• Livres chroniqués
  • Coups de cœur
  • Acquisitions livresques
  • Tags et challenges
  • Autour du livre
  • 20 juin 2019

    Sénéchal de Gregory Da Rosa, tomes 1 à 3 (fin) - Anges et trouffions


    Auteur : Grégory Da Rosa
    Éditeur : Mnémos
    Genre : Fantasy
    Pages : 310 - 320 (grands formats)

    Le résumé du tome un : « Sénéchal, la ville est assiégée ! » Telle est la phrase que l'on m'a jetée sur le coin de la goule. Depuis, tout part à vau-l'eau. Oui, tout, alors que ce siège pourrait se dérouler selon les lois de la guerre, selon la noblesse de nos rangs, selon la piété de nos âmes. Nenni. Lysimaque, la Ville aux Fleurs, fière capitale du royaume de Méronne, est encerclée et menacée par une mystérieuse armée. Et pour le sénéchal Philippe Gardeval, ce n'est que le début des ennuis. Suite à l'empoisonnement d'un dignitaire de la cité, il découvre que l'ennemi est déjà infiltré au sein de la cour, dans leurs propres rangs ! Sous quels traits se cache le félon ? Parmi les puissants, les ambitieux et les adversaires politiques ne manquent pas ; le sénéchal devra alors faire preuve d'ingéniosité pour défendre la ville et sa vie dans ce contexte étouffant d'intrigues de palais.


    Ma chronique : Ah, le bon vieux Sénéchal de Grégory Da Rosa ! Celui dont on entend causer depuis des mois, celui-là même que la blogo encense ou enterre à tout bout de champs ... forcément qu’il fallait que je m’y lance ! Forcément. Alors bon, quand je les ai vus seuls et perdus sur un étal du Trolls & Légendes, je me suis dit : hééé bieeen pourquoi pas ? Grand bien m’en a pris parce que Da Rosa, mine de rien, il envoie du sacrément lourd avec son Sénéchal. Parfois dans tous les sens du terme, faut l’avouer, mais je ne vous cache pas qu’on a tout de même affaire là à de la bonne. De la sacrément bonne même, à défaut d’être la meilleure.

    Mais qui c’est donc, ce Sénéchal ? Philippe Gardeval, pour vous servir, c’est un peu le Ned Stark de Grégory Da Rosa. C’est l’homme droit et honorable qui ramasse la merde de son bon ami le roi, c’est le brave gars qui porte le royaume à bout de bras alors que tout part à vau-l’eau dans l’indifférence totale d’une noblesse corrompue et mollassonne ; bref, Philippe Gardeval c’est est un bon gars dévoué à sa tâche et au petit peuple - une sacrée gouaille en plus. Et là, on touche du doigt l’essence presque divine du personnage : quel parler, quelle prestance, quel charisme que voilà ! Et quel rendu ! Philippe, en bon homme de mots, sait en user à merveille. Et avec quel caractère le fait-il ! A travers son récit présenté sous la forme de mémoires franches et directes, Philippe Gardeval nous lance à la goule (une expression qu’il vous faudra particulièrement chérir) quantité de répliques mémorables et de punchlines purement épiques. Ça vole en tous sens et pas qu’un peu, et mes amis sachez que c’est très bon à lire !

    Pour des échanges façon duel de pongistes chinois sous amphétamines qui envoient sans discontinuer, c’est chez Grégory Da Rosa et son Sénéchal qu’il faut creuser.


    Côté répartie, développement et caractère, nul protagoniste n‘est cependant en reste. L’on aurait pu penser que Da Rosa miserait tout sur Philippe, mais que nenni ! Personne ne sonne creux, on se délecte des facéties et manigances de chacun tout en se demandant comment ce boxon va bien pouvoir s’achever. Un vent d’alliances, de mésententes et de trahison souffle sur une Lysimaque divisée et tel un Cluedo géant, c’est au Colonel Moutarde à Philippe Gardeval de mener l’enquête. Et Saint-Ange seule sait que les suspects sont nombreux ! Il y a de tout en Méronne, mais des anges et des trouffions surtout, quoique c’est après le félon que tout le monde court. Et comme il est bien entendu que monarchie, noblesse et clergé ne sont pas foutus de bosser ensemble, défaire la sainte armée rédemptrice qui siège devant la cité s’annonce tendu. Chacun y va de son « moi d’abord ! », et il n’y a que Philippe pour filer des coups de pieds à la fourmilière. Des coups de pieds violents qui ne lui laissent certes pas les mains impeccables, mais la noirceur et les nuances de gris, c’est un vrai plus.

