21 mars 2018

La liste de nos interdits de Koethi Zan


Auteur : Koethi Zan
Éditeur : Pocket (2017)
Genre : Thriller
Pages : 380 pages (format poche)

Le résumé 

Ne pas sortir sans bombe lacrymo 
Toujours repérer les sorties 
Toujours avoir un plan de secours 
Ne jamais se retrouver coincée 
Ne jamais paniquer... 

Et la règle n°1 : ne jamais monter dans la voiture d'un inconnu. Elles avaient tout prévu. Rédiger une liste exhaustive des dangers qui peuplent notre environnement. Établi tous les interdits. Pris toutes les mesures de sécurité pour rendre leur monde plus sur. Aucun imprévu ne devait plus pouvoir les surprendre. Elles ont enfreint la première règle : elles ont pris un taxi. Dès lors, le cauchemar n'aura plus de fin.



Ma chronique : Cela faisait un moment que je voyais circuler La liste de nos interdits sur le net sans pour autant me laisser tenter. Disons que le résumé ne me mettait pas franchement l'eau à la bouche. Je n'ai donc pas acheté ce livre ; je l'ai reçu via ma Kube mensuelle. Kube, c'est une boite littéraire fort sympathique qui vous envoie de quoi remplir votre bibliothèque au gré de vos inspirations. En trois clics, vous renseignez votre envie lecture, et l'équipe se charge de faire le reste (si tu es curieux, c'est par ici que ça se passe). Ce coup-ci, j'avais demandé à recevoir un thriller psychologique surprenant, le genre de ceux dont on ne voit pas la fin venir. Un livre à la Shutter Island et à la Puzzle. Et voilà que je reçois ce roman.... d'abord dubitative quant à la pertinence du choix du libraire ayant traité ma demande, je lui ai laissé sa chance. Et j'aurais peut-être mieux fait de m'abstenir.

Sarah est une survivante. Dix ans plus tôt, elle a vécu l'enfer enchaînée au fond d'une cave lugubre en compagnie de deux autres malheureuses jeunes femmes, et le calvaire a duré des mois. Aujourd’hui, bien que Sarah n'ait plus que de vagues souvenirs des sévices que lui a infligés Jack Derber, elle peine à renouer avec une vie normale. Elle ne sort jamais de son petit appartement new-yorkais, et tout écart au train-train du quotidien lui fait perdre les pédales. Mais alors que Jim McCordy, l'agent fédéral ayant enquêté sur sa séquestration, la prie de se rendre à une audience visant à contrer toute sortie anticipée de Jack Derber, Sarah se décide à partir en quête de réponses :  où se trouve le corps de Jennifer, son amie elle aussi enlevée par le professeur de psychologie mais dont la dépouille n'a jamais été retrouvée ? Qui est réellement le professeur Derber : un fou ou un chercheur prêt à tout ? Pour seuls indices, elle dispose de lettres que lui a adressées son ravisseur depuis la prison. Ces réponses qu'elle cherche tant s'y trouvent, elle en est persuadée. Mais d'autres jeunes femmes, ex-compagnes d'infortune, détiennent certainement d'autres lettres... Pour comprendre, Sarah  n'a pas le choix ; il lui faudra renouer avec ses vieux démons.

Arrêtons-nous sur ce qui a d'emblée émoussé mon enthousiasme de lectrice : le genre dans lequel s'inscrit ce roman (c'est le moment pour un petit coup de gueule, un petit "pas content! pas content ! pas content !" envers le libraire qui a traité ma commande Kube). J'avais pensé avoir été claire lors de ma demande : j'étais à la recherche d'un thriller psychologique et, pour bien me faire comprendre, j'avais volontairement fait une référence à l'excellent Shutter Island, un incontournable dans le domaine. Dès sa réception, je me suis questionnée sur le livre qui m'a été envoyé et, après lecture, je peux affirmer que La liste de nos interdits n'est pas un thriller psychologique. C'est un thriller, point barre. De mon point de vue, à partir du moment où la menace qui pèse sur les protagonistes s'incarne en une personne ou un groupe de personnes (souvent un psychopathe, un tueur en série ou une organisation sectaire), alors on a affaire à un thriller classique, comme il en existe de très bons. Mais lorsque cette menace tient plutôt d'une atmosphère lourde, oppressante et indéfinissable et que c'est avant tout au niveau de la psyché et de l'esprit humains que se joue l'essentiel de l'intrigue (et de la chute !), alors, là, on peut parler de thriller psychologique. Suivant cette définition, il est clair que La liste de nos interdits est tout sauf du côté psychologique des thrillers... n'en déplaise au libraire qui a choisi cet ouvrage, et qui a certainement pensé que le poste de professeur de psychologie de Jack Derber suffirait à faire de ce roman un thriller psychologique. Et bien, non.

Le combat était donc déjà mal engagé, et ça ne s'est pas arrangé par la suite. Sur le fond, l'idée même de l'intrigue n'est pas inintéressante : une victime en mal de reconstruction qui tente de combattre le mal par le mal. Mais son traitement laisse grandement à désirer : les différents éléments de l'enquête que mène Sarah s'imbriquent très imparfaitement les uns aux autres, au point que le lecteur se demande à de multiples reprises comment elle s'y retrouve, elle, tant il est lui-même perdu. Les conclusions abracadabrantes qu'elle tire sur base de maigres indices et de simples insinuations sont légion et, à la longue, fatiguent le lecteur. A ce titre, Sarah est donc une héroïne bien peu convaincante. On sent clairement l'auteure tirer les ficelles derrière son personnage. Les décisions prises, les pistes privilégiées, les intuitions soudaines, les protagonistes secondaires qui racontent leur vie à de parfaits inconnus sans se poser une seule question ... rien ne parait naturel, et l'ensemble en devient brouillon et amateur.

Mais Sarah et le mal que cause à travers elle Koethi Zan à l'intrigue ne sont pas les seuls responsables du fiasco qu'a été La liste de nos interditsLe pire, c'est prévisibilité du roman. Dix pages. C'est tout ce qu'il m'aura fallu pour en deviner la révélation finale, de son contenu à son contexte exacts. De quoi décevoir plus d'un lecteur, et de quoi le faire à la fois rire et pester. Surtout quand il est habitué aux révélations stupéfiantes, et encore plus s'il a demandé explicitement (comme c'était mon cas) à avoir affaire à une fin renversante.

Avec le recul, je me demande presque comment ce roman a pu passer, chez Pocket, l'étape du comité de lecture. Ceci dit mon avis ne regarde que moi et, comme il est essentiel de le rappeler, chacun a ses propres goûts. Peut-être certains se laisseront-ils emporter là où je suis restée de marbre ; et peut-être adorerai-je des romans que d'autres détestent. En ce qui la concerne, Koethi Zan se passera de moi pour la suite ; je ne souhaite pas renouveler l'expérience.

Note : 5/20

Date : 19 mars 2018 - 20 mars 2018

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