11 juil. 2018

La Maison des Mages de Adrien Tomas

Auteur : Adrien Tomas
Éditeur : Hélios (2016)
Genre : Heroïc Fantasy
Pages : 664 (format poche)


Le résumé : Tiul est le plus mauvais étudiant de La Maison des mages, plus intéressé par les filles des tavernes que par l’art qui permet à ses confrères de manipuler les forces de ce monde. Anthalus est un mercenaire de bas étage qui vit au jour le jour entre tueries et trahisons. Qiruë, craintive et chétive, est la dernière représentante du peuple moribond et décadent des Elfes, méprisée et haïe par ses supérieurs. Alishr est un jeune écuyer malingre qui rêve de devenir paladin, malgré les brimades et l’ostracisme dont il est la victime. Ce ne sont pas des héros, et il est probable qu’ils ne le deviennent jamais. Pourtant, alors que la mystérieuse Maison des mages, qui apporte aide et éducation aux populations, tisse son réseau tentaculaire au cœur des Six Royaumes, le destin du monde va heurter le leur de plein fouet et les jeter face à des forces magiques aussi anciennes que l'univers. C’est avec et contre elles qu’ils devront écrire la légende des siècles à venir.


Ma chronique : La Maison des Mages est le septième livre que je reçois de la part de l'équipe Kube, et s'il ne répond pas tout à fait à ma demande, j'ai malgré tout été satisfaite de plonger dans l'univers d'Adrien Tomas que je comptais par ailleurs découvrir tôt ou tard. Satisfaite, mais pas tout à fait ravie.

Tiul est un apprenti mancien d'une trentaine d'années. Très porté sur l'alcool et la débauche, son insolence n'a d'égale que sa fainéantise et son orgueil. C'est donc au détour d'une soirée bien arrosée qu'il rencontre Anthalus, un Nain mercenaire vendant ses services au plus offrant - et cela tombe plutôt bien, car la Maison des Mages a bien des moyens à sa disposition.  Ainsi, suite à un attentat meurtrier perpétré contre la Maison des Mages, Anthalus et Tiul sont contraints de faire équipe pour défaire l'ordre des Sœurs Grises, présumé responsable de l'attentat. Sur leur route, ils croisent une Elfe clairvoyante du nom de Qiruë, et qui semble attendre beaucoup d'eux. Car Qiruë a été investie d'une mission sacrée par le Grand Esprit de son peuple à l'agonie, une mission qu'elle ne peut accomplir seule et au centre de laquelle la Maison des Mages occupe une place d'importance. Et tandis que progresse la mystérieuse quête de l'Elfe et de ses compagnons, le Royaume d'Evondia, dirigé par un souverain faiblard, est au bord du gouffre : la révolte couve dans les terres spirites de Khara, et l'ombre de la Maison des Mages plane sur le monde.

La première chose qui m'a séduite, c'est la mise à disposition d'une carte plutôt complète décrivant l'univers de La Maison des Mages. En un seul coup d’œil, le lecteur découvre un monde composé de six royaumes adjacents qui, il le suppose, interviendront à parts plus ou moins égales dans l'intrigue. Il l'ignore encore, mais il ne saurait se tromper davantage ! Car des six contrées détaillées, seules deux sont exploitées réellement - Evondia et la Grande Forêt ; tandis que les autres relèvent de la vague anecdote, du vulgaire décorum. La seule consistance que parvient à leur donner Adrien Tomas, c'est au travers des événements de son précédent roman, La Geste du Sixième Royaume, en usant de digressions historiques plutôt indigestes pour qui ne l'a pas lu. Etant adepte des œuvres équilibrées, j'ai trouvé dans La Maison des Mages une faiblesse quant à la gestion pratique de l'univers par son auteur. Si la communication autour du récit avait été meilleure (en le présentant par exemple comme un tome deux à part entière), j'aurais été moins tatillons ; mais ça n'a pas été le cas.