    Vous prendrez bien un peu de sucre sur votre dark fantasy, messieurs dames ?

    Et Lysimaque, dans tout ça ? Une bien belle cité d’inspiration médiévale, oui, mais il y a plus. Il y a son histoire, celle de la Plaine Céleste dans laquelle elle siège fièrement, celles des royaumes et des comtés adjacents. Celles, finalement, que nous dévoile Grégory Da Rosa en trois tomes riches en confrontations. Et ma confrontation préférée, ç’a toujours été celle de l’Histoire et des croyances, des faits et des légendes, et celle-là ça tombe bien, Da Rosa la met magnifiquement en scène - au grand dam de son clergé. Ce dernier rappelle un certain culte catholique, pour le meilleur comme pour le pire, et le moins qu'on puisse dire c'est que les figures bibliques sont de sortie. Des Anges à Méronne ? Normal. Des démons en la terre maudite d'Eméodia ? Même pas peur. L'univers est là solidement développé - un coup de maître pour un récit à huis clos - et le voir se dévoiler un tome après l'autre un vrai plaisir. Il y a de la magie dans l'air et quoiqu'on regrette que de ce côté-là Da Rosa n'aie pas davantage développé l'affaire, ça reste bien bon.

    Ensuite quoi Choupaille, des fleurs à lancer à la goule de l'auteur (des lysimaques, ce sera de bon ton, tiens !) ? Et bien non, pas tout à fait, parce qu'en dépit de la déclaration d'amour dont je viens de vous abreuver, je me dois de vous mentionner le bémol qui a failli avoir raison de toutes ces belles choses : le style. Riche, exact, rythmé ... et dense, foutresang, terriblement dense ! Introspections et descriptions sont longues comme des bras et j'avoue avoir largement plus d'une fois sauté des paragraphes entiers par souci de dynamisme - et ils étaient gros les gaillards. Une intrigue pareille, vous pensez bien que je veux en voir le bout sans m'arrêter sur la consistance du mortier ou l'étoffe d'un brocart, non ? L'auteur tenait son récit par les deux bons bouts mais que de pelotes alourdissantes entre eux ! Finalement, le parler et le style de Da Rosa et Gardeval sont à la fois un gros point fort et un talon d'Achille. Reste à voir si chez vous ledit talon va se fendiller ou tenir vaille que vaille ... Chez moi, il a tenu et vu la tronche de la conclusion, j'étais bien contente.

    Car elle envoie, cette conclusion. Elle envoie sérieusement et ce d'autant plus qu'on la devine travaillée dès le premier tome - chose rare que je souligne donc avec force d'enthousiasme. Si si, elle est géniale et rien que pour elle, 'faut s'accrocher ! Sénéchal vous veut du bien, je vous le garantis, mais tout le monde ne lui fera pas bon accueil. Si vous avez eu le courage d'aller au bout de cette chronique inhabituellement longue - ouais, après on parle quand même d'une bonne grosse trilogie donc évidemment qu'il y avait matière à s'éterniser - vous avez toutes les cartes en mains pour jauger la bête et statuer quant à votre compatibilité. Et comme le cœur a ses raisons que la raison ignore, moi je vous engage quand même à tenter le tome un. Je dis ça, je dis rien.

    Note : 16/20

    Date :   03 juin 2019 - 18 juin 2019

    4 commentaires:

    1. J'ai le 1er dans ma PAL, je suis très curieuse de le lire !

      RépondreSupprimer
    2. Je ne connaissais pas du tout, mais je suis méga tentée, merci pour cette super découverte !

      RépondreSupprimer
      Réponses
      1. Avec GRAND plaisir ! Ce ne sont pas les chroniques qui manquent, avec Sénéchal, donc avant de te lancer n'hésite peut-être pas à en parcourir d'autres : le style peut plaire comme il peut rebuter, vaut mieux être prévenu ^^ !

        Supprimer