4 juil. 2018

Dragon Blood, tome 2 : la Légion des flammes de Anthony Ryan

Auteur : Anthony Ryan
Éditeur : Bragelonne (2018)
Genre : Fantasy
Pages : 664 (grand format)

Cette chronique peut contenir des spoilers du tome un !

Le résumé : Des siècles durant, le Syndicat Négociant d’Archefer s’est appuyé sur le sang de drac – et sur les pouvoirs qu’il confère aux Sang-bénis – pour protéger son empire. Mais cette manne précieuse est venue à manquer... Lancé à la poursuite du légendaire drac Argent, Claydon Torcreek a découvert que celui-ci n’avait qu’une ambition : asservir le monde des hommes, à l’aide de son armée d’esclaves altérés. Guidés par une vision, Clay et l’officier de marine renégat Hilemore détournent un navire de guerre et mettent le cap sur les eaux polaires, à la recherche d’un secret ancestral qui leur offrira peut-être la clé de la victoire. Infiltrée en territoire ennemi, l’espionne devenue diplomate Lizanne Lethridge s’efforce elle aussi de trouver des armes pour affronter leur ennemi. Alors que le monde s’embrase et que couvent les feux d’une révolution, ce trio représente malgré lui l’ultime espoir de la civilisation...


Ma chronique : Anthony Ryan est auteur que je suis avec plaisir depuis trois ans. D'abord charmée par sa trilogie Blood Song, c'est aujourd'hui avec sa saga Dragon Blood que je chavire. Mais si le premier volume m'avait conquise, la lecture du second s'est avérée bien plus complexe.

Claydon Torcreek a commis l'irréparable dans la cité Troglodyte perdue au cœur du contient Arradsien : il a réveillé l'antique drac Argent, dont la volonté et la puissance sont sans commune mesure avec celles de ses congénères. A la tête d'une armée d'Altérés privés de leur libre-arbitre, ce dernier sème le chaos sur les terres du Syndicat d'Archefer, attendant son heure pour déferler sur le monde. Et tandis que certains préfèrent baisser les bras ou simplement ignorer la sérieuse menace que constitue le drac Argent, d'autres se dressent sur son chemin et organisent vaille que vaille la résistance. La vision dont a été sujet Claydon lors de l'éveil du drac l'amène, en compagnie de l'officier Hilemore et des derniers Longs-Fusils, aux confins du monde où, ils l'espèrent, les attendent des réponses. De son côté, Lizanne Lethridge, ex-élément des Procédures Exceptionnelles du Syndicat d'Archefer, infiltre l'Empire corvantin à la recherche du légendaire Artisan fou détenant le savoir nécessaire à défaire le terrible drac. Hélas les obstacles se multiplient, et bientôt l'avenir du monde ne tient plus qu'à un fil...

Nul doute que ce second tome de Dragon Blood satisfera dans son ensemble les amateurs de Fantasy les plus pointilleux. L'univers construit par Anthony Ryan est impressionnant de complexité et d'originalité, mais s'il est la portée du lecteur, le cerner dans son ensemble demande une attention et une concentration de tout instant. A cet égard, Dragon Blood, tome deux : la légion des flammes, n'est pas un roman reposant. C'est un récit construit par l'auteur avec ses lecteurs selon un effort commun, et dont la lecture s'avère aussi ardue qu'épique et exaltante. Soyez donc avertis : si vous recherchez de quoi vous laisser aller au soir après une dure journée, repensez votre achat, car Dragon Blood est une saga dans laquelle s'impliquer et donner de soi est nécessaire.

Cependant, même s'il est au fait de la tâche qu'Anthony Ryan attend de lui, le lecteur devra faire face à un manque de pédagogie regrettable pour un auteur si talentueux. Outre l'univers très riche de la saga, l'intrigue en elle-même est d'une complexité peu commune. Les factions sont nombreuses, les desseins et les protagonistes tout autant, et s'y retrouver dans ce maelstrom d'informations est ardu, d'autant plus spécialement lorsque les éléments du premier volume vous ont échappé avec le temps. L'auteur donne ainsi à de nombreuses reprises l'impression d'être le seul maître de son récit et d'avancer sans se préoccuper du sort du lecteur qui, pour sa part, peine à suivre malgré sa bonne volonté. Car au lieu de répondre aux questions qu'il introduit dans le premier volume, Anthony Ryan en apporte sans cesse de nouvelles tout en enrichissant encore davantage un univers qui, pourtant, n'en a nul besoin. A trop vouloir donner du corps à son récit, Anthony Ryan verse donc dans le même travers que sur la fin de sa trilogie Blood Song ; il peine à discerner l'essentiel du superflu, et introduit tant d'éléments qu'il ne parvient pas à tous les traiter. Ainsi, le lecteur peut sortir mitigé de sa lecture (s'il parvient seulement à son terme), déçu de ce résultat qu'il n'estime pas à la hauteur de son implication.

Mais il faut avouer que l'ensemble, contexte comme intrigue, se révèlent finalement d'une incroyable qualité. La toile que tisse l'auteur augure un troisième volume riche en péripéties et ouvert à tous les possibles. Reste à espérer qu'Anthony Ryan résiste à la tentation de complexifier davantage son récit, au profit des éléments qu'il a déjà introduit et qui méritent franchement plus d'attention que ce qu'il a pu leur donner. A titre personnel, j'attends de nombreuses réponses concernant le drac Argent, la civilisation qui l'a vu naître et celle qui l'a craint.

Enfin, Dragon Blood, tome deux : la légion des flammes, c'est également l'occasion de renouer avec des personnages touchants et complets, mais aussi d'en découvrir de nouveaux. Claydon Torcreek est de ceux qui touchent, amusent et excèdent à la fois ; le genre d'homme qui n'a rien demandé à personne mais se retrouve soudain avec un immense poids sur les épaules. Et plutôt que de faire de lui un bon petit gars, Anthony Ryan refuse de faire rentrer Clay dans le rang. Son côté filou demeure pour le plus grand plaisir du lecteur, et la complicité grandissante qu'il entretient avec sa cousine Loriabeth vaut, à mes yeux, toutes les histoires d'amour bancales du monde. Hilemore, l'officier à la volonté et à la détermination de fer, a lui aussi la part belle. Les choix face auxquels le place l'auteur sont délicats et font de lui un moteur du récit, tirant son ensemble vers le haut au même titre que le lieutenant Scrimshine, nouvellement introduit, dont l'humour offre un coup de frais bienvenu.

J'attends donc le troisième tome de Dragon Blood avec autant d'appréhension que d'impatience, consciente du potentiel de l'auteur mais aussi de ses travers qu'il ne me donne hélas pas l'impression d'avoir corrigés. Quoiqu'il en soit, je suis certaine de trouver dans la conclusion de cette saga des éléments qui sauront très positivement me surprendre, et je n'ai qu'une seule hâte : celle de les découvrir et de connaître le sort réservé à l'Argent et au monde. Si Anthony Ryan vous est inconnu, soyez cependant certains qu'il vaut le détour.


Note : 16/20

Date :  20 juin 2018 - 27 juin 2018

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