Néanmoins, Adrien Tomas sait séduire par la diversité des personnages qu'il introduit. Force est de constater qu'il y a de tout, et pour tous les goûts : l'Elfe limitée mais déterminée, le mancien sarcastique, le Nain guerrier, le paladin loyal et la vieille chamane, pour ne citer qu'eux ; sans oublier les Esprits et autres Immortels, eux aussi au rendez-vous. Cependant, les chapitres défilant, l'auteur donne hélas l'impression d'en proposer trop. Une bonne vingtaine de protagonistes se disputent en effet la narration du récit et rapidement titres, noms et vécus finissent par se confondre. De quoi refroidir le lecteur qui ne sait plus où donner de la tête. Et si le nombre de protagonistes permet effectivement à chaque lecteur d'y trouver son compte, il l'empêche de s'attacher à ces derniers. A peine a-t-on le temps d'en apprécier un que l'auteur passe au suivant. Ceci dit, il y a toutefois un protagoniste qui revient davantage que les autres : Tiul. Sans surprise, c'est donc le mancien que j'ai le plus apprécié ; et ce autant pour l'anti-héros qu'il incarne que pour ses réparties impertinentes.

Côté antagonistes, hélas, Adrien Tomas verse dans ce que beaucoup de lecteurs qualifient de "syndrome du méchant". Comprenez par là qu'à chacune de leurs actions malfaisantes, les antagonistes se font un devoir d'exposer avec précision leurs motivations, ainsi que la moindre étape de leur plan machiavélique. En soi, qu'un méchant se révèle une fois, ça passe ; mais que chacun d'entre eux le fasse constamment, ça casse. Les dialogues deviennent de longs monologues répétitifs et caricaturaux, voire ridicules, tandis que le lecteur se voit contraint d'ingérer une salve d'informations supplémentaires qu'il aurait peut-être aimé découvrir de lui-même, si l'auteur lui en avait donné l'occasion.

Malgré un happy-end malvenu, il faut reconnaître à La Maison des Mages un scénario original et imprévisible, nourri par de nombreux protagonistes et de ce fait riche en rebondissements. Bien qu'il patauge souvent pour s'y retrouver, le lecteur ne s'ennuie à aucun moment tant les éléments dignes de piquer sa curiosité sont nombreux. J'ai pour ma part beaucoup apprécié le soin avec lequel l'auteur a détaillé l'usage qu'il fait de la magie, surtout dans l'art de la confection de Golems. Toutefois, je ne peux m'empêcher de penser que des pans entiers du scénario s'avèrent superflus, à l'image de certains protagonistes dont La Maison des Mages pourrait se passer sans problème. L'adage « le mieux est l'ennemi du bien » trouve ici tout son sens pour cet auteur qui, à trop vouloir bien faire, en a fait trop tout court.

Quand les Esprits des Anciens entrent subitement dans la danse en territoire Khara, le scénario perd en crédibilité pour pas grand chose. Et ce n'est qu'un exemple parmi d'autres.

Enfin, s'agissant d'un envoi Kube, il convient de discuter de la pertinence du choix de ce récit. Ce coup-ci, c'est de la Fantasy au trente-sixième degré que j'avais demandé à recevoir. Avec le recul, je constate que le libraire n'a clairement pas saisi ma demande. J'étais à la recherche d'une bonne grosse poilade à la sauce fantasy, et me voilà avec de la Fantasy qui, certes, déménage (pour reprendre le commentaire de mon libraire) mais qui ne correspond pas à mes attentes. Fort heureusement, j'ai retenté ma chance dans la boite de ce mois-ci... et viens de recevoir mon premier Terry Pratchett, La huitième couleur ! Un livre que j'ai grand hâte de découvrir, et qui, je le sais déjà, tape dans le mille.

La Maison des Mages ne m'aura donc pas tout à fait convaincue, mais suffisamment intriguée et satisfaite pour faire figurer Adrien Tomas dans la liste de ces auteurs que je souhaite lire à nouveau, en attente d'un jugement définitif. La Maison des Mages déménage, c'est certain ; mais soyez prêts à assumer quantité de petits accrocs si vous vous lancez dans l'aventure.


Note : 13/20

Date :  29 juin 2018 - 05 juillet 2018

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