18 juin 2018

D'après une histoire vraie de Delphine de Vigan


Auteur : Delphine de Vigan
Éditeur : JC Lattès (2015)
Genre : Thriller psychologique, littérature contemporaine
Pages : 484 (format poche)

Le résumé : « Ce livre est le récit de ma rencontre avec L. L. est le cauchemar de tout écrivain. Ou plutôt le genre de personne qu’un écrivain ne devrait jamais rencontrer. »

Dans ce roman, Delphine de Vigan raconte l’histoire d’une amitié. Séduction, dépression et trahison sont les trois temps de ce récit qui entraîne le lecteur dans les coulisses de la création, là où le doute, les apparences et les faux-semblants tendent un piège redoutable. Qui est le maître du jeu ?

« Tu sais parfois, je me demande s’il n’y a pas quelqu’un qui prend possession de toi. »

Ma chronique : C'est après avoir vu la bande annonce de son adaptation cinématographique que m'est venue l'envie de me lancer dans D'après une histoire vraie. Et sans être la révélation de l'année, je n'en ai pas moins apprécié son contenu, quand bien même l'appartenance de ce récit au genre thriller mériterait, je pense, d'être plus nuancée qu'elle ne l'est.

Delphine a la quarantaine et est écrivaine. Mère de deux grands adolescents, elle vit une histoire sereine avec François, un critique littéraire. Et si ses début ont été difficiles, la renommée de Delphine n'est aujourd'hui plus à faire grâce à son dernier roman. Un roman coup de poing, largement inspiré de son histoire personnelle, et dans lequel chacun de ses lecteurs a trouvé une part de lui-même. Et c'est bien là le problème : car lasse de subir la pression de ce lectorat profondément conquis, Delphine ne parvient pas à passer à autre chose, et bientôt l'écriture et le doute la terrorisent. C'est alors qu'au détour d'une soirée, Delphine fait la connaissance de L. Des liens forts se tissent alors entre les deux jeunes femmes, et tandis que l'emprise de L. se renforce, Delphine s'enlise...

Delphine de Vigan est une auteure dont j'avais énormément entendu parler, et n'étant que peu attirée par la littérature contemporaine, le lecture de D'après une histoire vraie m'intimidait beaucoup. Je pensais trouver un récit lourd et difficilement abordable ; et voilà qu'en moins de vingt pages, je me laisse prendre au jeu. Car le style de Delphine de Vigan est fluide, franc et simple ; à tel point que son récit de presque cinq cent pages se lit pratiquement d'une traite sans le moindre problème. Les tournures sont travaillées avec finesse mais sans lourdeur, et le style haché et volontairement répétitif de la narration permet d'entretenir un certain suspens quant aux événements du récit. Et tandis que l'angoisse et l'incertitude paralysent Delphine, le lecteur est lui aussi pris à parti et plonge tête la première avec elle. Côté narration, ne vous attendez cependant pas à de l'action. D'après une histoire vraie est une gigantesque introspection qui, si elle n'est pas dénuée d'un certain rythme, déroutera certainement ceux qui s'attendent à un scénario riche en rebondissements.

Et c'est selon moi la raison pour laquelle D'après une histoire vraie n'est pas un thriller psychologique, comme beaucoup l'affirment. Ou du moins pas totalement, et certainement pas selon ma définition personnelle qui veut qu'un thriller annonce clairement la couleur. Grâce à sa sensibilité, D'après une histoire vraie est plutôt un récit hybride au style indéfinissable, mais certes infiniment plus proche du thriller que de tout autre genre. Car là où Delphine de Vigan fait fort, c'est que jusqu'au bout, le lecteur ne sait sur quel pied danser. Il ne sait pas ce qui relève de la réalité ou de l'invention, se questionne sans cesse, et dévore donc tout un roman à la recherche de réponses. Le tout en macérant dans une atmosphère de plus en plus toxique.

Pourtant, ce que j'ai sans doute le plus apprécié, c'est la thématique sous-jacente abordée par Delphine de Vigan ; celle dont Delphine tout court, son alter-ego dans le récit, fait les frais à chaque instant. Cette quête de la vérité, cette obsession de décrire le vrai, cette guerre ouverte à la fiction. Et cette question qui revient sans cesse : n'y a-t-il pas, dans chaque travail d'écriture, une part d'interprétation prompte à générer de la fiction là où il n'y avait que du vécu à l'état pur ? Et dans chaque camp, prêtes à défendre plus ou moins chèrement leurs convictions, deux protagonistes : L. et Delphine qui, à la façon de deux bêtes sauvages, se jaugent, s'apprivoisent, s'aiment et se détestent.

«Je n'avais rien contre les effets du réel, j'adorais les effets du réel, j'étais une passionnées d'effets de réel, mais l'éditeur parlait d'autre chose. Il voulait que j'inscrive le texte dans le Vrai. Il voulait que je dise au lecteur attention Madame, Monsieur, tout ce que je vous raconte est authentique, voilà un livre qui sent le Vécu, un livre cent pour cent autobiographique, voilà la Vraie Vérité, voilà la Vie à l'état brut, garantie sans transformation, surtout pas celle de la littérature.»

Et Delphine de Vigan va loin, très loin dans sa démarche. D'abord en se créant un alter-ego qui lui est en tout point semblable, et ensuite en l'incluant dans un contexte si proche du sien que le lecteur hésite constamment entre l'idée de génie et l'autobiographie. Ainsi, dans D'après une histoire vraie, toutes les frontières sont floues, et c'en est un régal à la lecture. Et quand vient la fin, la conclusion de ce récit éprouvant, le lecteur se retrouve livré à lui même. Il ne tient qu'à lui de se faire son opinion, son interprétation des événements dont il aura été le témoin ; tout comme il sera le seul juge de l'appartenance finale du récit à tel ou tel genre littéraire.

Ainsi, sans avoir été bousculée par ce récit, j'ai été séduite par l'audace de l'auteure et son coup de génie. Il m'a cependant manqué un sentiment d'urgence, un poil de frissons pour l'apprécier comme j'apprécie un thriller ; deux éléments que, peut-être, je vais retrouver dans l'adaptation cinématographique de cette oeuvre. En attendant de la regarder, vous pouvez vous lancer dans la version papier sans trop de crainte : le bluff n'est certes pas au rendez-vous, mais côté atmosphère et narration, Delphine de Vigan connait son affaire.

Note : 14/20

Date :  13 juin 2018 - 14 juin 2018

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