28 mars 2018

Le sang des Princes, tome 1 : l'Appel des Illustres de Romain Delplancq


Auteur : Romain Delplancq
Éditeur : L'homme sans nom (2016)
Genre : Fantasy
Pages : 396 (grand format)

Le résumé Le destin des ducs Spadelpietra est assuré. Inexorable. Une ascension déterminée vers le pouvoir, vers la couronne, vers la place qui leur revient de droit à l'avant-garde du monde. Ils sont les pacificateurs, les bâtisseurs, les gouverneurs de Slasie. Ils sont les Illustres. Mais les nomades Austrois y font à peine attention. Leur monde n'est fait que de théâtre, de musique, d'art et d'inventions dont ils gardent jalousement le secret. Leur vie est une routine maîtrisée, à l'image de leurs automates. Et pourtant, un tout petit hasard vient gripper la mécanique de l'histoire. Trois fois rien. Une toile découverte par les Spadelpietra qui catapulte son peintre, le jeune Mical, dans une longue fuite... Et pousse le pays, son peuple, ses nobles et ses artistes dans les premiers vents de la plus grande tourmente de leur histoire. Les engrenages tournent. La scène est dressée. Le rideau se lève. Le drame peut commencer.


Ma chronique : Le sang des princes, tome 1 : l'Appel des Illustres fait partie de ces jolies découvertes que j'ai faites à la foire du livre de Bruxelles. Loin d'être joué d'avance, l'achat de ce roman était un coup de poker ; le genre de lecture dans laquelle vous vous lancez sans trop savoir à quoi vous attendre, quand bien même le résumé vous met l'eau à la bouche. Finalement, bien que j'ai été séduite par de très nombreux aspects de ce roman, je ressors plutôt mitigée de ma lecture.

Tous les membres de l'Illustre famille Spadelpietra sont adulés par le peuple de Slasie. Et pour cause : ils œuvrent dans l'intérêt du peuple, avec le peuple. Ils sont les gardiens de la paix et de la culture, ils sont les bâtisseurs d'écoles ; et plus important : leurs méthodes contrastent nettement avec celles, retorses et insidieuses, des autres familles de la Noblesse de Sang. Du moins en apparence. Car alors qu'une jeune Spadelpietra meurt en contemplant une toile d'une force inouïe, la tête de son peintre, Mical de Meris, est mise à prix par la famille ducale. Pour conserver sa liberté, Mical rejoint sur les routes un clan austrois. Ce clan, maître dans l'art du spectacle, accueille rapidement le jeune peintre avec une bienveillance égale à l'admiration qu'il porte à ses réalisations. Mais un tel talent ne peut que faire parler de lui, et lorsque les sbires des Spadelpietra s'en prennent aux Austrois, ils signent leur perte. Car s'en prendre à un clan, c'est s'attaquer à tous. Et tandis que ces deux puissances s'apprêtent à se faire face, Mical cherche des réponses... Que lui en veut-on, et d'où viennent ces cauchemars qui, alors qu'il se rapproche de la capitale, se saisissent de lui ? 

A peine ce roman est-il ouvert que le lecteur ressent tout le plaisir qu'a Romain Delplancq à partager son histoire avec son public. On sent l'auteur fier de ce qu'il propose, et cela met directement dans de bonnes dispositions pour la lecture. Et comment ne pas tomber à notre tour sous le charme de cet univers riche et complexe tout droit sorti de son imagination ? Car à l'image de son protagoniste principal, Mical, l'auteur dépeint avec une grande maîtrise une toile éblouissante où tout est impeccablement construit, où tout se tient.

Mais là où le bât blesse, c'est que le lecteur attend en conséquence de Romain Delplancq qu'il l'initie à cet univers nouveau pour lui. Car de la Slasie, il ne sait rien. Or, tout au long du roman, les explications de l'auteur sont à cet égard confuses et peu claires. Comme si à force de travailler sur son récit, il en avait oublié la complexité. Ainsi, les éléments susceptibles d'éclairer le lecteur sur l'univers du Sang des Princes sont distillés avec grande parcimonie tandis que les néologismes sont légion. Et c'est au lecteur de se débrouiller seul dans tout ce fatras, car Delplancq ne l'y guide à aucun instant et fait preuve, à cet égard, d'un gros manque de pédagogie. A titre personnel, j'ai eu l'impression d'être complètement laissée en plan par l'auteur, façon : "tu te débrouilleras bien toute seule pour comprendre.... et si tu ne comprends pas, ce que t'es pas très futée. Moi j'ai fait mon travail, je t'ai donné deux-trois éléments, à toi de faire le reste!"

Et pourtant, le lecteur ne lâche pas l'affaire. La faute à une intrigue passionnante qui, dès les premiers chapitres, donne envie de connaître le fin mot de l’histoire. D'autant que la dimension artistique du récit permet de le distinguer des autres œuvres du genre. Des héros fermiers et guerriers, on en rencontre bien souvent en Fantasy. Mais peintres ? C'est une belle première, et une initiative réussie ! Et c'est là l'une des grandes forces de ce récit : son affranchissement vis-à-vis des codes vus et revus du genre ! 

Cependant, toute passionnante qu'elle est, cette intrigue fait elle-aussi les frais de la parcimonie de l'auteur. Car au fil des chapitres les questions se multiplient, et très peu sont celles auxquelles il apporte des réponses. A trop vouloir faire de mystères, Romain Delplancq s'éloigne de l'essentiel : établir un récit riche en rebondissements et révélations qui tiennent le lecteur en haleine. Avec le recul, ce premier tome apparaît donc plutôt comme un volume introductif, soulevant des dizaines d'interrogations mais n'en résolvant aucune. Conséquence pour le lecteur : une impossibilité de s'impliquer comme il le souhaiterait, tant Delplancq laisse peu d’éléments réflexifs à sa disposition. Et ce n'est qu'en fin de récit que le lecteur comprend d'ailleurs que toutes les réponses ne viendront que dans le second tome... une philosophie frustrante à laquelle que j'accroche pas, car inconciliable avec ma vision personnelle d'un premier tome efficace.

Mais il faut reconnaître à l'auteur un style très travaillé et, comme mentionné plus haut, un imaginaire fertile ; le tout doublé d'une intrigue prenante et non manichéenne (du moins pour ce que le lecteur en sait à la fin de l'Appel des Illustres). Je regrette malheureusement le manque de pédagogie de Romain Delplancq et sa propension aux mystères bien trop prononcée. J'ignore si je poursuivrai ma route en Slasie en me procurant le second tome.

Note : 14/20

Date : 23 mars 2018 - 27 mars 2018


2 commentaires:

  1. Celui-ci me fait très envie, j'espère ne pas être déçue. Nous verrons si j'ai le même sentiment que toi ! ;)

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    1. S’il te dit, sache qu’il est sorti en poche chez Folio SF récemment ! :-) (moi je ne savais pas et je me suis sentie bête après coup ...) ! Si tu le lis, c’est avec plaisir que je passerai voir ton avis !

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