27 juin 2018

Haut-Royaume, tome 3 : le Roi de Pierre Pevel

Auteur : Pierre Pevel
Éditeur : Bragelonne (2018)
Genre : Fantasy
Pages : 404 (grand format)

Cette chronique peut contenir des spoilers des tomes un et deux !

Le résumé : Après la mort du Haut-Roi, s'ensuit une période de deuil pour le Haut-Royaume... période durant laquelle les complots se trament et les dagues s'aiguisent avant l'ouverture du testament royal. Le prince Yrdel, héritier légitime, et le prince Alan, soutenu par la reine et son frère le prince-cardinal Jall, se disputent déjà le trône en coulisses. Comme ils se disputent les faveurs de Lorn, capitaine d'une Garde d'Onyx de plus en plus puissante et influente... De son côté, Lorn poursuit comme toujours ses propres objectifs tout en semblant servir le Haut-Royaume. Et quand la Guerre des Trois Princes éclate, il pourrait bien être celui qui apportera la victoire...


Ma chronique : Difficile d'être plus surpris.e que moi lorsqu'au détour du catalogue des éditions Bragelonne, vous apprenez que la sortie du troisième tome de Haut-Royaume est pour bientôt ; et surtout lorsque l'auteur (par ailleurs fort timoré et peu avenant avec son lectorat) vous a annoncé voilà un an, les yeux dans les yeux et de façon plutôt irrévocable, que "non, il n'y a pas de tome trois prévu, l'histoire s'achève avec le second volume". Or, nous voici quatre années après la sortie de L'Héritier, avec un tome flambant neuf dont la lecture a été très largement à la hauteur de ses prédécesseurs. De la Fantasy réussie, n'en déplaise à l'auteur dont la comm' n'est définitivement pas le point fort.

A la mort du Haut-Roi Erklant II, une neige écarlate tombe sur la cité d'Oriale, annonciatrice d'une guerre prochaine. Une guerre que les Gardiens, veilleurs du monde, connaissent sous le nom de Guerre des Trois Princes et dans laquelle, ils en sont certains, Lorn Askarian aura son rôle à jouer. Et la guerre n'a effectivement jamais été aussi proche. L'ouverture du testament d'Erklant II est pour bientôt, et avec elle l'accession au trône d'Aldéran, le second fils du Haut-Roi. Une surprise que n'appréciera pas le prince Yrdel, héritier légitime du trône d'Onyx, prêt à défendre son titre à tout prix. La guerre civile menace, l'ombre de Sherk'Arn, le dragon de la Destruction se précise et Lorn doit choisir un camp. Celui d'Yrdel, celui d'Alan ... ou bien le sien.

Attaquons sans préambule ni concessions (lui n'en fait jamais, de toute façon) avec l'homme au cœur du récit : Lorn Askarian, capitaine de la Garde d'Onyx. En tant que lectrice de Fantasy, j'ai connu bien des protagonistes, mais trop peu comme lui. J'ai connu des guerriers, des magiciens, des adolescent à la grandeur d'âme difficilement comparable ; ou bien des mercenaires, des repris de justice, des destins brisés aux mœurs et à la loyauté douteuses. Mais des comme Lorn ? Bien trop peu. Un anti-héros habité d'Obscure et ne servant que ses propres desseins ; non pas pour l'argent ou la gloire, mais par pur mépris. Coup de génie de Pierre Pevel, le narrateur pourtant externe ne dévoile à aucun moment les intentions de Lorn, et en conséquence le brouillard n'a de cesse de s'épaissir autour de lui. Un puits sans fond de mystères dans lequel on plonge avec délice, quitte même à ressortir avec davantage de questions, surtout dans ce troisième tome. 

Parce que des questions, ce volume en soulève des passionnantes, croyez-moi ! Des origines de la Garde d'Onyx à Serk'Arn, le Dragon de la Destruction, en passant par l'identité du Chevalier à l’Épée et du Prince Noir ... on ne s'ennuie pas, et on en redemande rapidement !

Ainsi, contrairement à de nombreux romans, Haut-Royaume ne verse pas dans la confrontation du bien et du mal, mais se centre plutôt sur la part d'ombre qui se tapit au fond de chacun. C'est donc une saga très noire que propose Pierre Pevel, n'en doutez pas un instant.

Mais tout réussi qu'il soit, un héro seul ne suffit pas à assurer la satisfaction d'un lectorat pointilleux. Scénario, narration et rythme doivent tous trois être à la hauteur ; et l'auteur relève ici le défi avec brioLa léthargie et l'ennui ne sont pas au menu de Haut-Royaume, surtout dans ce troisième tome qui vous tiendra éveillé bien des heures. Et s'il est toutefois vrai que certains revirements ne brillent pas par leur originalité, on se laisse sans le moindre mal emporter par chacun d'eux. On est pris aux tripes par le rythme effréné du récit et la qualité de l'intrigue qui, dans ce troisième tome, décolle et passionne comme jamais.

Cela étant, Haut-Royaume, c'est également un univers peu complexe mais riche à souhait de tout ce qui passionne un lecteur de Fantasy : dragons et wyvernes sont au rendez-vous, essences maléfiques et royaumes belliqueux également, mais aussi secrets, complots ... et une petite touche prophétique qui passe comme une lettre à la poste. Sans verser dans une multitude de détails lourds et indigestes, Pevel livre ici un univers relativement simple, mais qu'il développe avec beaucoup de finesse de tome en tome. (et on sent déjà à plein nez l'apothéose arriver avec le quatrième volume). Finalement, c'est la simplicité de cet univers qui permet au scénario de prendre son essor et de charmer le lecteur comme il le fait. Avec ce monde à portée de main, s'évader n'est l'affaire que d'une dizaine de lignes. Petit bémol cependant sur l'absence de carte, rendant la compréhension totale de certains passages relativement ardue. Que Pierre Pevel ne fasse pas croire à ses lecteurs que lui s'en est passé pour rédiger ses récits ; je ne le croirais pas.

Et si l'univers évolue, il ne le fait pas seul. Aldéran et Yrdel n'ont plus rien à voir avec ceux qu'ils étaient voilà deux volumes de cela, et Célyane, épouse de feu Erkland II et mère d'Aldéran, ressemble de plus en plus à une certaine Cersei Lannister - ce qui n'est pas pour déplaire aux amateurs du Trône de Fer, qui sentent le coup fourré venir. Mais c'est la résurrection de la Garde d'Onyx dont Lorn est capitaine qui frappe le lecteur en plein cœur, et son mantra qui marque les esprits.

« Le Haut-Royaume servons, le Haut-Royaume défendons »

En somme, ce troisième (mais pas dernier !) tome de Haut-Royaume est lecture qui, vous l'aurez compris, m'a fait beaucoup de bien, et dont le seul défaut est de se laisser dévorer bien trop vite. Si vous n'avez pas déjà plongé dans cette sombre, sombre saga, faites donc, vite ! Ne reste plus qu'à espérer que Pierre Pevel ne nous offre pas le quatrième volume dans quatre ans.


Note : 17/20

Date :  15 juin 2018 - 18 juin 2018

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