2 mars 2018

Les Sœurs Carmines, tomes 1 et 2 de Ariel Holzl


Auteur : Ariel Holzl
Éditeur : Mnémos (2017)
Genres : Urban Fantasy, Fantastique, Humour
Pages : 267 chacun (grand format)



Le résumé du premier tome : Merryvère Carmine est une monte-en-l'air, un oiseau de nuit qui court les toits et cambriole les manoirs pour gagner sa vie. Avec ses sœurs, Tristabelle et Dolorine, la jeune fille tente de survivre à Grisaille, une sinistre cité gothique où les moeurs sont plus que douteuses. On s'y trucide allègrement, surtout à l'heure du thé, et huit familles d'aristocrates aux dons surnaturels conspirent pour le trône. Après un vol désastreux, voilà que Merry se retrouve se retrouve mêlée à l'un de ces complots ! Désormais traquées, les Carmines vont devoir redoubler d'efforts pour échapper aux nécromants, vampires, savants fous et autres assassins qui hantent les rues...


Ma chronique : Génialement irrévérencieux, scandaleusement drôle et bien plus encore ! Qu'il va être difficile de rendre hommage à Ariel Holzl en une chronique, en quelques dizaines de lignes, alors que lui m'a fait fait rire aux éclats en quelques mots. Attention  : aventure et humour noir (saveur vitriol, évidemment) en perspective !

Grisaille, ville dont les passe-temps favoris des habitants sont le meurtre et la tromperie (et en toute classe, s'il vous plaît), Novencre 1888. Merryvère Carmine, jeune monte-en-l'air de dix-huit ans, rejoint son domicile persuadée que, ce coup-ci, son larcin lui permettra d'éponger une partie des dettes familiales. C'en est assez des plans foireux, elle en est sûre. Mais lorsqu'elle ouvre l'écrin prometteur tout juste dérobé, elle y découvre une petite cuillère. Une petite cuillère ! C'est à croire que la malchance la suit à la trace ! Furieuse et déconfite, Merryvère confie la pièce d'argenterie inutile à sa petite sœur Dolorine, qui se fait une joie de l'intégrer à sa dînette. C'est alors que les ennuis se mettent à pleuvoir sur Merryvère. Enfin, plus que de coutume : les Vermeils s'en prennent à sa sœur Tristabelle (les inconscients !), et bientôt les deux jeunes femmes sont prises en chasse par la moitié de la ville ; tandis que Dolorine, tout à son affaire avec son doudou psychopathe, Monsieur Nyx, tient d'édifiantes conversations avec l'occupant de ladite cuillère... Mais que veulent tous ces gens, pardi ? La cuillère ... non, vous croyez ?!

Les Sœurs Carmines fait incontestablement partie de ces livres que je qualifie volontiers de petits plaisirs coupables. Ceux qu'on se plait à adorer quand bien même on sait que, ce faisant, on frôle l'intolérable. Et que c'est bon, de rire de tout sans complexe, sans personne pour vous juger et vous rappeler à la bien-pensance ! Que ce soient les réflexions du narrateur, de Merryvère, Dolorine, Monsieur Nyx ou bien de Tristabelle, toutes se veulent diaboliquement sarcastiques et irrévérencieuses. Elles surprennent constamment le lecteur à l'en faire éclater d'un rire sincère, presque coupable, tant il se sent mauvais de se bidonner à propos de sujets aussi joyeux que les éviscérations et les noyades. Et alors le fou rire redouble, et les larmes s'invitent au rendez-vous, car vous vous savez scandaleux. Une grosse cure d'humour décomplexé bienfaitrice, assumée de A à Z par Ariel HolzlVoilà ce que sont les Sœurs Carmines.

Et dès les première phrases du Complot des Corbeaux (volume 1, voir ci-dessous), le ton est donné. Le lecteur sait exactement où il met les pieds, à lui de voir s'il souhaite poursuivre à Grisaille ou non... A titre personnel, je lui conseille de faire ses bagages pour un bon moment. Et de toujours garder un coutelas sur lui. Au cas-où.

"L'oiseau matinal attrape le ver. Ou parfois, un poignard en plein plumage."

Il n'en aura pas fallu plus pour me rendre réceptive. 

On peut cependant se sentir désarçonné en passant du premier au second tome. C'a été mon cas. Le narrateur, jusque là omniscient et particulièrement mordant, cède dans le deuxième volume la place à Tristabelle, maîtresse de sa propre histoire et caustique au delà de l'imaginable. Comprenez par là qu'avec Tristabelle, ça pique encore plus. Ca vous empale, presque. Car Tristabelle est une force de la nature. Que dis-je, une force de la nature ... un véritable bulldozer prêt à écraser homme, femme et enfant qui se mettrait en travers de sa route ! Là où Merryvère se faisait discrète auprès du lecteur, Tristabelle l'interpelle directement et renforce l'immersion dans le récit... ainsi que les maux de ventre, pour cause d'abdominaux trop sollicités. Avec les sœurs Carmines et, surtout, en la compagnie de Tristabelle, rire devient une activité physique journalière.

Ceci dit, l'intrigue des deux premiers volumes souffre parfois de la place centrale qu'occupe l'humour. Bien que ne manquant pas d'action, il est parfois difficile de se sentir totalement concerné par le scénario. Question d'enjeux, je dirais. Récupérer une petite cuillère et trouver la tenue parfaite pour le Bal de la Reine, c'est léger, même si ça s'intègre parfaitement au récit d'Holzl et en scelle le charme. A titre personnel, ça ne m'a pas suffit.

Mais si les personnages de Merryvère et de Tristabelle brillent de mille feux scandaleux, c'est tout autant grâce à Grisaille et son monde qu'à la myriade de personnages secondaires qui les mettent en valeur. Parlons Grisaille et immersion. Des mois de septembre, octobre, novembre et décembre, Holzl a créé ceux de sept-tombes, opprobre, novencre et démembre. Des contes, mythes et légendes mondialement connus, il a fait des familles. Marbres, Vermeils, Sépulcres, Du Lys, Ternes, Tourmente. Autant d'éléments qui, l'un dans l'autre, tissent un univers aussi riche qu'ingénieux et, surtout, diaboliquement immersif. A ses risques et périls, le lecteur y trouve ses marques, y pose ses bagages et accueille avec le sourire chaque nouvel élément dévoilé.

Nulle surprise pour les lecteurs, le troisième volume portera sur la petite dernière des filles Carmines, Dolorine, huit ans. Il me tarde  déjà de retrouver Grisaille et de découvrir ce qu'Ariel Holzl réserve à sa cadette... et à Monsieur Nyx. En bref, Les Sœurs Carmines s'annonce pour moi comme la saga humoristique de mon année 2018.

Ma note : 18/20

Date de lecture : 24 février 2018 - 01 mars 2018

1 commentaire:

  1. J'ai lu le tome un tout récemment. Il m'a fallu du temps pour rentrer dedans mais l'univers est juste incroyable, je lirai très probablement la suite. :)

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