13 févr. 2018

Un bûcher sous la neige de Susan Fletcher

Auteur : Susan Fletcher
Éditeur : J'ai lu (2013)
Genre : Roman historique
Pages : 455 (format poche)

Le résumé : Au cœur de l'Ecosse du XVe siècle, Corrag, jeune fille accusée de sorcellerie, attend le bûcher. Dans le clair-obscur d'une prison putride, le révérend Charles Leslie, venu d'Irlande, l'interroge sur les massacres dont elle a été témoin. Mais, depuis sa geôle, la voix de Corrag s'élève au-dessus des légendes de sorcières et raconte les Highlands enneigés, les cascades où elle lave sa peau poussiéreuse. Jour après jour, la créature maudite s'efface. Et du coin de sa cellule émane une lumière, une grâce, qui vient semer le trouble dans l'esprit de Charles.


Ma chronique : Que ce soit clair dès le début de cette chronique, ce roman a été l'un des plus grands coups de cœur que j'ai jamais eus. Si ce n'est le plus grand.

Un bûcher sous la neige est un récit à deux voix. D'un côté, il y a celle de Corrag, une jeune femme accusée de sorcellerie et retenue prisonnière dans une cellule glaciale et austère en l'attente du dégel. En l'attente de son bûcher. D'un autre, il y a celle du révérant Charles Leslie, un jacobite en quête de témoignages discréditant Guillaume d'Orange, alors assis sur le trône d'Angleterre. En route pour Glencoe où vient d'être perpétré un massacre à l'encontre du clan McDonald, il fait escale à Invernary et s'entretient plusieurs jours durant avec Corrag. Car la sorcière, la gueuse comme il se plait à l'appeler, détient des renseignements qui lui seraient utiles. Mais la jeune femme n'accepte de lui conter le massacre auquel elle a assisté qu'à une condition : qu'il l'écoute lui raconter sa vie. Qu'après sa mort, il plaide sa cause et dise au plus grand nombre que Corrag était bien loin d'être une créature du Diable. Au fil des jours, la voix de la prisonnière s'élève donc, et pénètre le cœur du révérant.

Le ton du roman et sa narration inédite sont sans aucun doute possible ses plus gros points forts. Point de dialogues ici. Corrag partage son histoire sans enjoliver, sans discontinuer et sans s'interrompre, ou presque. Si elle ne sait ni lire ni écrire, elle sait indéniablement raconter. Elle sait faire jaillir la magie des mots les plus simples. Son ton est à la fois simple et poétique, rythmé et léger. Il vous fend le cœur et vous le réchauffe à la fois. De temps à autres, une autre voix s'élève, celle de Charles Leslie. Une voix qui raconte d'une autre manière, sous forme de lettres adressées à son épouse, les échanges qu'il a avec la gueuse. Mais très vite, gueuse ne sera plus le mot que Charles emploiera pour désigner Corrag. Car les paroles de la jeune femme font mouche, et pas que sur le lecteur. Le récit se veut un hymne à la tolérance d'une poésie incroyable.

L'amour que la jeune femme porte à la nature est sans limite. Au delà du roman historique, Un bûcher sous la neige est aussi une ode à la nature. Un conte écologique, presque. Le lecteur est transporté en Ecosse, à Glencoe. Il y est témoin de la ronde des saisons, il y vit la vie solitaire et frugale de Corrag. Il se recentre sur l'essentiel : la beauté intrinsèque des lieux, la simplicité d'une vie.

Mais Corrag aime aussi un peuple ; et dans ce peuple, un homme : Alasdair. Et c'est là que se confirme le génie de Susan Fletcher. Elle aurait pu faire passer cette romance au premier plan, elle aurait pu laisser la poésie perdre du terrain au profit de la romance, mais non. Les deux s'équilibrent l'une l'autre. Elles se répondent et se complètent. Elles se mettent mutuellement en valeur.

Et cette fin. Cette fin de dingue. Pas de révélation de dernière minute, pas de cliff-hanger. Juste ce qu'il fallait pour clôturer un roman aussi bon. La note que j'attendais pour refermer ce livre et en rêver encore pendant des semaines, je l'ai eue, et bien plus encore.

Je ne suis pas historienne et les romans historiques ne sont pas mes préférés.  Mais celui-ci est différent. Tellement, tellement, tellement. L'approche est différente, le schéma narratif l'est aussi, tout comme le ton. Je n'avais jamais lu ça, je n'avais jamais vécu pareille lecture. Au delà de la simple recommandation, je vous conjure de vous procurer cet incroyable roman.

Note : 20/20


Date de lecture : 05 février 2018 - 07 février 2018

2 commentaires:

  1. Premier article et j'ai déjà envie de lire un nouveau livre. MERCI HEIN !
    Il vient de passer dans ma liste de priorités.:D
    Julie

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    1. Du coup j'espère qu'il te plaira, Ju ! :D Tiens moi au courant !

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