conclut à la va-vite un récit qui aurait mérité qu'on s'attarde davantage sur ses dernières pages, et c'est bien dommage. Il y a là de quoi se poser pas mal de questions sur l'état d'esprit de l'auteur en fin de course.

    Grand point d'interrogation également, le titre de cette trilogie et de chacun des tomes qui la composent. Car des elfes, il y a en certainement dans le récit de Jean-Louis Fetjaine, mais pas que ; et ce n'est clairement pas le seul peuple à s'en prendre plein la tête et à vivre ses dernières heures. A part rendre le récit attractif par un titre Fantasy-ste, non, décidément, je ne comprends pas ce choix de l'auteur.

    Du côté des personnages, Fetjaine en introduit l'essentiel dans le premier tome. Et là, j'ai envie de vous dire que si vous aimez les stéréotypes, vous allez être servis. De la reine elfe, canon de beauté devant laquelle tous se pâment, en passant par le nain opiniâtre et querelleur et le mage mystérieux, le lecteur a droit à tout. Toutefois, certains personnages frôlent un équilibre réaliste, il faut l'avouer, et apportent beaucoup de fraîcheur au récit. C'est notamment le cas d'Uter, dont j'ai beaucoup apprécié la force tranquille, la fragilité et l'évolution, ainsi que de Tsimmi, un nain conciliant, tout en mesure et respect de l'autre, quel que soit son peuple. De plus, réalisme arthurien oblige, Fetjaine introduit également au lecteur un clergé chrétien assoiffé de reconnaissance, ne demandant qu'à émerger, à tout prix ... et dont l'heure vient finalement. Un régal que d'assister à cette montée en puissance bien peu reluisante des clercs.

    Une lecture avec ses hauts et ses bas, en somme, mais qui a su se faire malgré tout une place de choix dans ma bibliothèque. A la foi classique et pseudo-historique, lent et dynamique, La trilogie des elfes et ses multiples facettes a de quoi séduire et convaincre un lectorat difficile... si tant est que la magie des légendes arthurienne opère. Sur moi, ç'a été le cas, et je me suis régalée malgré les longueurs.

    Note : 15/20

    Date : 02 novembre 2018 - 06 novembre 2018

    2 commentaires:

    1. Conclusion juste parfaite qui résume magnifiquement cette oeuvre. Merci

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      Réponses
      1. Avec plaisir :-) ! Je ne compte d'ailleurs pas en rester là avec Jean-Louis Fetjaine, c'est dire si cette trilogie, malgré ses défauts, m'a fait bonne impression !

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